‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 44 sur 68 · DE · texte numérisé non relu

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254 EXERCICE DELA VERIU

il enseigne tout, sans le bruit des paroles, aux âmes attentives, paisibles et dociles : en sorte que les directeurs n'ont autre chose à dire à ces âmes bienheureuses, sinon : Soyez attentives à écouter la voix de l'esprit de Dieu; ou mieux encore : Soyez fidèles à suivre l'impression intérieure de sa grâce. C’est ce que saint Jean disait déjà aux premiers chrétiens: « Vous n’avez pas besoin qu'aucun « homme vous instruise ; car vous avez recu du Saint- « Esprit une onction divine qui demeure en vous et qui « vous instruit de toute chose.» Suivre avec parfaite docilité cette divine onction, quand elle se fait sentir ; l’attendre paisiblement et avec confiance, quand son impression devient moins distincte, c’est le grand moyen de marcher, avec rapidité et sans danger de s’égarer, dans la voie de la perfection.

Pourquoi voulons-nous toujours substituer notre propre action à celle de ce divin ouvrier, qui travaille sans cesse en nous à l’œuvre de notre perfection ? Combien on ferait plus de progrès si l’on mettait son principal soin à ne pas troubler son action, à s'abandonner à lui et à l’attenûre. L'Écriture nous recommande fréquemment d'attendre le Seigneur, et il n'est guère en effet de secret plus utile pour se sanctifier. Il n’est rien à quoi les âmes, suffisamment exercées dans la vie active et dans l’accomplissement des préceptes, doivent s'appliquer davantage qu’à ces attentes pacifiques. C’est le moyen d'acquérir l'esprit de prière, le saint recueillement et l’union la plus intime avec Dieu. Ce Dieu, infiniment libéral, à toujours les mains pleines de grâces, et il ne désire que de nous en combler. Pour recevoir ces grâces avec abondance, il suffit de tenir son cœur prèt, et de demeurer continuellement en attente. Mais la sécheresse et l'ennui de ces attentes lassent les

âmes impatientes et empressées ; elles rebutent celles qui ont en vue leurs propres intérêts, au lieu de se laisser conduire par ce pur amour, qui consiste à conformer toujours et en toutes choses, notre volonté à celle de Dieu. Il n’est pas au monde de trésor comparable à celui-là. Mais l’on court toujours après je ne sais quelle perfection chimérique, et on perd de vue la règle unique de la vraie perfection, qui est la volonté divine : cette volonté infiniment sage et infiniment douce, qui, si nous la prenons pour guide, nous fera trouver près de nous, et à tout moment, ce qu’on cherche fort laborieusement et inutilement

partout ailleurs.

LETTRE XVII

A LA SŒUR MARIE-ANNE-THÉRÈSE DE VIOMÉNIL

Modérer ses désirs et ses craintes.

La crainte salutaire est celle qui ne cause ni trouble, ni inquiétude, ni découragement. Quand elle produit des effets contraires, il faut la repousser, et n'y point adhérer, car sûrement alors elle vient du démon ou de l’amourpropre. Dans nos désirs les plus légitimes et nos projets même les plus saints, il faut toujours savoir demeurer devant Dieu dans des attentes pacifiques, soumises et résignées à toutes ses volontés. Pourquoi ? 1° Parce que les désirs de Dieu doivent étre l'unique règle de tous nos désirs. Se soumettre et adhérer continuellement à toutes les dispositions intérieures ou extérieures où l'on peut se trouver par les arrangements de cette Providence divine

qui s'étend à tout, qui règle tout, jusqu’à la chute d’une feuille d’arbre et d'un cheveu de notre tête, voilà la voie la plus sûre pour arriver à la perfection.

29 Parce que le renoncement à notre propre volonté est une autre condition très-importante de notre sanctification.

Rien n’est plus propre à nous faire acquérir ce renoncement, que les délais qui arrêtent l'exécution de nos bons desseins. C’est pour cela que Dieu en diffère quelquefois . Paccomplissement des années entières. Alors, on a bien besoin de foi, d'abandon, de confiance. Mais voici ce qui rend l'épreuve bien plus cruelle : c’est que quelquefois on ne trouve en soi aucune de ces vertus, parce qu’on est privé de la puissance d’en faire des actes sensibles. Que faire alors? il faut se soutenir par les simples lumières de la pure foi, et par de fréquents retours intérieurs à Dieu, pour implorer son assistance, en confessant humblement notre impuissance et notre misère. Par là nous entrerons dans les desseins de Dieu, qui ne semble quelquefois nous laisser à nous-même, que pour nous faire bien connaître ce que nous sommes de notre fond. Oh! la grande faveur, et l’importante vertu que d’avoir appris, par des expériences personnelles et fréquentes, jusqu'où vont notre faiblesse, notre misère, notre pauvreté et le besoin continuel que nous avons que Dieu nous soutienne, nous éclaire, nous anime, nous touche et nous relève, par les influences intérieures de sa grâce.

L’impression intime que Dieu vous a donnée d’un grand désir d’être dépouillée de toutes vos volontés, pour n'avoir plus que la sienne, est une grâce des plus précieuses ; pour la conserver et l’augmenter, il faut y livrer votre cœur et votre âme, aussi souvent et autant de temps que vous le

pourrez, surtout durant l'oraison. Je voudrais que vous pussiez passer votre vie tout entière dans ce seul sentiment, en grand silence intérieur, adhérant à l'opération de l'Esprit de Dieu; mais le tout sans violence, ni effort, doucement, tranquillement, paisiblement; puisque Dieu n’habite que dans la paix, et qu'il se plaît dans un cœur pacifique.

LETTRE XIX

A LA SŒUR MARIE-ANNE THÉRÈSE DE ROSEN

Tendre à la simplicité.

Ma chère Sœur,

Il y a peu de jours que je répondis assez amplement à votre avant-dernière lettre. Si vous trouvez que Dieu ne me donne pas grand’ chose pour vous, vous devez en conclure qu’il ne juge pas que mon secours vous soit nécessaire, ou bien qu'il veut pourvoir par lui-même à vos besoins. Oh! comme il sait bier, quand il veut, se passer de nous! Une seule parole, dite par lui à l'oreille de l'âme, instruit mieux que tous les discours des hommes. Le moindre petit souffle de la grâce pousse plus vigoureusement notre navire et le fait arriver au port plus sûrement et plus vite que nos rames, nos voiles et nos avirons. Je suis ravi que commenciez d'en faire l'épreuve, ou plutôt que vous en fassiez chaque jour des épreuves nouvelles et bien plus touchantes. Tenez-vous-en là, le seul silence intérieur de respect et de soumission, gardé humblement en

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