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Cavités hydatiques

dessus de la malléole externe, ou, pour parler plus exactement, de la partie osseuse qui représente cette dernière.

Le fragment supérieur du péroné est dirigé en dedans et va se confondre avec une sorte de plaque osseuse, seul vestige de la face posléro-interne du tibia. Le fragment inférieur estréuni au précédent par une traînée ostéo-fibreuse peu épaisse, extrêmement raréfiée. Du reste, le péroné tout entier, sauf la zone d'ostéite condensante qui existe à sa partie supérieure, est complètement transformé en une sorte de chapelet à grains mal séparés, plus ou moins régulièrement moniliformes ou cylindroïdes , réunis par une sorte de gaine fibreuse.

Le périoste persiste et s'étend comme un pont d'un fragment à l'autre de chacun des deux os de la jambe.

La malléole externe a complètement disparu.

Les désordres sont de beaucoup plus étendus sur le tibia ; nous devons les examiner en détail.

De tout le tibia il ne reste plus que la face interne, le plateau cartilagineux articulaire et une petite partie correspondante de la face antérieure ; les faces p(jstérieure et externe ont disparu entièrement ; seule une plaque osseuse, irrégulièrement quadrangulaire ayant 37 millimètres dans son plus grand diamètre, représente la face externe. Sauf le segment supérieur éburné, qui forme pour ainsi dire la voule de la loge principale, la majeure partie de l'os a été détruite par les hydatides.

La surface extérieure est complètement dépourvue de saillies, de productions osseuses nouvelles, excepté tout à fait en haut sur le point correspondant à l'ossification médullaire. Il y là une exostose évidente. Partout ailleurs on note l'absence de réaction périostique. Cà et là, au voisinage des cavités osseuses, existent de petites perforations sous forme de fin piqueté. Notons de plus une ostéomalacie locale accusée par une inflexion de l'os (sans fracture) siégeant à 5 cent, au-dessus de la fracture indiquée précédemment. Dans sa partie la plus épaisse la face interne a environ 17 millimètres.

Nous avons dit que la face postérieure du tibia avait totalement disparu; elle est remplacée par une lame fibreuse étendue du tibia au péroné, et parsemée de quelques rares grains osseux. La crête tibiale est détruite sur les 4/5 de sa longueur; quant à la face externe, elle n'est plus représentée que par un fragment de 3 cent, de diamètre.

Ainsi que le montre le dessin, il existait trois grandes cavités principales, étagées verticalement. Communiquaient-elles? étaient-elles indépendantes sur la pièce fraîche? y avait-il d'autres cavités secondaires ? Ce sont là autant de points sur lesquels nous ne pouvons nous prononcer. La cavité principale supérieure devait être de forme assez régulièrement ovoïde; ses parois formées en haut et en dedans par du tissu osseux résistant sont régulières etoffrent une crête verticale très prononcée. La paroi postérieure est formée par du tissu fibreux semé de rares plaques osseuses. En avant et en dehors, il y a une large ouverture, limitée par le péroné raréfié. On retrouve sur le pourtour de cet orifice des restes de la membrane kystique. ' Au-dessous existe une excavation mal délimitée, occupée en partie par les débris de la face externe du tibia. Plus bas encore, est une cavité de forme irrégulièrement cubique dont les parois sont formées en dedans par la face interne du tibia, en bas par le cartilage persistant sous forme de lamelle transparente, en dehors par l'extrémité inférieure raréfiée du péroné; en arrière par une mince lamelle ostéo-fîbreuse. Il n'existe pas de paroi antéro-externe. »

Cette pièce est des plus remarquables, non seulement à cause de l'étendue des lésions, de leur aspect multiloculaire, mais aussi par le peu de i^éaction suscitée du côté du périoste. Sans doute le canal médullaire du tibia était oblitéré par une ossitication partielle ; mais il importe de se rappeler que le sujet a été amputé à cause de la persistance de la suppuration.

L'aspect vermoulu du péroné est des plus remarquables, il est infiniment probable qu'il devait être infiltré d'bydatides miliaires.

Nulle part nous n'avons trouvé de portions osseuses détachées assimilables à des séquestres. Le cartilage diarthrodial inférieur, réduit à l'état de lamelle demitransparenle, avait empêché la pénétration des hydatides dans l'articulation tibio-tarsienne.

§ 7. Kystes hydatiqiies des os chez lesanimmix.

Ne possédant que des documents peu nombreux et souvent incomplets, nous avons pensé que nous pourrions tirer quelques renseignements utiles des faits publiés dans les recueils de médecine vétérinaire. Notre attente a été en partie déçue. Le bilan des échinocoques des os chez les animaux est des plus pauvres.

L'on n'en connaît guère que 5 exemples.

Les deux plus anciens signalés par Davaine et Cobbold sont relatifs à des hydatides du bassin et de l'humérus du bœuf.

Ces deux dernières années, M. Railliet, professeur de zoologie à l'école vétérinaire d'Alfort, et M. Moreau ont publié deux faits intéressants.

Nous croyons devoir les citer à cause même de leur rareté. Au surplus, l'observation de M. Railliet est très importante puisqu'il s'agit très nettement d'échinocoques appartenant à la variété exogène, synonyme pour nous de multiloculaire.

Bulletin et mémoires de la Société centrale de médecine vétérinaire

(Tome 11,1884, p. 316)

M. Railliet. — La pièce que j'ai l'honneur de présenter à la société est une véritable rareté pathologique. Mon collègue, et ami, M. Barier, qui l'avait reçue de M. Perrin, vétérinaire en premier au deuxième régiment de hussards, a bien voulu me la communiquer pour enrichir ma collection. Il s'agit d'un fragment de tibia dans le canal médullaire duquel se sont développés des échinocoques. Malheureusement nous ne possédons pas de détails bien précis sur la provenance de cette pièce. Tout ce que je puis vous dire c'est qu'elle a été fournie par un jeune bœuf algérien sacrifié à l'abattoir d'Orléansville en excellent état de santé et j'ai lieu de croire que l'on ne s'est aperçu de la présence du parasite qu'après la section du tibia. Les autres os étaient exempts de toute altération.

A l'extérieur on ne distingue pas la moindre lésion, mais tout le canal médullaire est envahi par la tumeur hydalique, de telle sorte que la partie spongieuse de l'os a presque entièrement disparu. Les échinocoques dont il s'agit appartiennent à la variété exogène; les vésicules filles ont acquis un assez grand développement; l'examen microscopique y fait reconnaître immédiatement la présence caractéristique des scolex du taenia échinoccocus.

Les échinocoques des os doivent être très rares chez les animaux. Je n'en ai trouvé que deux cas publiés dans les ouvrages spéciaux, tous deux ont été recueillis en Angleterre sur b bœuf.

• Dans son cours de maladies parasitaires, M. Gollin en citait un troisième observé, je crois, à la clinique de M. M. -H. Bouley, à Alfort, sur un cheval. Les hydatides formaient une tumeur énorme située à la région sous- lombaire et ayant envahi les muscles de la région. Cette tumeur se reproduisit après deux ablations partielles; elle s'étendait vers l'ilium et on trouva des échinocoques dans le diploé de cet os.

Nous avons pu examiner cette pièce (macérée) déposée au musée d'anatomie pathologique d' Alfort. Elle présente la plus grande analogie avec • celle reproduite par Viertel et nous -même (voir %. 4). Les deux tables de l'os, écartées l'une de l'autre, formaient non pas une coque, mais mi treillis osseux irrégulier, à mailles larges, entourant fort incomplètement une excavation de la dimension d'une tête d'enfant.

Les aréoles du diploé qui avoisinaient la lésion étaient dilatées et devaient contenir de petites hydatides sur la pièce fraîche. Cette altération diffusait à une certaine distance du foyer principal.

Un autre caractère, typique, c'était l'absence de réaction périostique au voisinage, sur la limite même de la lésion.

Immédiatement au pourtour de celle-ci on n'observait ni épaississement de l'os, ni jjroduction ostéopliytique.

Bull, et Mém. de la S. Velor, P. 440, année 1885. Echinocoques dans le fémur droit d'une vache.

M. MoREAu, vétéi inaire municipal à Troyes et membre correspondant, adresse la note suivante :

Le 16 octobre 1885, M. J..., boucher à Troyes, me présenta un fémur droit de vache qui lui avait offert une particularité intéressante.

La veille au soir, le bout inférieur de cet os avait été coupé à l'étal et, de sa cavité inférieure ainsi ouverte, il s'était écoulé, en assez grande quantité, un liquide limpide ressemblant à de l'eau claire ; il avait été de plus constaté que la région sectionnée était entièrement dépourvue de moelle.

Après avoir, avec une scie, divisé le fémur en deux portions, dans le sens de son grand axe, j'ai observé que le canal médullaire avait 22 centimètres de longueur depuis son point extrême inférieur jusqu'au point opposé, et qu'il avait dans sa partie moyenne un diamètre de près de 3 centimètres.

La partie supérieure de' ce conduit était, sur une longueur de 9 centimètres, complètement remplie par la moelle ; celle-ci avait une coloration rosée et une consistance normale.

La moelle occupait incomplètement la partie postérieure du canal médullaire, sur une longueur de 9 centimètres. Elle ne représentait plus, comme en haut, un corps entièrement plein, un véritable obturateur. Creuse dans la région centrale, elle se montrait réduite à une faible couche périphérique.

Formant d'abord une sorte de manchon, elle circonscrivait, sur une longueur de 4 centimètres, un cavité cylindrique ouverte en bas et terminée en haut par un cul-de-sac concave. Puis, au lieu de rester tubulaire, elle se terminait en bec de flûte sur une longueur d'environ 5 centimètres, présentant ainsi une l'arge solution de continuité qui recouvrait la moitié au moins de la paroi osseuse correspondante.

L'épaisseur de cette couche graisseuse excentrique n'était pas uniforme ; elle variait de 2 à 3 millimètres.

Sa face externe était lisse et jaune clair.

Sa face interne n'avait pas partout la même apparence ; en bas elle était lisse et offrait une coloration tantôt rougeâtre, tantôt jaunâtre foncé ; dans le cul-de-sac, sur une longueur de 3 centimètres à partir du fond, elle était tapissée par une couche de matière granuleuse verdâtre, épaisse de 1 à 2 millimè-

très. CelLe matière ressemblait à du pus concentré, était onctueuse, avait une odeur fade, elle m'a paru être de la moelle en état de nécrobiose.

Le canal médullaire ne contenait plus aucune trace de moelle dans le reste de son étendue, c'est-à-dire sur une lôngueur d'environ 4 centimètres. Les parois de celte portion inférieure du conduit osseux étaient recouvertes en plusieurs points de larges lambeaux membraneux, blanchâtres, transparents, minces comme des feuilles de papier ordinaire. Ceux-ci s'étendaient dans une partie de l'intérieur du fémur et arrivaient même jusque près du fond du cul-de-sac graisseux. Certains de ces fragments membraneux paraissent très lisses, •unis; d'autres étaient çà et là recouvertes de petites vésicules arrondies et transparentes, dont le volume variait depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un grain de chenevis. Les vésicules étaient tantôt très clairsemées, tantôt très rapprochées.

Je dois dire que ce fémur n'avait nullement attiré l'attention du boucher avant la section et que sa substance osseuse n'a rien offert d'anormal.

Bien que l'examen microscopique des fragments membraneux inclus dans le canal médullaire ne m'ait pas fait découvrir de scolex du tsenia echinococcus, je me crois autorisé à considérer ces fragments comme du débris de la membrane hydatique d'un echinocoque développé dans le fémur et dilacéré par l'instrument du boucher au moment de la division de l'os.

Ce fait est des plus intéressants, il est toutefois difficile de savoir nettement s'il s'agit d'un kyste unilociilaire, occupant toute la cavité médullaire, et contenant des vésicules secondaires endogènes. Il est certain que le trait de scie a ouvert une grande vésicule à prolifération endogène.

Mais cette vésicule ne provenait - elle point d'un foyer d'échinocoques développé dans le tissu spongieux de l'extrémité inférieure du fémur ? On sait en effet que les hydatides atteignent de plus grandes dimensions dans le canal médullaire. Nous avons vu d'autre part que

les deux modes de prolifération endogène et exogène peuvent coexister.

§ 8. Résumé des caractères anatomo-pathologiciiies des kystes hydatiques des os.

En résumé les kystes hydatiques des os sont le plus souvent primitifs (1).

Ils se présentent sous deux formes; unilocidaires ou midtilocuiaires. Ces, derniers sont de beaucoup les plus fréquents.

Constitués au début par une infiltration d'bydatides dans les aréoles du tissu spongieux, ils oiFrent plus tard des cavités plus ou moins volumineuses renfermant un liquide puriforme, des séquestres et des vésicules hydatiques.

Ils présentent les plus grandes analogies avec les kystes multiloculaires du foie.

Ils agissent sur le tissu osseux :

1° Par expansion ; 2" par ischémie.

1° Le développement excentrique amincit, use et finalement fait disparaître le tissu compacte.

2° U ischémie mécanique résultant de Vinfiltratioii vésiculeiise dans les aréoles du tissii spongieux détermine la nécrose des lamelles osseuses qu'elles emprisonnent.

Les éléments constitutifs de l'os ne réagissent pas en présence des bydatides.

Ils paraissaient voués à une destruction inévitable.

La fracture spontanée est la conséquence fatale de l'évolution des échinocoques.

Il n'existe pas d'enveloppe kystique connective limi-

(1) Il n'existe, du moins jusqu'à présent, aucun fait qui autorise à admettre un envahissement secondaire du tissu ossoux par des écliinocoques des parties molles.

— estant les lésions sauf dans le canal médullaire desos longs ou dans les parties molles avoisinantes. Partout ailleurs l'affection est diffuse.

On peut comparer dans une certaine mesure ce processus d'envahissement périphérique avec formation de cavernes centrales à celui des affections tuberculeuses des os.

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