I. Cf. Livre d'ordres, p. 418 et s
nos Républicains enfoncent leurs baïonnettes; des cris aigus frappent leurs oreilles. Ils se servent de leurs doigts en place d'outils; bientôt le trou se trouve à découvert et ils entendent très distinctement des voix humaines leur demander grâce. Une fille, reconnue à la Gravelle, pour y avoir passé armée de pied en cap et s'y être fait distinguer par ses propos incendiaires, a reçu la récompense due à ses actions.
Vérine, à la tête des troupes qu'il avait rassemblées, s'est porté du côté de la Guerche. Il n'a rencontré de résistance nulle part. Quelques hommes de la réquisition même du département du Cantal ont été arrêtés par ses ordres. Il a aussi rapporté un drapeau, qui portait l'emblème du royalisme , qu'il a trouvé caché dans un pailler. Quelques vases ci-devant sacrés ont été par lui remis aux administrateurs du district de Vitré. Plus heureux, en rentrant dans leurs quartiers, un de ses détachements a rencontré les Chouans dans la lande de Montautour et les a mis en pleine déroute , quoique infiniment moins nombreux. Des sabots à l'infini et vingt cadavres attestent aux passants que quatre-vingts Républicains ont sulfi pour dissiper une horde qui n'avait de grand que sa lâcheté et sa férocité. Un autre a saisi quelques fusils et a aiguisé ses baïonnettes dans le corps de ces fanatico-royalistes. S'il a perdu trois Républicains, ce crime en est dû à la mollesse ou à l'insouciance de leurs oflîciers, et la commission militaire à qui je les ai livrés en fera sûrement justice.
Quel qu'ait été le zèle des colonnes destinées à fouiller les districts de la Guerche et de Ghâteaubriant, elles n'ont rien trouvé. Une patrouille de Brielles ^ a seulement arrêté
1. Brielles, commune du canton d'Argentré, arrondissement de Vitré (lUe-et-Vilaine).
trois Chouans que le commandant de l'arrondissement de la Guerche ^ a fait fusiller à l'instant.
Toutes les troupes ont ponctuellement exécuté l'ordre d'arrêter les gens suspects et les habitants des communes insurgées. Toutes paraissent animées du meilleur esprit et ne respirer qu'après l'extinction totale des ennemis qu'elles ont en tête. Si cette chasse n'a pas causé la mort à autant d'ennemis que nous l'eussions désiré, elle leur a enlevé infiniment de leurs ressources, puisque nous avons ramené avec nous un très grand nombre de jeunes gens de la première réquisition et que le recensement des grains, que les administrations se hâteront, sans doute, de faire conduire en sûreté, leur ôtera tous les moyens de subsistance.
L'une des colonnes de Laval, aux ordres de l'adjudant général Mignotte, a trouvé quelques petites bandes de Chouans; quatorze sont tombés sous le glaive vengeur des braves qu'il commandait. De ce nombre était le nommé Ediard, un de leurs chefs; Maultrot ^, ci-devant procureur du roi à Poitiers, et, au moment de l'entrée des Brigands à Saumur, commandant de la garde nationale, qui avait suivi ces scélérats jusqu'à la déroute d'Ancenis, d'où il était passé aux Chouans, a été aussi amené à Laval, le 8, et guillotiné, le 9 3. Trois fusils, dont un entre les mains d'Édiard, et un pistolet à deux coups, ainsi que quarante