II. 59. — L
Collection Gonse.
HOKOL’SAl.
La marchande de fagots. Un bœuf, sur lequel est un abri en roseaux, el que conduit par la bride, une femme fumant sa pipette. Une aquarelle où, sur la massivité sombre de l'animal. se détache l’éclatant bariolage de la robe de la conductrice.
Signé : Taïto Hokousaï, changé de nom.
Collection Gillot.
Un vieux marchand d’écumoires en bambou pour la poudre de thé, appelées en japonais tchasén, accroupi à terre, au milieu de l'étalage des objets de sa vente. Un barbouillage d’encre de Chine, rehaussé de blanc, avec un ton de chair sur la ligure et les mains; et où, les petits yeux écarquillés, le nez en point d’interrogation, la bouche égueulée du marchand, montrent, sous quatre coups de pinceau, toute la narquoiserie d’une physionomie japonaise.
Signé : liatsoushikaMousén hôshi, ou le prêtre r sans le sou de Katsoushika, à 65 ans (1824).
Collection Gillot.
l’art japonais.
Sur un mortier du riz, un coq qui n’est pas l’éternel coq de prolil d’Hokousaï, mais un coq de trois quarts, piété de côté dans une attitude batailleuse; un coq, au rouge vineux de sa crête, s’enlevant sur le noir de sa queue et de son poitrail : le coq le plus artistique des coqs du maître, et dont la pochade prend à distance* le trompe-l’œil de l’aquarelle la plus achevée.
Signé : T ciïto, autrefois Hukousaï.
Collection Gillot.
Un sanglier détalant dans la neige. Une merveille que ce déboulement galopant, où sont si bien dessinées, les délicates pattes en mouvement, du lourd animal.
Signé : Manji, vieillard de 88 ans (1847).
Collection Gillot.
Le prêtre Saïguio, poète voyageur, regardant, sur un pont, une grue volante dans le haut du ciel. L’homme, la main appuyée sur un bâton, est penché à droite, la tête cachée par son chapeau. Un dessin aux
dessous solides, ressentis, sous des colorations éteintes, où se voient une besace au vert joliment passé, une robe jaunâtre aux cassanls des plis, relevés de filées de gouache. Un des beaux kakémonos que j’aie vus, et qui, exécuté dans les dernières années de sa vie, a le doux enveloppement du beau temps de son talent.
Signé : Manji, vieux de 85 ans.
Collection Gillot.
Deux canards mandarins à l’aquarelle: l’un, la tête levée, l’autre fouillant la vase.
Signé : Manji.
Collection Vever.
Sékizoro. Trois danseurs du Jour de l’An, tenant dans chacune de leurs mains, un bâton. Un dessin à l’habile groupement, et où, un danseur de face se voit entre deux danseurs de dos, comme dans une ascension pyramidale.
Signé de la signature de ses derniers temps.
Collection Vever.
l’art japonais.
La poétesse Ono Komati, avec ses deux mouches au front des femmes de la noblesse, et sa belle chevelure noire dépassant par derrière la traîne de sa robe, d’une main tenant un grand éventail, qui lui masque la gorge et le bas du visage. Elle est vêtue d’une robe de dessous rouge, sur laquelle est jetée une robe de dessus à fleurettes.
Non signé.
Collection Vever.
Le prêtre Ivisén.Il est vu de dos, avec sa calvitie au milieu de la couronne de ses cheveux, et un bout de profil perdu, qui ressemble à un profil de gorille. Appuyé sur un bâton, il est habillé d’une robe noire, sur laquelle est jetée, comme une couverture à larges bandes, couleur de rouille.
Non signé.
Collection Vever.
Ces deux kakémonos de Komati et du prêtre Kisén faisaient partie de la collection des six Poètes, dont quatre sont encore dans la collection de M. Hayashi.
Une chute de cascade, dans laquelle remontent deux carpes, avec des parties visibles et des parties noyées par la chute d’eau, dont le rejaillissement de l’écumeest fait, à s’y tromper, au moyen de gouttelettes éclatées de gouache.
Signé: Gwakiôjin.
Collection Vever.
Un piège à oiseau. Un baquet appuyé sur un bout de bambou, que le moindre contact doit faire chuter, et sous lequel il y a du grain. Vers le baquet descend une volée de moineaux, dont l’un, sur le rebord du baquet, est prêt à s’y glisser. Facture large.
Signé : Gwakiôjin.
Collection Vever.
Sur la nuit noire d’un ciel, dans lequel un éclair fait une éclaircie, le terrible Yorimasa, le général de Minamoto, contorsionné dans un mouvement de force, qui dessine toute son anatomie herculéenne, tend un gigantesque arc, dont la flèche va tuer le Nouyé, animal fantas-
tique, à la tête d’un tigre, au corps d’un taureau, à la queue d’un serpent.
Signé du cachet : Svastica (1).
Collection Vever.
Au-dessus de feuilles de momiji, une théière suspendue au bout d’une longue attache de fer passant sur une inscription contenue dans la figuration d’une sorte de tablette appelée au Japon, papier à poésie ( tansakou ).
Voici ce que raconte cette théière à saké suspendue à un arbre. Sous l’Empereur Takakoura (xiie siècle), un souverain poète, dans le jardin impérial, un jour de la fin d’automne, trois domestiques balayeurs avaient fait chauffer du saké, pour se mettre un peu de chaleur au corps.
(1) Svastica , un mot qui viendrait du sanscrit, et dont le signe est la représentation, en forme de tourniquet, du croisement de deux morceaux de bois, l’un sur l’autre, par allusion au feu des temps primitifs. Ce signe exprimerait le nombre dix mille, ou plutôt un nombre indéfini, que les Japonais prononcent man ou manji — et ce signe, Hokousaï l’a adopté, un temps, pour sa signature.
L’Empereur sorti de son palais, pour admirer 1<> coucher du soleil dans le bois d’érable, alors tout rouge, arriva seul, là où se tenaient les trois balayeurs. Le sans-gêne de ces domestiques du palais valait leur renvoi, mais avant que quelqu’un de sa suite pût les punir, l’Empereur s’écria, sur un ton de belle humeur : « Quel plaisir de voir ces pauvres gens partager mon inspiration poétique... cela me rappelle la célèbre ligne ancienne, qui dit: « Dans ce bois chauffant le saké, en brûlant les rouges feuilles d’érable... » Et les balayeurs furent pardonnés. Généralement le sujet est représenté avec les trois balayeurs, habillés en blanc, et coiffés de chapeaux noirs. Mais ici Hokousaï supprime les personnages.
Le tanzakou , placé au milieu, porte : « Le plaisir de la vie est d’admirer les vues des quatre saisons, avec la lune, la neige, les fleurs, la montagne verte, le bois à feuilles rouges, dont une partie tapisse la terre.
Signé : Sajimoti.
Le papier en large, placé en tète du kakémono, est une lettre d’Hokousaï, qui recommande un élève au docteur Sanghino, lettre signée : Le 'paysan Hatiyémon , habitant en face de la pharmacie Jôsaï. Datée le 12e jour
l'art japonais.
du 7e mois (probablement de la même année 4843).
Collection Haviland.
Oiseau sur un baquet renversé, près d’un neillet et de marguerites : les marguerites gouanhées de blanc avec un tel art, qu’elles semblent brodées.
Signé : Katsomhika Hokousaï.
Collection Haviland.
A demi abritée par un paravent, une femme en train de se coiffer, les deux mains élevées au-dessus de sa tête, et soulevant par derrière sa natte, à l’aide* d’une grosse épingle à cheveux. Accroupie dans un mouvement plein de grâce, son miroir qu’on ne voit pas, est posé sur le genou d’une jambe remontée; dans ce mouvement, un sein sort de sa robe, et sous la robe, s’entrevoit un rien du dessous de la cuisse et du pied de la jambe, qui porte le miroir.
En ce kakémono, certainement un des plus soignés et des plus parfaits du maître, Hokou-
H0K0TJSA1.
saï a cherché une opposition entre la finesse de la linéature, pour ainsi dire graphique, faisant le contour des mains, du visage, du sein, de la cuisse, du pied, et le ton neutre et le lavage un peu brutal de la robe.
Signé : Gwahiôjin Hokousaï.
Collection Haviland.
Au-dessus d’une cascade, au milieu de fleurs de cerisier, un aigle, le corps ramassé, la tète tendue et projetée en bas, comme s’il s’apprêtait à fondre sur une proie. Peinture au cruel dessin de la tète, au solide noir et au beau fauve de la plume hérissée, et comme soulevée par l’instinct carnassier. C’est la même étude, mais je crois plus poussée, que. celle de l’aigle, pris à Sounamoura, en 1848, et qui est dans la collection de M. Hayashi.
Collection Manzi.
Sous la pleine lune, une courtisane en marche vers la droite, elle est dans une robe de dessous jaunâtre, étoilée de Heurs rouges, sur laquelle
l’art japonais.
est rabattue une robe de dessus bleuâtre, décorée de glycines blanches.
Signé: Gwakiôjin Hokousaï (1801-1805).
Collection de Concourt.
Une courtisane, vue de trois quarts dans une robe décorée de branchettes de sapin, lavées d’encre de Chine, sur lesquelles se détachent des grues volantes, gouachées de blanc.
En haut est jetée cette poésie, signée Méjiro Banjin :
« Le Bouddha exploita la loi religieuse. Le premier prêtre exploita le Bouddha, les prêtres de la postérité continuent à exploiter leur ancien maître, et toi tu exploites ton corps. Ton commerce consiste à calmer la fièvre des passions. Au fond la réalité c’est le néant, et le néant c’est la réalité. Le feuillage offre sa verdure et la fleur sa couleur. La lune se baigne dans le lac, mais ce n’est là que son image.
Kakémono signé : Gwakiôjin Hokousaï (1801- 1805).
Collection de Goncourt.
En Hollande, au musée ethnographique de Leyde,M. Gonse, cite trois kakémonos représentant des courtisanes, kakémonos, non signés mais dignes de lui être attribués.
En Angleterre, auBritish Muséum, venant de la collection Anderson un kakémono en couleur sur soie (Size 21 5/8 x 32 3/8) représentant : « Tamétomo et les diables, dans Y île des diables. » Le héros est assis sur un rocher, près de trois diables qui essayent avec de grands efforts son arc. M. Anderson dit dans son catalogue, que c’est une peinture d’une grande vigueur, et très expressive dans les figures : peinture exécutée dans l’année où Hokousaï illustrait la sixième partie du Croissant de l’Arc, roman qui est l’histoire fabuleuse de Tamétomo.
Il est signé : Katsoashika Hokousaï.
Ce dessin, en haut duquel est une poésie de Bakin, l’auteur du roman, est datée : Une nuit d’hiver de 1811. La boite du kakémono porte une inscription du petit-fils de Bakin, disant que cette peinture, conservée dans sa famille, avait été exécutée, au moment où Bakin écrivait son roman.
Dans la collection de M. Ernest Hart, à Londres, se trouvent cinq kakémonos :
1° Des oies sauvages : kakémono signé Manji à 88 ans.
2° Okamé lapidant un diable avec des haricots. Aquarelle cursive, légèrement colorée en rose et en bleu. Ce kakémono, où l’opposition est charmante entre la grâce d’Okamé et la hideur du diable épouvanté, est une des plus remarquables peintures du maître en Angleterre. Il est signé Manji , et provient de l’ancienne collection Wakai.
3° Trois chiens jouant. Signé : I-itsoïi.
4° Guerrier chinois. Signé : Gwakiô-rôjin Hokousaï.
5° I ne Japonaise. Signé : Hokousaï Taïtô.
Dans la collection de M. S. M. Samuel, un kakémono, que le propriétaire considère comme un chef-d’œuvre.
Une femme debout s’habillant et se regardant dans un miroir : Signé : Hokousaï.
En Amérique, dans la collection de M. Morse de Boston, dit M. Gonse dans son Art japonais, est conservé un kakémono (H. 17 pouces) représentant un guerrier japonais au milieu d'un passage montagneux, qui serait d’une harmonie exquise dans les rouges, les verts, les gris.
De nombreux kakémonos existeraient encore chez M. Fenellosa.
Enfin, voici plusieurs kakémonos d’IIokousaï qui font partie de la riche collection du Japonais llomma Kôsô, à Sakata, et dont des reproductions photographiques ont été publiées dans le Magazine of Art Japanese , paraissant en japonais et en anglais, à Tôkiô.
Le premier est un grand arbre penché sur les rapides d’une rivière, au milieu duquel est assis un petit berger, qui de là, regarde le Fouzi-yama.
Le second est une courtisane entre ses deux petites accompagnatrices, appelées Kamourô.
Les autres, au nombre de douze, et formant les panneaux d’un paravent, ont pour titre : les Peintures des six Tamagawa (des six rivières du même nom, dans six provinces différentes).
1° Une cascade.
2° Un bûcheron qui se repose sur son fagot.
3° Le poète Nô-in-hôsshi s’inspirant de la nature.
4° Une envolée de pluviers, au-dessus d'un bord de rivière, tout couvert de neige.
5° Un village de la province de Mousashi au bord de l’eau.
6° Des femmes blanchissant du linge.
7° Le cours d’une rivière de la province d’ Ohmi, coupé par le feuillage des arbres de la rive.
8° Un poète ancien, en contemplation devant la lune.
9° Une carpe, traversée dans l’eau de la rivière de la province de Ki-i, par des rayons lumineux.
10° Un coin de jardinet de la province de Settsu, au milieu duquel est du linge à laver.
1 2e La princesse-poétesse Sagami composant une poésie.
Au Japon, Wakai posséderait encore une dizaine de kakémonos, et une collection d’esquisses et d’études, parmi lesquelles un fragment d’un dessin, à moitié brûlé, peut-être arraché à l’incendie de son atelier, en 1839. Ce dessin exécuté au trait d’encre de Chine, à un seul coup de pinceau , sur plusieurs morceaux de papier assemblés, serait la première pensée du « Bain » et l’enfant tenu par sa mère, aurait presque un tiers de sa grandeur naturelle.
Wakai cite dansune lettre, comme collectionneurs d’Hokousaï au Japon, MM. Houki, Kai-
H0K0USAÏ.
vasaki, Masouda; mais le Japonais n’aime pas la publicité autour de ce qu’il possède, et ie catalogue de l’œuvre d’un peintre est très difficile à établir, en ce pays artistique.
MA Kl MON O S (1)
Makimono contenant : — une feuille de lotus et son bouton. — une branche de pin, — un paysage par un jour de neige, — une feuille de tônabasou , un potiron du Japon de la grosseur de nos melons, — un sanglier, — une aubergine, — un renard habillé en Japonais, — un morceau de saumon salé, — un narcisse, — des poissons, — un rapide, où flottent des fleurs de momiji, — un bol, — une racine de lotus, — un chat, — une anguille, — une traversée de renards sur la glace d’un lac : un dessin curieux, parce qu’il nous laisse voir sous l’aquarelle, les restes d’une esquisse au bois brûlé, au charbon de polonia, le fusain du Japon, dont Hokousarse servait parfois, et surtout quand il dessinait en présence de quelqu’un.
(1) Rouleau de peinture qui, contrairement au kakémono, se déroule dans sa largeur, et contient un certain nombre de motifs.
japonais.
Ce makimono aux nombreux dessins, est signé : Manji, vieillard fou de dessin , âgé de 80 ans ( hiver de Tempo X ) (1839).
Collection Hayashi.
Un autre makimono intéressant, c’est un panorama des bords de la Soumida, fait au temps de ses livres illustrés, avec des seconds plans qui sont des merveilles de délicatesse, et où il y a une recherche du reflètement des choses dans l’eau, tout à fait nouvelle, et où, dans des arbres d’un centimètre, sont des réserves pour les branches. Je n’ai jamais vu d'Hokousaï, une aquarelle aussi travaillée, aussi poussée au fini. Et la dernière aquarelle, est une assemblée d’hommes et de femmes dans un salon.
Ce makimono est signé : Koukoushin Hokousaï (1805) et avec la signature se trouve cette note : En souvenir d’une promenade , que ffokousaï a faite , avec ses amis , sur la Soumida; et à la demande de Tausiûrô Yémba (un lettré qui a fait le récit de la promenade) Hokousaï a dessiné sur place à Yoshiwara , ses amis avec les courtisanes d’une Maison Verte : quatrième mois (le mois de mai).
Et il est à croire, que le buveur, au crâne socratique, au petit nez relevé, aux yeux rail-
H O KO liS AÏ.
leurs, habillé d une robe d’un brun fauve, et qui montre sa coupe de saké vide, pour la faire remplir à nouveau, est Ilokousaï.
Collection Hayashi.
Un autre makimcno d’une grande beauté, provenant de la vente de l’atelier de Kiôsaï, et contenant 46 sujets, fait partie de la collection de M. Gonse.
C’est une langouste posée sur un morceau de charbon, dessin symbolique des cadeaux du Jour de l’An, — une envolée de moineaux, — quatre croquetons de poètes, lisant à la lumière d’une lampe, — la jetée sur une page, d’une tortue, d’un faisan, d’un crabe à l’encre de Chine, au milieu desquels est un pigeon, modelé entièrement avec du blanc de gouache, et dont le bec et les pattes sont roses, — des processionnaires et des bégonias, — un rat mangeant une tranche de pastèque, — des plantes de mer et des coquillages, — deux canards dormant, enlevés d’un coup de pinceau, à la façon des dessins de l’album Ippitzon , — des fizalis et une épingle à cheveux, — une poule d’eau, — un cyprin dans un vase de cristal, — une plieuse d’éventails, — la danse des moineaux , avec une amu-
santé et infinie perspective des derniers petits danseurs, etc., etc.