SCENE IV
UcAU{MOWilE\, LOUISE, L'IVÇJI^éMIÈHl.
Louise entre, soutenue par l'infirmière. Elle est affreusement pâle, brisée par la maladie ; ses cheveux sont en désordre ; elle porte le grossier peignoir de drap gris des hôpitaux.
L'INFIRMIÈRE à Louise.
Venez jusqu'au soleil. Là, devant la croisée. Ce fauteuil vous attend.
LOUISE assise.
Je suis bien épuisée.
— Merci, ma bonne dame. — Et je ne croyais pas Avoir la force encor de faire ces vingt pas.
A l'aumônier qui s'approche.
Ah! vous voilà, monsieur l'abbé, je suis bien aise De vous voir.
l'aumônier.
Cette nuit a donc été mauvaise?
Louise fait signe que oui.
Bientôt vous irez mieux, mon enfant, j'en suis sûr. Voyez. C'est le printemps.
LOUISE
Oui, ce ciel est très-pur, Et ce soleil de mars est bon. Je me rappelle Une autre matinée aussi fraîche, aussi belle,
Où le venc princanier soufflait dans mes rubans. J'étais au Luxembourg, m'asseyant sur les bancs, Regardant les enfants s'amuser et les cygnes Sur Tonde du bassin tracer de douces lignes.
— C'est quatre mois après ce jour qu'il s'en alla. Je l'attendais... J'ai tort de penser à cela.
l'aumônier.
Songez à vous soigner et ne soyez pas triste. Vous allez voir un homme à qui rien ne résiste, Un médecin fameux qui vous guérira bien.
l'infirmière. Voyons, désirez-vous quelque chose?
LOUISE
Non, rien.
Mais ne m'en veuillez pas surtout, si je refuse. On est ici trop bon pour moi, j'en suis confuse.
l'aumônier.
J'y pense. Le public n'est admis au parloir Que certains jours; mais, si vous voulez recevoir Quelqu'un de vos amis ou de votre famille, C'est bien simple, je fais dire un mot à la grille , Et, si l'on vous demande alors, on entrera.
LOUISE
Merci, monsieur l'abbé, personne ne viendra.