‹ Kettly, ou, Le retour en SuisseChapitre 8 sur 30 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

FRANZ, KETTLY.

KETTLY.

Bonjour, mon père; comment te portes-tu ce matin?

Cela dépend, mademoiselle; serez-vous gaie aujourd'hui ?

KETTLY.

Mais, mon père, comme à l'ordinaire.

FRANZ

Comme à l'ordinaire ! Est-ce obstine, ces petites filles! (sévèremeni.) Kettly, voilà longtemps que votre gaîté manque à l'appel; ça ne me va pas, à moi,;cette tristesse-là, entendez-vous? J'en-

fy

tends qu'à partir d'aujourd'hui vous dansiez, vous chantiez, ou morbleu !..

KETTLY.

Ou'ai-je donc fait pour que tu me grondes? toi à qui cela n'arrive jamais ?

FRANZ

Je te gronde, je te gronde... parce que Je veux que tu t'égaies. Avance à l'ordre! viens m'embrasser.

KETTLY, Tembrassaiil ïiyemenl.

Mon bon père !

FRANZ

Tiens, regarde tes cheveux, comme ils sont arrangés ! Pas une fleur. Est-ce comme cela qu'une jeune lille doit se montrer?

Et c'est pour cela que tu te fâches?

Am : De cet amour vif el soudain.

Mon père peut me reprocher D'avoir négligé ma toilette!

Comment ai-je pu le fâcher.

Kl pourquoi serais-je coquette?

A chaque instant il me redit Que seule il m'aime sur la terre; Et quand je sais combien il me cliéril, A qui donc cherctierais-je à plaire?

FRANZ, à part.

Comment! qu'est-ce qu'elle dit donc là?(liaut.) Tu n'aurais d'inclination pour personne ? KETTLY, troublée.

Moi, mon père?

FRANZ, i part.

Elle rougit ! Ce malheureux Rutly n'a que trop deviné! (haut.) Eh bien! vous ne répondez pas, Kettly ? Vous me cachez quelque chose.

KETTLY.

Oui, mon père ; mais je veux réparer mes torts, je veux tout te dire. Voilà bien longtemps que ce secret-là me tourmente.

FRANZ

Voyons, parle.

KETTLY.

Tu sais bien que je reste souvent seule... Alors...

FRANZ

Eh bien! alors? (à part) Elle me fait une frayeur!...

Alors, je réfléchis.

FRANZ

Ah!

KETTLY.

On n'est pas maîtresse de cela. Je songe au passé, à l'avenir; je me souviens, et j'espère! ^avec plus de force.) Te l'avouerai-je ? Oui, parfois mon imagination me représente quelqu'un avec qui il me semble que je serais heureuse d'aller gravir nos glaciers, de descendre dans les plaines en l'écoutant parler. Et puis, quand le soleil se cache derrière la montagne, de regagner

KETTLY,

le chalet, de revenir auprès de toi, afin que tu nous serres tous les deux dans tes bras en disant : " Mes enfants I »

FRANZ, à pan.

Pauvre Kettly ! (lls'efïorcedecaclier son émotion.) Qu'est-ce que cela signifie, mademoiselle? Et avec qui voudriez-vous aller comme ça?

KETTLY, naÏTement.

Si tu le veux, mon père, je te le dirai.

FRANZ

Non, en voilà assez, (à pan.l Si une fois elle me regardait comme son confident, cela encouragerait son amour, (haui.l Kettly, ne parlons plus de cela ; je vais te donner mes ordres, .songe à ne pas les oublier.

ItETTLY.

Oui, mon père.

Tu ne causeras plus avec Rutly, entends-tu? J'ai mes raisons.

KETTLY, avec indifférence.

Oui, mon père

FRANZ

Et s'il s'arrête quelquefois près de ta lenétre, quand tu seras seule au chalet, lu ne feras pas la moindre attention à lui.

KETTLY, de même.

Oui, mon père.

FRANZ, à part.

C'est singulier! elle ne dit rien à cela, (baui.) Tu as un dessin que Rutly t'a donné; tu me le remettras.

KETTLY, avec émotion

Comment! vous voulez? ..

FRANZ

Oui, et dès ce soir.

KETTLY.

Mais... ce n'est que mon portrait.

FRANZ

Ton portraiti ton portrait! ,1e t'en ferai faire une copie la première fois que j'irai à Zurich.

KF.TTLV.

Oui... mon père... sans doute ; mais il ne serait pas aussi ressemblant; j'aimerais mieux celui-là.

FRANZ, à pan.

Juste ! ce que m'a dit Rutly. ^baut.) D'ailleurs, la personne qui a f.iit ce portrait pourra t'en faire un autre.

KKTTLV, avec douleur.

Oli ! jamais! jamais!

FRANZ

J(^ te (lis que si, moi; il est arrivé ce malin, cet officier.

KETTLY. i part.

Lui?

l'RANZ.

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