‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 157 sur 306 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

II faut remarquer que les affiches qui avaient été mises sur les portes du temple, et qui annonçaient l'élection de l'abbé pour le 22 novembre 1574, disaient que ceux qui s'opposeraient à l'élection, avaient jusqu'au mardi 22 décembre suivant pour faire connaître au vicariat leur opposition. Cependant l'année étant «avancée , on procéda immédiatement à l'élection et aux cérémonies de la façon qui suit :

D'abord, le 22 de novembre, prime étant terminée, le sous-prieur chanta une messe du St-Esprit , avec accompagnement des orgues comme à une fête ordinaire , puis tous les frères , ainsi que les religieux profès l'avaient fait lu veille au soir , se réunirent dans la salle du chapitre ; de là on se rendit en ordre au chœur, où chacun ayant pris sa place accoutumée , le chantre entonna l'antienne de la sainte Vierge Marie : O gloriosa qeiiilrix Virgo , etc. , ensuite on alla processionnellement au chapitre en chantant cette antienne. L'antienne finie , le sousprieur, de sa plate «accoutumée, chanta le verset et la collecte Famuhrum , etc.; après quoi le chantre commença , toujours dans le chapitre : V'eni Creator Spitm , etc. : le sous-prieur ajouta le verset et la collecte du St-Esprit , puis Dominwt vobiscum cl Bcnedicamus Domino.

Lorsque le doyen fut entré dans la salle du chapitre avec l'official et le secrétaire , et qu'il eut été s'asseoir au siège de la présidence , il rappela en peu de mots les recommandations qu'il avait faites la veille, puis il lit lire par le secrétaire , l'édit en vertu duquel tous ceux qui étaient sous le poids de l'excommunication, ceux qui étaient interdits, suspendus ou dégradés, eussent à sortir. Cette formalité remplie, et personne ne se trouvant dans ce cas, le secrétaire ou notaire du vicariat d'Arras appela les noms des religieux proies (notant ceux qui étaient absents). Chacun lorsqu'on l'appelait se levait et disait : présent. Puis, le doyenprésident, ayant recueilli les noms, appela à haute voix tous les fièrcs présents; chacun , à son tour , devait déclarer s'il pensait que le frère Warnier de Daure avait les qualités requises pour être abbé, et dans ce cas, s'il l'acceptait comme tel. 11 faisait cette double question : Croyez-vous le frère Warnier de Daure propre à l'office d'abbé, et le choisissez-vous en cette qualité? afin que chacun prononçât expressément : Oui , je le nomme : Il quisque dicerct expresse Eyo cwn nomino '. Tous firent nettement cette réponse , excepté trois qui dirent seulement qu'ils adhéraient au vœu de la majorité et à la volonté du roi. Alors le doyen rendit grâces à Dieu de ce que chacun avait suivi son inspiration ; et immédiatement il envoya le prieur d'Hesdin et le prieur d'Aymeries à l'abbé nommé et élu, pour lui annoncer que sa nomination était ratifiée , et qu'il avait été élu par le vœu général.

Le prieur de St-Snlpice , malade à Douai , n'ayant pu assister à l'élection , avait envoyé procuration de son consentement , ainsi qu'avaient fait les autres religieux qui étaient dans les prieurés et qui avaient chargé leur prieur de leur procuration.

Lorsque l'abbé vint dans le chapitre , le doyen lui fit part des suffrages , et lui demanda s'il acceptait ; l'abbé remercia et déclara accepter , tout indigne qu'il se crut, disait-il, de cet honneur.

Alors le chantre entonna à haute voix le chant Te Deum laudamus , etc., que continuèrent les moines se dirigeant processionnelleinent vers l'église. Deux prieurs désignés conduisirent entre eux deux l'élu au maître-autel , et firent la démonstration , selon une ancienne institution , de vouloir le porter pour le placer sur

' Flcclio cl gtita rtrertndi abbat. domini H", de Daure, tic Manuscrit de Vr. de Bar, w Tik du cotai. pa?e J, V.

l'autel : FA in manibus lollent te ne forte offendas ad lapidem pedem tuuni { Ev. sec. Mattheum, cap. iv, vers. 6). Mais l'abbé, autant par humilité que par respect pour le saint sacrement de l'Eucharistie, ne voulut pas s'y asseoir, il s'agenouilla, tenant l'autel embrassé, il resta sur les degrés entre les deux assistants et dans cette attitude, jusqu'à ce que les frères y eussent mis fin en entonnant le cantique Te Dcum, etc., auquel le sous-prieur ajouta: Salvum me foc servum , etc., avec l'oraison : Omnium Domine fous bonorum , etc. , selon le processionnel.

Enfin, en présence du peuple assemblé, le notaire fit la publication qui annonçait que dom Warnier de Daure était reconnu et élu abbé d'Anchin. Le nouveau prélat, avec les commissaires, se rendit à l'hôtel abbatial dont il prenait possession ; et les cloches , qui avaient été en branle depuis le commencement du Te Deum , cessèrent de sonner. Lorsque l'abbé et les religieux s'avancèrent processionnellcment avec la croix et les bannières, le prieur ou le sous-prieur du couvent, revêtu de l'aube et de la chape, alla au-devant portant en ses mains un crucifix, qu'il fit baiser à l'abbé qui était arrêté sous le porche de l'hôtel , et en le recevant, il lui fit la recommandation d'être le père du couvent. Ensuite le chantre commença le répons De Trinitatc, et le cortège revint au temple. L'abbé élu , qui fermait la marche , s'avança vers l'autel et s'étant mis à genoux, il reçut la bénédiélion de l'évèque ou de celui qui le représentait. Puis on se dirigea vers le chapitre , où chacun des frères se prosternant sur la natte, promit obéissance et baisa la main droite et la face de l'élu, lequel fut reconduit à la place qu'il devait occuper dans le temple au maître-autel, où il se mit en prières une troisième fois.

Après le diner , au lieu de la lecture ordinaire , les moines ayant été réunis dans l'auditoire , le notaire vint avec le procurateur de l'abbaye pour savoir des frères s'ils voulaient que la confirmation de l'élection fût demandée , soit au souverain Pontife, soit à Y ordinaire , soit au chapitre d'Arras ou à tout autre à qui il appartiendrait. Le notaire et le procurateur s'étant retirés et étant ensuite rentrés, les moines leur firent réponse que tout ce qu'ils leur avaient proposé leur convenait , et qu'ils s'en rapportaient à ce qui serait décidé à cet égard ; puis , le notaire et le procurateur s'en allèrent. Les religieux allèrent à l'église , où Noue fut chantée avec solennité. Mais aux vêpres , on ne chanta pas les heures de la Vierge.

L'acte d'élection, muni des sceaux du couvent, fut donc envoyé, avec des lettres, à Arras, pour être soumis à l'approbation de l'ordinaire Mgr l'évèque, c'estr-à-dire , le siège étant vacant, à l'approbation de l'archidiacre.

Lorsque l'abbé eut reçu cette approbation munie des sceaux de l'évêché , il fixa un jour pour la cérémonie de la bénédiction , dont nous parlerons tout-à-l'heure. Auparavant , comme l'élection de dom Warnier de Daure peut n'avoir pas été de tous pointe parfaitement régulière, nous allons, pour l'instruction du lecteur, rapporter succinctement ce qui s'est fait à l'ordination du révérend feu Lentailleur , d'après un formulaire latin, qui s'est retrouvé dans les papiers du procurateur de l'abbaye; voilà ce qu'il prescrit :

Tous les frères généralement devront se préparer par une confession auriculaire; après quoi , ceux qui sont prêtres célébreront le saint sacrifice de la messe, et ceui qui ne sont pas prêtres, après avoir entendu la messe, recevront le sacrement de l'Eucharistie, et tous généralement entendront dans le chœur une messe solennelle du Saint-Esprit, chantée à haute voix.

La messe terminée , on se rendra au chapitre au son de Ja cloche et en chantant l'antienne Rcgina Ceeti lœlart , etc. Arrivé à la salle du chapitre, la collecte de la Vierge ayant été dite ,

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