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I. Le reste de cette lettre ne concerne pas Kléber

nant un caractère sérieux, on ne m'accuse un jour de n'avoir pas pris les moyens les plus efficaces pour l'étouffer à sa naissance.

J'envoie à Turreau un courrier extraordinaire pour le presser de fixer définitivement nos limites respectives '. Je t'instruirai de sa réponse dès qu'elle me sera parvenue. En attendant, tu peux t'étendre dans le district de la Guerche, qui est infailliblement dans mon arrondissement territorial.

J'écris aussi à Rennes, pour te faire passer une couple de bataillons; tu as vu par toi-même que je ne puis disposer en ce moment d'aucune autre troupe. D'ailleurs, il est arrivé à Laval et à Fougères des escadrons de l'armée révolutionnaire, que tu pourras employer utilement.

Enfin, j'attends de ton zèle et de ton activité que tu ne négligeras rien pour donner une fin prochaine à cet extraordinaire brigandage. Epie avec soin la marche de ces Rebelles et fais en sorte de les exterminer en peu de temps.

J'attends, dans un bref délai, l'état nominatif des

troupes que tu commandes et des cantonnements qu'elles

occupent.

Rossignol.

(Guerre, Arch. Hist., V. Registre de correspondance de Rossignol.)

4o. — Rossignol a Kléber

Rennes, i6 germinal an II (5 avril ij94)-

Je te fais passer, mon cher camarade, trois bataillons

I. Le département de la Mayenne avait été compris dans l'arrondissement de l'armée des côtes de Brest aux ordres de Rossignol Mais le général Turreau voulait conserver les districts de Laval, Chàteau-Gontier et Graon, dan» le ressort de l'armée de l'Ouest, dont il était commandant en chef.

de la division Delaborde ^ et un de la garnison de Rennes , qui escortera les munitions que tu as demandées au général Sabatier^, auquel j'ordonne de suivre, autant qu'il sera possible, toutes les réquisitions que tu lui feras. Tu connais assez la situation de l'armée , pour savoir

1. Henri-François Delaborde, né à Dijon, le 21 décembre 1774» soldat au régiment de Condé, le 27 mars 1^83; congédié avec le grade de caporal, le 37 mars 1791 ; lieutenant au i" bataillon de volontaires de la Gôte-d'Or, le 3o aoûl 1791 ; adjudant-major, le 9 avril 1792 ; chef de bataillon, le 19 octobre suivant ; général de brigade, le 11 septembre 1793 ; général de division, le i3 octobre ; désigné pour commander Tune des colonnes devant opérer une descente aux Iles anglaises (23 février 1794) ; destitué le 10 février 1795 ; réintégré le 14 mai suivant. Il fut un moment désigpé pour commander l'expédition de Saint-Domingue, qui fut, en fin de compte, donné à Leclerc, beau-frère de Bonaparte ; conseiller d'État ; comte de l'Empire (12 novembre 1809); commandant supérieur des 12% iS' et 22* divisions militaires (région de l'Ouest), pendant les Cent-Jours ; pair de France, le 2 juillet i8i5 ; grand officier de la Légion d'honneur; réformé sans traitement, en 1816; retraité, le 5 janvier 1820. Mort le 3 février i833.

2. Jean-Isaac Sabatier, né à Montauban, le i" mai 1756, soldat au régiment de la Sarre en 1773, dans Mestre-de-camp, en 1778, dans Royal-Pologne, en 1779; ayant trois fois déserté; condamné deux fois par contumace, en 1778 et en 1779, puis jugé contradictoirement en 1782, condamné à quelques mois de chaîne ; soldat dans Royal-Piémont-cavalerie, le 5 octobre 1784; congédié le 12 octobre 1788. Guichetier des prisons de Nevers, où il organisa la garde nationale ; capitaine de grenadiers en 1792 ; venu en Maine-et-Loire, à la tête d'une compagnie franche, dès le début du soulèvement Vendéen ; commandant du bataillon des chasseurs de Baugé. Nommé par les représentants en mission général de brigade à l'armée des côtes de Brest ; passé avec son grade dans l'armée de l'Ouest, en vertu d'un arrêté du Comité de Salut public du 27 floréal an II (16 mai 1794)- Il se faisait appeler Afucius-Scœvola-Sabatier-Libre, et rendait une sorte de culte à Robespierre, sur une Montagne qu'il avait fait ériger dans son habitation ; arrêté comme terroriste, le i5 germinal an III (4 avril 1795). Amnistié le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795); retiré à Nevers. Officier des Douanes en l'an VIII ; déporté, sans jugement, à Cayenne, en raison de son hostilité contre le Premier Consul, il se distingua lors de l'attaque des Portugais, en 1810 ; un décret impérial du II novembre 1811 lui accorda la pension de retraite de chef de bataillon. En i8i5, il signait Sabatier de Sainte-Croix, et obtenait une pension de 1,000 fr. du gouvernement de la Restauration, bien qu'il traitât publiquement Louis XVIII de « Brigand». Chevalier de Saint-Louis, le 3i octobre 1828; mort le 18 juin 1829, à la succursale des Invalides, à Avignon. Une note de son dossier, aux Arch. adm. de la guerre, le désigne comme ayant été l'un des aides de camp de Jourdan-coupe-têtes.

que je ne puis disposer, en ce moment, d'un plus grand nombre de troupes. Cependant, aussitôt que je serai plus tranquille sur les mouvements du Morbihan, je te donnerai la cavalerie que tu me demandes.

Je persiste dans la mesure du désarmement, même des fusils de chasse, sauf, néanmoins, les ordres supérieurs des représentants du peuple que je t'ai toujours dit de consulter. Voici mes motifs :

1° D'après l'état que tu m'as fourni, il paraît que tu comptes pour rien les gardes nationales armées ^ ;

2° En augmentant les forces dont tu disposes, leur secours devient moins nécessaire;

3*^ Quand tu te serviras des hommes de bonne volonté du pays, tu pourras leur confier momentanément, et seulement pour le moment de l'expédition, les armes qui seront nécessaires, sauf à les remettre, au retour, dans un lieu de dépôt indiqué par toi;

4" Enfin, quand il n'y aura plus d'armes dans le pays, l'augmentation progressive des Chouans par la désertion de la première réquisition ne sera plus à craindre, puisqu'ils ne trouveront plus de moyens de nuire.

Telles sont, mon camarade, les dispositions que je crois

I. « État des mouvements des troupes opérés dans l'armée de l'Ouest depuis le y germinal an i/.,Port-Malo, g germinal an JI (29 mars 1794).

1-- b" des gren. R., 400 h. Dép. de St-Meloir, 8 g"', arr. à Fougères, 9 g.

a' — 33i — — Dinan, 8 — — Vitré, 10 —

Ch. de la Charente, 200 — — St-Guinoux, 8 — — Vitré, 10 —

82° régiment, 289 — — Paramé, 8 — — Fougères, 10 —

3» h"" de la Nièvre, 332 — - St-Pierre, 10 — — Vitré, la —

Bataillon Marat, 800 — — Port-Malo, 11 — — Vitré, i3 —

24* régim. de cav., too — — Solidor, 6 — — Fougères, 8 —

Total, 2,452 hommes.

« Certifié véritable au quartier général de Port-Malo. Hazard, adjudant général, chef de U état-major général de l'armée. » {Arch. fiist. de la Guerre, V, i5.)

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les meilleures. J'augure bien du plan d'attaque simultanée

que tu m'annonces, et j'espère qu'au moyen du renfort

que je te fais passer, tu me donneras sous peu de bonnes

nouvelles.

Rossignol.

(Guerre, Arch. Hist., V. Registre de correspondance de Rossignol.)

4i. — Dubois-Crancé a Kléber

Rennes, ly germinal an II (6 avril 1794)-

J'attendais avec impatience de tes nouvelles. J'aurais désiré que tu m'eusses envoyé l'état de situation des forces que tu commandes, avec leurs différents cantonnements, afin de pouvoir plaider avec Rossignol en connaissance; à moins qu'il n'en soit de cette armée comme de celle de r Ouest, où, sur cent mille hommes effectifs, on en trouve à peine dix en activité de service. Nous devons pourvoir aisément aux besoins et à la tranquillité du pays sans déranger la marche d'exécution des ordres du Comité de Salut public, relatifs au départ de la première réquisition.

Douze cents Chouans épars peuvent beaucoup inquiéter les habitants paisibles des campagnes, et c'est ce qui arrive. Un vol, un assassinat, commis par quelques uns de ces Rrigands, se multiplie de bouche en bouche et semble affecter une grande surface. Ce malheur sera inévitable jusqu'à la destruction du dernier de ces scélérats.

Voici mon opinion sur cette guerre :

J'approuve les cantonnements , comme point de départ et de ralliement. Mais si les troupes y restent en stagnation, trente mille hommes ne détruiraient pas un Chouan. Ils n'empêcheraient même pas douze cents Rrigands de se réunir et de tomber sur les cantonnements l'un après l'autre, pour les détruire en détail.

Je pense que tu dois former autant de petites colonnes que tu as de cantonnements, sauf un corps de réserve un peu considérable, qui servira de retraite ou à fortifier les colonnes qui en auraient besoin.

Chacune de ces colonnes doit marcher, tantôt le jour, tantôt la nuit, de manière à traverser tout le pays insurgé, en tous sens. Sa marche, comme de raison, doit être éclairée par des tirailleurs. Il faut fouiller bois, rochers et toute case que Ton rencontre, fusiller tout ce qui est armé , enlever toute arme offensive. Si les Chouans sont divisés, cette marche les empêchera de se réunir et on les aura bientôt tous en détail. Il faut que chaque jour on en tue quatre ici, douze là, que l'on croie en voyant des troupes partout, qu'il y en a quatre fois plus qu'on n'en voit, et frapper de terreur les malveillants. La mesure des cartes de voyage est nécessaire. Je n'approuve pas les nuances, car si cet homme est suspect, il faut l'arrêter, et un cartouche différent d'un autre exposerait à des méprises très funestes.

Je vais m'occuper d'une proclamation que je te ferai passer de suite. Je te recommanderai d'y tenir la main avec sévérité.

Salut et fraternité. Dubois-Grancé.

(Guerre, Arch. Hist., V, 6.)

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