‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 266 sur 306 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

évèque de Mirepoix , ci-devant tbéatin , qui avait la feuille des bénéfices ; mais il ne réussit pas : il avait indisposé contre lui M. de Mirepoix , en lui donnant de faux renseignements. Voici le fait : le prélat ayant demandé combien valait l'abbaye , Marchand avait répondu qu'elle produisait vingt-huit à trente mille florins. M. de Mirepoix, informé qu'elle valait davantage, ne voulut plus recevoir le religieux; et ce fut le Prince df Modénk, enfant de onze ans , qui fut pourvu de l'abbaye. Néanmoins , plus tard , dom Marchand fit un accommodement avec la duchesse de Modène , la mère , pour cinquante mille livres »V

Benoît Philippe de Modène, prince et fils puîné du duc de Modène et de Mm* de Bourbon d'Orléans, fut nommé, au mois de mai 1 747, par le roi Louis xv, sans avoir été élu , non plus que son prédécesseur. Le prince de Modène vint au monde à Paris en 1736, le 30 septembre, au Val-de-Grace , où la duchesse de Modène sa mère demeurait dans une maison en-dehors du monastère , lors du premier voyage qu'elle fit en France depuis son départ d'Italie. Le prince d'Est, était le nom que portait cet enfant, abbé commendataire d'Anchin, dont nous parlons".

Plusieurs prévôtés ou prieurés forains, qui n'étaient point de véritables titres de bénéfices, mais de simples obédiences ou administrations comptables et révocables à la volonté du supérieur régulier, dépendaient de l'abbaye de Saint-Sauveur d'Anchin. Ces administrations ne pouvaient être exercées que par des religieux , proies de l'abbaye même. De ce nombre était le prieuré d'Aymeries. Dora Castel , religieux d'Anchin , qui en était pourvu par commission , comme l'avaient été ses prédécesseurs, vint à mourir au mois de février 1751. Le jeune prince de Modène , ignorant la nature de cet établissement , de son autorité privée le conféra , comme si c'eût été un bénéfice, le 10 avril de la même année, à M. Billart , évèque in partibm d'Olympe. Il est vrai que son prédécesseur, le card. d'Auvergne , avait agi de même; M. LcGlay, archiviste général, nous a fait connaître un acte original par lequel cet abbé commendataire, cardinal d'Auvergne , nomma Albert de Prouville au prieuré de St-Georges, vacant par la mort d'André de Retz, dernier et paisible possesseur %n.

Les religieux d'Anchin, justement alarmés d'une entreprise qui tendait nonseulement à priver l'abbaye de son patrimoine , mais encore à détruire un reste précieux de la discipline monastique , se pourvurent au parlement de Flandre , par voie de l'appel comme d'abus. Mais M. l'évêque d'Olympe mourut dans cette année même 1751, ainsi que le prince de Modène, abbé d'Anchin. Le procès se suivit sons le cardinal d'Yorck, qui succéda au prince de Modène dans la prélature d'Anchin et qui , comme son prédécesseur, ayant obtenu un induit pour conférer en commende , fit usage de ce privilège en faveur de l'abbé Paris , à qui il attribua le prieuré d'Aymeries comme vacant par la mort de M. Billard.

Ilenri-Bcnoît-Marie-Clément cardinal d'Yorck , évèque de Frascati , quarantesixième et dernier abbé d'Anchin , sixième commendataire , fut nommé par brevet du Roi en date du 25 novembre 1751 , dans Tannée même de la mort de son prédécesseur,

Issu de la race royale des Sluarts , le cardinal d'Yorck était (ils de Jacques m d'Angleterre et frère puîné de Charles-Edouard.

Nommé en 1750 abbé de St-Amand , il réunissait les deux commendes d'Anchin et de St-Amand ; la première lui rapportait soixante-dix mille livres , et la seconde

« Le Père knace, U» Ad.Hi. aux Wm, du rfioc., I. m, p. »• ld. ibiJ.

k" Cel act.- ist *ur \elm , revetu «lu wxau du cardinal , portant ta aignature : H. CarH u$ ab Arvemia.

soixante mille. Son passage an gouvernement de l'abbaye d'Anchin n'a guère été marqué que par les nombreux démêlés que , comme le cardinal d'Estrées , il eut avec ses religieux , non-seulement au sujet des prieurés forains , mais aussi au sujet du collège d'Anchin, qu'il voulait vendre et aliéner au profit des Jésuites (1757). On trouve des détails intéressante sur ces différents procès dans les mémoires du temps , notamment dans un recueil , volume de la bibliothèque particulière du savant archiviste du département du Pas-de-Calais, M. Godin", et dans les mémoires que nous avons déjà cités11.

Le magnifique buffet d'orgues qu'on voit maintenant dans l'église de St-Pierre de Douai provient d'Anchin (voir la planche ci-contre), il a été fait au temps de la prélature du cardinal d'Yorck , en 1760, par le facteur d'Aillery", pour remplacer, dans l'église d'Anchin , les anciennes orgues qui avaient été outrageusement endommagées par les iconoclastes. Les anciennes orgues , dont nous avons parlé au chapitre xxi , et qui étaient une véritable merveille de l'art, avaient été construites au xv* siècle , par les soins de l'abbé Pierre Toulet , ainsi que nous l'avons dit.

La dissolution de la Société de Jésus amena des changements dans l'organisation du collège d'Anchin. Un édit royal du mois de novembre 1764 avait ordonné cette dissolution, et avait fixé au 1" avril suivant (1765) « le moment auquel ceux » de la dite société qui desservoient les collèges dans le ressort de notre cour de » parlement de Flandre seroient tenus d'en sortir , etc >» A dater de cette époque , le collège fut desservi par des prêtres et des séculiers , et on cessa d'y enseigner la théologie. Des lettres patentes du 1" mai 1767, en confirmant cet établissement, posèrent les bases de l'administration nouvelle; elles portaient spécialement que les abbés et religieux d'Anchin jouiraient du titre de fondateurs de ce collège , lequel demeurerait aggrégé à l'université.

Ces lettres patentes forment un document curieux et important pour l'histoire du collège d'Anchin :

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