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Rossignol au Ministre de la guerre

Port-Malo, 5 germinal an 11(25 mars 1794).

Citoyen ministre,

Aussitôt que j'ai reçu tes ordres pour l'exécution de l'arrêté du Comité de Salut public, je me suis occupé du mouvement de l'armée i. Voici comme j'ai disposé les forces qui étaient cantonnées à Port-Malo et environs :

Deux mille cinq cents hommes vont partir sous le commandement du général Kléber, pour Vitré et Fougères, et il va s'occuper de terminer la misérable guerre des Cbouans, en désarmant absolument toutes les communes qui sont le théâtre de cet horrible brigandage ^....

Le général en chef, R.ossignol.

(Guerre, Arch. Hist., V, i5.)

I. « Le Comité de Salut public arrête que sur les trente mille hommes, à peu près, qui se trouvent à Fort-Malo et environs, six mille seront envoyés à Brest et côtes adjacentes, huit mille à Cherbourg et postes du département de la Manche ; et dix mille distribués dans les départements du Morbihan, des Côtes-du-Nord et d'IUe-et-Vilaine », pour y maintenir la tranquillité publique et réprimer les Brigands.

« Le Ministre de la Guerre donnera les ordres les plus prompts pour l'exéGution du présent arrêté et en rendra compte au Comité de Salut public » (i" germinal an Il-ai mars 1794, Arch. hist. de la Guerre, V, i5. Cet arrêté est reproduit à sa date dans le Recueil de M. Aulard.

a. Le reste de ce rapport n'a pas trait à Kléber.

KLÉBER EN VENDÉE. 5l5

3^. — Projet de destruction des Chouans

Présenté par les commissaires nommés à cet effet par les Sociétés populaires de Rennes et de Vitré ; discuté le 5 germinal à la Société populaire de Rennes, en présence de M. Dubois de Crancé, représentant du peuple.

5 germinal an II (aS mars 1794)-

Article i'^'". — Couper les genêts et bois taillis, éclaircir les forêts et abattre toutes les haies sur le bord des grandes routes, au moins à la distance de cent toises, de chaque côté. Les administrations de district seront chargées de cette opération.

Art. 2. — Mettre des cantonnements dans toutes les communes où les Brigands se portent habituellement, amalgamer dans ces cantonnements des patriotes de ces communes et les solder. Ces patriotes seront désignés par les municipalités ; elles seront responsables de leur bon comportement.

Art. 3. — Il y aura toujours une force armée active, sans cantonnement fixe, destinée à poursuivre les Brigands sans relâche, dans quelque lieu qu'ils se retirent.

Art. 4- — A. des jours qui seront fixés, faire des appels de tous les citoyens de chaque commune ; ceux qui ne se trouveront pas à ces appels, et qui ne pourront justifier de leur absence, seront regardés comme Chouans. Leurs noms et leur signalement seront afïlchés et publiés; ils seront arrêtés et traduits devant la commission militaire. Leurs meubles, effets et bestiaux seront conduits au cheflieu du district et vendus au profit de la République, sauf les droits des créanciers légitimes.

L'appel sera fait en présence de la municipalité, du chef du cantonnement et des commissaires civils dont il sera ci-après parlé.

5l6 KLÉBER EN VENDEE.

Art. 5. - Délivrer des cartes de sûreté à tous les citoyens de ces comniuiies. Les citoyens reconnus patriotes auront une carte tricolore. Les citoyens qui, jusqu'ici, ne se sont pas assez prononcés, auront une carte de couleur; ceux-ci ne pourront vaquer que le jour à leurs affaires. Si, la nuit, on les trouve dans les champs, ils seront traduits devant la commission militaire. Ces cartes auront un timbre et porteront le signalement de ceux à qui elles seront délivrées.

Art. 6. — Les habitants des communes où il n'y aura pas de cantonnements n'auront point de cartes de sûreté, mais ils seront prévenus de se munir d'un passeport de leur municipalité, pour ne pas être arrêtés comme Chouans.

Art. 7. — Dans chaque commune où il y aura des cantonnements, il sera nommé des commissaires civils à la solde de la République. Ces commissaires seront désignés par les sociétés populaires de Rennes, Laval, Vitré, la Gtierche, Fougères et Chàteaugiron ; ils seront chargés de ranimer l'esprit public, d'éclairer les habitants des campagnes sur leurs véritables intérêts, et de surveiller les différentes opérations.

Art. 8. — Il sera accordé une prime d'encouragement à tous les citoyens et citoyennes qui arrêteront ou feront arrêter des Brigands. Cette prime sera également accordée à ceux qui, ayant été obligés de marcher avec les Chouans, donneront des renseignements utiles et accéléreront leur destruction.

Art. 9. — Les cantonnements seront permanents ; ils poursuivront les Chouans partout où ils apprendront qu'ils se portent. Les communes en seront prévenues et les mesures les plus sévères seront prises, jusqu'à l'entière destruction de ces scélérats.

Art. 10. — Les commissaires civils prendront contre les Brigands les mesures qu'ils jugeront convenables relativement aux subsistances.

Art. II. — Les Brigands, chassés de toutes parts, pouvant affluer sur les communes patriotes, elles seront prévenues de se tenir sur leurs gardes. Un certain nombre d'habitants de ces communes sera désigné pour faire un service actif.

Art. 12. — Il y aura à Vitré deux mille hommes de troupes réunies aux forces qui existent déjà dans ces districts. Rennes fournira un nombre suffisant de gardes nationales pour faciliter la levée de la première réquisition.

Art. i3. — Dans le district de Vitré et les districts voisins, un seul général sera spécialement chargé de la destruction des Chouans ; il sera revêtu de tous les pouvoirs nécessaires à l'exécution du présent arrêté et sera responsable des entraves et lenteurs qu'il apporterait à cette exécution.

Art. 14. — Les chiens de chasse seront employés à la poursuite des Brigands.

Art. i5. — La plus grande surveillance sera observée sur la distribution des cartouches ; les officiers en seront chargés sous leur responsabilité. Chaque mois, ils en rendront compte. Il sera retenu sur leur traitement 10 francs par cartouche dont ils ne justifieront pas l'emploi.

Art. 16. — Deux à trois cents fusils de chasse seront pris dans l'arsenal de Rennes, transportés à Vitré, pour être réparés et ensuite remis aux Républicains des campagnes employés à la destruction des Brigands. Ces Brigands détruits, ces armes seront déposées au chef-lieu du district.

5l8 KLÉBER EN VENDÉE.

Fait et arrêté le 5 germinal, Taii II de la République française, une et indivisible ».

J.-B** PoiNTEL, commissaire de la Société populaire de Rennes ; — G. -M. Le Gogq ; — Lughau, commissaire de Vitré; — Morin, commissaire de Vitré; — Gaumont, commissaire de Vitré; — Texieu, commissaire; — Gozette, président proi^isoire.

(Papiers Chateaugiron. Collection Venture.)

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