I. — Fondation de l'abbaye de Beaulieu
Ce fut au commencement du xi^ siècle, et vers l'an 1007, que Foulques Nerra, comte d'Anjou, fonda l'abbaye de Beaulieu. Ce prince, célèbre dans l'histoire par ses vices et par ses vertus, revenait d'un pèlerinage qu'il avait tait à Jérusalem pour expier ses crimes, lorsqu'il bâtit le monastère de Beaulieu, qu'il dota conjointement avec Hildegarde, son épouse, d'une partie des biens qu'ils possédaient ensemble dans la Touraine. Il lui accorda, suivant l'usage de ce temps- là, de grands privilèges, et il enrichit l'église de plusieurs reliques précieuses qu'il avait rapportées de la Terre sainte, parmi lesquelles était une portion de la vraie Croix et un morceau de la pierre du saint Sépulcre de Nostre- Seigneur.
Lorsqu'il eut achevé de faire construire cette église, il appela Hugues de Châteaudun, archevêque de Tours, pour en faire la consécration; mais ce prélat refusa de faire cette cérémonie, disant que Foulques devait d'abord restituer les biens qu'il avait pris aux églises et réparer les ruines des monastères qu'il avait détruits, avant d'en fonder un nouveau. Ce prince avait effectivement pillé plusieurs églises et monastères, souvent par avarice et plus souvent par violence et pour se venger des prélats et des abbés qui avaient censuré ses désordres, ou qui avaient osé s'opposer à ses vexations. Mais il se dissimulait tous ses crimes, ou il croyait les avoir expiés ou en avoir fait une pénitence suffisante en faisant le pèlerinage de Jérusalem. C'est pourquoi il fut si irrité du refus de l'archevêque, qu'il l'accabla de menaces. Ils les auraient effectuées sans le conseil d'un de ses courtisans, qui lui fit prendre le parti de se pourvoir au Saint-Siège.
Il obtint du pape Jean XVIII un commissaire qui consacrerait l'église de Beaulieu. Mais l'archevêque de Tours s'opposa encore à cette cérémonie et fit le vo3'age de Rome pour se plaindre du comte d'Anjou et de ce qu'on entreprenait sur sa juridiction. Son voyage, ses plaintes et ses réclamations furent sans effet. Le cardinal Pierre vint en France et, sur les pouvoirs que lui en avait donnés le pape, il consacra, le 28 du mois de mai de l'an 10 10, l'église de Beaulieu, sous l'invocation de la Sainte-Trinité, et sous celle de tous les Chérubins et Séraphins, et sous le vocable du Saint- Sépulcre. Cette cérémonie se fit en présence de Foulques et des évoques de sa domination.
Ce prince fit encore accorder à l'église de Beaulieu, par les papes Jean XVIII et Serge IV, différents privilèges, et il la mit sous la dépendance immédiate du Saint- Siège. Il lui avait déjà donné toute la forme d'un établissement durable, lorsqu'il mourut à Met:?, revenant pour la troisième fois de Jérusalem, le 21 juin de l'an 1040. Son corps fut porté dans l'église de Beaulieu, où il fut inhumé sous un mausolée qui subsiste encore aujourd'hui à côté de la sacristie. On célèbre chaque année dans cette église son anniversaire le 21 juin.
IL — Ville et baronnie de Beaulieu
La ville de Beaulieu est située sur la rivière de l'Indre, dans une plaine entourée de coteaux et de vignes. EHe a pour perspective la ville et le château de Loches, qui n en sont séparés que par les ponts qui sont sur la rivière et une large prairie. Avant la fondation de l'abbaye, cette ville n'était qu'un simple bourg, qui s'est accru et a formé une ville, qui fut environnée de murs dans les guerres des Anglais sous les règnes de Charles VI et Charles VII, aux dépens des abbés et du monastère. L'enceinte de cette ville est d'environ vingt-cinq arpents. Ses faubourgs en occupent autant. Ses murailles, qui sont en pierre de taille, sont flanquées de tours et ne sont ouvertes que par quatre portes, dites de Châtillon, de Loches, de Guigné et de Saint-Pierre.
Il y ■^ trois paroisses dans la ville : rune Saint-Pierre, l'autre Saint-André et une troisième de Saint-Laurent. En 1643, on y fonda un monastère de chanoinesses régulières de l'ordre de Saint-Augustin, dont la prieure, qui est perpétuelle, est nommée par l'archevcsque de Tours. Cette communauté, qui est très nombreuse, est en même temps très riche. Elle a de superbes bastimens et jouit de la plus grande réputation de régularité.
Le collège, qui subsistait autrefois dans la ville de Beaulieu, iut transféré en 1595 dans celle de Loches, et, en 1644, il lut donné aux Pères Bernabites; mais tous les droits honorifiques en turent réservés à l'abbé de Beaulieu.
La ville de Beaulieu a le titre de baronnie depuis que Foulques Nerra l'a démembrée du comté de Loches pour doter l'abbaye, et cette qualité ou prérogative lui a été confirmée en 15 16 et 1528 par François I", et en 1)67 par Charles IX. Elle lui a été conservée dans tous les arrêts rendus au profit des abbés, qui se sont constamment qualifiés du titre de baron et qui en ont joui aussi paisiblement que tous les autres barons de la Touraine. Outre cette qualité, ils prennent celle de seigneurs de Beaulieu, qui leur appartient, exclusivement aux religieux, depuis le partage fait en 1679.
Comme seigneurs, ils ont dans la ville de Beaulieu et dans toutes les dépendances de leur baronnie la haute, moyenne et basse justice, le droit d'instituer un bailly, un lieutenant au bailliage, im procureur de coiu's, un greffier et tous autres officiers de justice. Ils ont droit de halle et de boucherie, droit de voirie et de police dans la ville, de pressurage, de mesure à pain et à vin et autres denrées, de nommer ban à vin pour la ville et banlieue, droit de donner maîtrise pour tous les arts et métiers, droit de banalité pour un moulin, enfin celui de faire rendre la justice en leur nom. Ils ont seulement perdu le droit de faire battre monnaie '.