‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 29 sur 171 · URUBU MALE ET FEMELLE · texte numérisé non relu

URUBU MALE ET FEMELLE

GRIP et 3)

Cet oiseau est appelé owroua par les Indiens de Cayenne , wrwbu (ouroubou) par ceux du Brésil, zopélot{ par ceux du Mexique, et nos Français de Saint-Domingue et nos voyageurs lui ont donné le surnom de marchand. C'est encore une espèce qu'on doit rapporter au genre des vautours, parce qu'il est du même naturel, et qu'il a comme eux le bec crochu , et la tête et le cou dénués de plumes, quoique , Par d’autres caractères , il ressemble au dindon ; ce qui lui à fait donner par les Espagnols et les Portugais le nom de gallinaga ou gallinaço. W n’est guère que de la grandeur d’une oie sauvage ; il paraît avoir la tête petite, parce qu’elle n’est couverte, ainsi que le cou, que de la peau nue, et semée seulement de quelques poils noirs assez rares : cette peau est raboteuse et variée de bleu, de blanc et de rougeûtre. Les ailes, lorsqu'elles sont pliées ; s'étendent au-delà de la queue , qui cependant est elle-même assez

longue. Le bec est d’un blanc jaunâtre, et n’est crochu qu’à l'extrémité ; la peau nue qui en recouvre la base s'étend presque au milieu du bec, et elle est d’un jaune rougeûtre. L’iris de l’œil est orangé , et les paupières sont blanches; les plumes de tout le corps sont brunes ou noirâtres, avec un reflet de couleur changeante, de vert et de pourpre obcurs; les pieds sont d’une couleur livide , et les ongles sont noirs. Cet oiseau a les narines encore plus longues à proportion que les autres vautours ; il est aussi plus lâche, plus sale et plus vorace qu'aucun d’eux, se nourrissant plutôt de chair morte que de chair vivante :il a néanmoins le vol élevé et assez rapide pour poursuivre une proie, s’il en avait le courage ; mais il n’attaque guère que les cadavres; et s’il chasse quelquefois, c'est en se réunissant en grandes troupes, pour tomber en grand nombre sur quelque animal endormi ou blessé.

Le Marchand est le même oiseau que celui qu'a décrit Kolbe, sous le nom d'aigle du Cap. se trouve donc également dans le continent de l'Afrique et dans celui de l'Amérique méridionale, et, comme on ne le voit pas fréquenter les terres du Nord, il paraît qu'il à traversé la mer entre le Brésil et la Guinée. Hans Sloane , qui a vu et observé plusieurs de ces oiseaux en Amérique, dié qu’ils volent comme les milans, qu'ils sont toujours maigres. Il est donc très possible qu'étant aussi légers de vol et de corps, ils aient franchi l'intervalle de mer qui sépare les deux continens. Hernandès dit qu’ils ne se nourrissent que de cadavres d'animaux, et de matières immondes : qu’ils se rassemblent sur de grands arbres, d'où ils descendent en troupes pour dévorer les charognes. Il ajoute que leur chair a une mauvaise odeur, plus forte que celle de la chair du corbeau. Nieremberg dit aussi qu'ils volent très haut et en grandes troupes; qu’ils passent la nuit sur des arbres ou des rochers très élevés, d’où ils partent le matin pour venir autour des lieux habités; qu’ils ont la vue très perçante , et qu'ils voient de haut et de très loin les animaux morts qui peuvent leur servir de pâture; qu’ils sont très silencieux, ne criant, ni ne chantant jamais , et qu'on ne les entend que par un murmure peu fréquent; qu'ils sont très communs dans les terres de l'Afrique méridionale, et que leurs petits sont blancs dans le premier âge, et deviennent ensuite bruns ou noirâtres en grandissant. Marcgrave, dans la description qu’il donne de cet oiseau, dit qu'il a les pieds blanchâtres , les yeux beaux, et, pour ainsi dire, couleur de rubis, la langue en gouttières et en scie sur les côtés. Ximenès assure que ces oiseaux ne volent jamais qu'en grandes troupes, et toujours très haut; qu'ils tombent tous ensemble sur la même proie, qu'ils dévorent jusqu'aux os, et qu'ils se remplissent au point de ne pouvoir reprendre leur vol.

Ce sont ces mêmes oiseaux dont Acosta fait mention sous le nom de poullazes , « qui sont, dit-il, d’une admirable légèreté, ont la vue très perçante, et « qui sont fort propres pour nettoyer les cités, d'autant qu'ils n’y laissent au- « cunes choses mortes. Ils suivent les chasseurs, surtout ceux qui ne vont à la « chasse que pour la peau des bêtes : ces gens abandonnent les chairs, qui « pourriraient sur les lieux et infecteraient l’air sans le secours de ces oiseaux, « qui ne voient pas plus tôt un corps écorché, qu'ils s'appellent les uns les au- «tres, et fondent dessus comme des vautours; en moins de rien ils en dévorent « la chair, et laissent les os aussi nets que s’ils avaient été ràclés avec un cou- «&teau. Les Espagnols des grandes îles et de la terre ferme, aussi bien que les « Portugais, habitans des lieux où l’on fait des cuirs, ont un soin tout particu-

lier de ces oiseaux, à cause du service qu’ils leur rendent en dévorant les «€ Corps morts, et empêchant ainsi qu’ils ne corrompent l'air : ils condamnent à «une amende les chasseurs qui les tuent par méprise. Cette protection à extré- « mement multiplié cette vilaine espèce de coqs-d’'Inde; on en trouve en bien « des endroits de la Guiane, aussi bien que du Brésil, de la Nouvelle-Espagne «et des Grandes Iles. Ils ont une odeur infecte. Il arrive souvent qu'un bœuf « qu’on laisse retourner seul à son étable , après l'avoir Ôté de la charrue, se « couche sur le chemin pour se reposer : si ces oiseaux l’aperçoivent, ils «tombent immanquablement sur lui et le dévorent. Lorsqu'ils veulent atta- « quer une vache ou un bœuf, ils se rassemblent et viennent fondre dessus «au nombre de cent, et quelquefois davantage. Ces bêtes ont l’œil si excel- « lent, qu’elles découvrent leur proie à une extrême hauteur, et dans le temps « qu'elles-mêmes échappent à la vue la plus perçante; et aussitôt qu’elles « voient le moment favorable, elles tombent perpendiculairement sur l’animal « qu’elles guettent. Ces aigles sont un peu plus gros que les oies sauvages : « leurs plumes sont en partie noires, et en partie d’un gris clair ; mais la partie «noire est la plus grande : ils ont le bec gros, crochu, et fort pointu : leurs | « serres sont grosses et aiguës. Et il y a du plaisir à être présent aux disputes « qu'ils ont entre eux en mangeant. Un aigle préside souvent au festin, et les «€ fait tenir à l'écart pendant qu'il se repait. Ces oiseaux ont un odorat merveil- « Jeux ; il n’y a pas plus tôt un cadavre, qu'on les voit venirede toutes parts « en tournant toujours, et descendant peu-à-peu, jusqu'à ce qu'ils tombent sur « leur proie. On croit généralement qu'ils ne mangent rien qui ail vie; mais je « sais qu'il y en a qui ont tué des agneaux , et que les serpens sont leur nourri- « ture ordinaire. La coutume de ces oiseaux est de se jucher plusieurs ensemble « sur de vieux pins et des cyprès, où ils restent le matin pendant plusieurs

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