Un bénitier de cuivre avecque son asoersoire
Le 20 nivôse, an 11 de la République, à l'occasion de la plantation d'un nouvel arbre de la liberté, devant la garde nationale et les citoyens réunis sur la place d'Armes, on tit une cérémonie très pompeuse, qui nous intéresse surtout par le tait de la destruction des documents historiques.
Au milieu du cortège apparaissait un char, chargé des papiers et titres féodaux, avec un citoyen monté sur lesdits papiers, portant en main une inscription :
Ci git des titres féodaux condamné a dessandre en l'ombre des infernaux.
Ci git des parchemains de la ci-devant noblesse, marque insigne de la plus grande bassesse.
Ci git enfin l'abus des abus que le feu va purger pour nan parler plus.
On se dirigea, en ciiantant des iiymnes patriotiques, vers la place Sainte-Barbe, « où estoit dressé un bûché. » Le feu y fut mis par les corps constitués, « aux cris de Vive la République! Vive la Montagne! » A la suite des chants patriotiques et durant l'incinération, « il s'est formé autour dudit bûché une danse où les citoyens et corps constitués pelle mêlle ont fait plusieurs fois le tour, chantant des himnes patriotiques. » Puis, le cortège est venu à la maison commune, « où etoit préparé un festin civique, où tous les citoyens se sont mis à table et pendant tout le repas a été chanté des himnes patriotiques, en se donnant le baisé fraternel de tems à autre. »
Avant de clore la série de ces notes, nous devons ajouter ici quelques indications sur les sculptures de l'église de Saint- Laurent. A propos de cette église, si curieuse et maintenant protégée grâce à M. le comte de Bridieu, nous avons fait remarquer que l'on y voyait des sculptures historiées; leur caractère très intéressant nous invite à y revenir, pour entrer dans quelques détails.
Sans parler des petits personnages qui décorent l'intersection des arcades et des nervures, suivant les habitudes familières au style Plantagenet, nous nous attacherons de préférence aux clefs de voûte. Aussi bien, l'ensemble des sujets constitue un poème sculptural d'une saveur très particulière. Le Christ nous apparaît entouré des personnages qui d'ordinaire l'accompagnent dans les œuvres artistiques, comme ils l'ont accompagné dans sa vie et sa carrière.
Nous prenons d'abord la nef centrale. A la clef de voûte de la seconde travée se montre le Sauveur en majesté, bénissant de la main droite levée, et tenant le globe de la gauche. Le caractère de cette sculpture ne s'écarte pas du canon suivi par les artistes; mais il n'en est pas de même du sujet de la première travée, et pour cela nous y insisterons.
Le médaillon ovale, de 60 centimètres de diamètre, figure trois personnages : au centre, est assise de face une femme à la robe retenue par une ceinture, la tête env&loppée d'un chaperon avec mentonnière, et surmontée d'une coiffure non fermée, haute et de forme polygonale, en manière de couronne tourelée ; la main gauche soutient le vêtement, et la droite s'apprête à prendre un objet.
A droite et à gauche, vues de trois quarts et à mi -corps, sont deux personnes qui présentent des fruits à la femme assise : celle de droite est un homme tenant une baie avec corolle ressemblant à une grosse fraise, et l'autre est une femme, reconnaissable à
son visage et à son vêtement, qu'elle relève de la main gauche, et qui tient un fruit pareil à l'ananas.
S'agit-il ici d'une Vierge n'a3'ant pas l'Enfant-Jésus, ainsi qu'on la rencontre assez rarement, d'une sainte ou bien d'une personne profane, soit de haut rang, comme on en remarque au Mont -Saint -Michel, à Dol et en d'autres endroits, soit purement allégorique? Nous pensons au'il faut y saluer la Vierge, à laquelle on otîVe, comme « primeurs », des fruits que les Croisades ont importés d'Orient en Occident, et qui pour nos contrées étaient une nouveauté au moyen âge. Il est vrai que l'absence de nimbe et de l'Enfant- V'. i^/ -^HL. ï j*^ \ Jésus pourrait autoriser à y voir une
''^.. "IWVmt.*^ -/^^^ ^L^ .An femme allégorique, ou bien histo-
rique comme Blanche de Castille, la reine des Croisades au xiii'' siècle. On sait, en effet, qu'à la même époque, les peintres verriers plaçaient dans les vitraux du chœur de la cathédrale de Tours les emblèmes rappelant la mère de saint Louis.
Mais; en considérant la situation que ce sujet occupe dans l'ensemble des sculptures, il convient plutôt d'y reconnaître une Vierge d'une inspiration très particulière.
Le musée de la Société archéologique possède un moulage qui, dans le catalogue manuscrit, était indiqué comme œuvre du xv!"" siècle et comme provenant de l'église de Montrésor, ce qui a été raturé dans la suite; et, dans le catalogue, imprimé en 1871, il a été mentionné, par M. Léon Palustre, comme du xiir siècle et « moulé sur l'original à l'église Saint- Laurent de Beaulieu ».
Après le Christ et la Vierge, viennent des saints qui complètent le cortège du divin Sauveur. La nef du sud montre à la clef de voûte un personnage, qui a la main levée pour bénir, et un autre qui retient les plis de son vêtement. Aucun symbole particulier ne vient aider à les identifier; mais leur place et leur attitude permettent de songer à des apôtres.
La nef du nord avait également ses deux clefs de voûte historiées. La première, à partir de l'ouest, a disparu, et nous avons oui dire qu'elle avait été coupée et enlevée par quelque ouvrier du métier. Peut-être le sujet dérobé se rapportait-il au patron de l'église, au diacre
Beaulieu : clef de voûte de l'éijlise Saint- Laurent.
saint Laurent. On tient également qu'une autre clef a été coupée dans la chapelle du chevet, au sud.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la clef de la seconde travée de la nef du nord est décorée d'un personnage tenant une crosse inclinée des deux mains, celle de gauche étant la plus élevée. Cette sculpture de bonne facture représente un évèque, peut-être saint Xiste, qu'accompagnait saint Laurent, à moins qu'il ne s'agisse d'un fondateur d'ordre, comme saint Benoît.
Ces sculptures présentent quelques caractères que nous devons mettre en relief. Ainsi, au lieu de se trouver dans un cadre plus ou moins ouvragé, comme cela se pratiquait quelquefois, le médaillon a ses bords sans ornements et est appliqué sur les nervures coupées. Il semble que ces clefs aient été ajoutées après coup, et, de tait, leur style accuse plutôt le XIII' siècle.
En ces médaillons, d'une dimension moyenne de 60 centimètres, les personnages sont figurés à mi-corps. Ils ne portent pas de nimbe, et, suivant un usage assez généralement répandu au moyen âge, ils auraient été rehaussés de peintures dont on aperçoit des traces. Par une raison d'ornementation, les fonds des médaillons, du moins pour ceux que nous avons pu bien voir, et notamment pour celui de la Vierge, sont décorés de traits disposés en deux groupes en manière d'ailes, qui, avec un examen rapide, pourraient faire croire à la présence d'anges, mais qui en réalité sont des motifs d'ornements. Somme toute, ces sculptures, sans atteindre à une perfection dépassant la bonne moyenne, se recommandent par leur concept, leur disposition et le mérite de l'exécution.
A propos des ouvrages d'art de Beaulieu, nous ferons remarquer qu'une partie des boiseries de l'église de Saint-Pierre sont conservées dans la sacristie de l'église de Saint-Flovier. Au surplus, une tradition rapporte que les belles stalles de cette église proviennent de l'ancienne Chartreuse du Liget. D'autre part, l'on sait qu'en la rue des Indrault, située parallèlement au canal de l'Indre, que l'on considère comme dû tout particulièrement à l'initiative des Bénédictins, se trouvait une léproserie. Dans le voisinage, on a trouvé naguère des cercueils en pierre, renfermant des poteries funéraires d'un caractère médiéval.
D'ailleurs, l'expérience montre qu'il y a toujours profit à tenter des recherches au point de vue artistique dans la région où florissait une abbaye. École où s'épanouissait la culture des lettres et des sciences, en même temps que la pratique du travail manuel, le monastère était également une véritable école régionale des Beaux- Arts. Les Bénédictins de Beaulieu s'appliquèrent à décorer leur couvent non seulement par les manuscrits délicatement enluminés, par les ornements aux riches braderies et par les verrières aux tons étincelants, mais encore par les oeuvres où le ciseau et le pinceau rivahsaient d'habileté. Les meubles de l'église et du monastère aux délicates ciselures, dont on conserve de beaux spécimens, indiquent assez en quel honneur on tenait le culte du beau parmi les hôtes de l'abbaye. Nous sommes con-
L'AIH'.A^'E DL: BEAULIEU-LÈS-LOCIIES
vaincus que, même après les battues opérées depuis de longues années par les chercheurs de curiosités anciennes, on découvrirait encore çà et là des objets d'un caractère religieux ou profane, qui rediraient à leur manière quelque chose de la vie, des habitudes et du l'oùt des Bénédictines de Beaulieu.
Assurément, il y aurait encore à glaner bien des observations au sujet de Thistoire de Tabbaye et de ses dépendances. Les documents, conservés soit à l'hôtel de ville de Beaulieu, soit dans les études de notaires, soit chez des particuliers, pourraient four-
ments utiles et intéavons atteint les bornes imposées et essayé de nous nous étions tracé;
nir d'autres renseigneressants. Mais nous que nous nous étions remplir le cadre que et notre tâche, en ce est, sinon remplie, du sions-nous avoir réussi mière sur certains l'antique et vénérable célèbre comte d'An-
qui nous concerne, moins terminée. Puisà jeter quelque lupoints de l'histoire de abbaye, fondée par le jou. Foulques Nerra!
Chapiteau de l'abbatiale de Beaulieu.
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