‹ L'abandonnée: drameChapitre 9 sur 37 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

DEUXIÈME GRISETTE

Bah ! Loger près du ciel, dans un grenier très-laid, Descendre le matin chercher son sou de laie, Travailler, se nourrir d'eau claire et de salade, Et se laisser vieillir I — J'en tomberais malade.

PREMIÈRE GRISETTE

Ne sais-tu pas qu'on n'a ces doux yeux séduisants Qu'une fois, ma mignonne, et qu'une fois seize ans ? Ne sens-tu pas ton cœur battre dans ta poitrine ? Réponds : Veux-tu coiffer la sainte Catherine Et n'avoir plus jamais pour joie et pour chagrin Que l'amitié d'un chat et la mort d'un serin ?

LOUISE

C'est possible. Mais vous, les rieuses, les folles,

Trouvez-vous le bonheur dans vos plaisirs frivoles?

Toi, Jeanne, je t'entends quelquefois soupirer,

Et toi, je r/ai bien vue, un jour, Lise, pleurer.

Henri te négligeait, Albert t'avait grondée.

Que sais-je? Eh bien, alors, moi, je me fais l'idée

Qu'il vaut mieux que mon cœur palpite à petits coups ,

Calmes et réguliers, comme lorsque je couds,

Et marque la mesure au pas de mon aiguille.

C'est vrai. Je suis encore une petite fille.

Peut-être que demain la joie ou la douleur

Doit s'ouvrir brusquement en moi comme une fleur.

Peut-être?... En attendant, votre gaîcé m'étonne.

Je pense que le vrai bonheur est monotone,

Qu'il est formé de jours tous pareils, longs et doux, Et que je suis au fond plus heureuse que vous.

PREMIÈRE GRISETTE

Je ne m'attendais pas à ta morale, certe, Mais ne croirait-on pas que nous voulons sa perce, Quand nous lui proposons d'entrer, tout simplement, Avec nous dans ce bal }

LOUISE

Ce bal ? c'est donc charmant.

PREMIÈRE GRISETTE

Ah ! nous voulons savoir.

DEUXIÈME GRISETTE

Nous sommes curieuse

PREMIÈRE GRISETTE

Eh bien, je ne ferai pas la mystérieuse.

C'est enivrant...

DEUXIÈME GRISETTE

Exquis...

PREMIÈRE GRISETTE

Adorable...

DEUXIÈME GRISETTE

Divin...

PREMIÈRE GRISETTE

Mieux que dans les romans de Paul de Kock, enfin !

Page 1