‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 19 sur 185 · Gallia christ., t. XI, col. 8o3. — Xeuslria pia, p · texte numérisé non relu

Gallia christ., t. XI, col. 8o3. — Xeuslria pia, p

2. Sous Philippe Auguste, après 120t, la livre du Mans valait 40 fr., le sou,

2 fr. ; la livre de Tours, 20 fr., le sou, 1 fr. (L. Delisle, Des revenus publics en Xormandie). Le pouvoir de l'argent étant alors au moins quatre fois plus fort que de nos jours, les 49.000 fr. de revenu que possédait Gi'estain, en 1230, avaient pour l'abbaye une valeur relative de 160.000 francs.

GUILLAUME De MORÏAIN 33

Nous voulons parler de Guillaume de Morlain. Gomme nous l'avons dit plus haut, il avait été fait prisonnier à la bataille de Tinehebray et condamné à une prison perpétuelle. Or, A. du Monslier a cité un distique cpii laisserait à penser que ce seigneur aurait reçu la sépulture dans l'abbaye de Grestain :

Hic eal Guilleliniis Mathildi maire crealus Nala Rogerii comitis de Monkj orner ij.

Il semblerait jusqu'à un certain point que ce renseignement n'aurait point besoin d'être ou contrôlé ou éclairé. Cependant on remarquera que les historiens ont placé la mort de Guillaume de Mortain à CarditT, pays de Galles '. Si ce dernier fait est exact, il est difficile de le concilier avec une inhumation dans l'abbaye que son cruel ennemi Henri P'" Beau-Clerc avait confisquée et réunie au domaine ducal vers l'année

On peut réussir à fixer exactement la date de la fondation de l'abbaye ; mais nous n'avons pas la même prétention en ce qui concerne la liste des abbés. Nous avons fait usage des deux séries que présentent le Neustria pia et le Gallia christiuna^ mais on ne connaît que très rarement Tannée de l'accès des abbés à la dignité abbatiale ou celle de leur mort. Ces deux listes sont d'ailleurs incomplètes : on ne possède ni cartulaire ni nécrologe pour en remplir les vides. Néanmoins nous donnons les noms de cinq abbés que ne mentionne pas le Gallia christiana.

1. C'est du moins à Cardifï quil avait été jeté en prison, et plusieurs historiens ont dit que le duc Robert et lui, Guillaume de Mortain, sont morts en captivité vers l'année 1134: « Eos in carcere fecit mori. » Tiiron. Chron. — « Eosquc in libéra custodia usque ad terminum vitae eoruni tenuit. » Will. Geinet. — « Scd, ut dixi, pressus, squaloris carcerci tota vila accolalum accepit. )) Willelm. Malmesb. — Cf. Dcppinjj, Ilisluire de la Xormandie, etc. (1835), t. 1«% p. 32o et 338.

Cii. nuÉAiii). — L'Ahhiiije de Xolre-Daine de Grestain. 3

34 L'ABItAVE DE -NOTKE-DAMt; DE GKESTAIN

I. — Renaud de la^ Roque a été le premier moine à qui on confia le pouvoir d'organiser, sous l'autorité épiscopale, l'établissement de Grestain. Les rares documents de l'histoire du xi^ siècle ne nous renseignent point sur ce religieux. Selon ce que Ion peut savoir, c'était un frère de l'abbaye de Saint- Evroult, recommandable par sa piété : quihus [monachis) prioreni constituit i^eJigiosum virum Reginaldum a Rocqua, monachiim S. Ebrulfi. Le monastère de Saint-Evroult avait été fondé la même année que Grestain sur les ruines d'un couvent mérovingien. Renaud de la Roque avait par conséquent été un des disciples de Thierry de Mathon ville qui administra l'abbaye d'Ouche : ce dernier était un moine de Jumièges. Il semblerait que, par ces liens, la colonie des religieux de Grestain aurait dû venir ou de Jumièges ou de Saint-Evroult. Ce ne fut pas là qu'on la choisit. L'abbaye de Grestain en formation reçut des moines tirés des monastères de Saint-Wandrille (Fontanelle) et de Préaux '. Mais peut-on en savoir le nombre ? On ne possède aucune information à ce sujet, cependant si Ton veut bien remarquer que Renaud de la Roque a été qualifié prieur et qu'il n'est pas mis au rang des abbés par le Neustria pia ^. en raisonnant par induction on conclut que le fondateur n'a d'abord constitué qu'un établissement qui comportait un prieur et quatre moines dont un cellerier, un sacriste

1. « Illic monachi aliquot partira de Fontenella, partira de Pratellis congi-egati. » — Gallia christ., XI, col. 842.

'2. Neustria pia, p. 529, cap. II: « In priniis sciendum, etc. En premier lieu, il faut savoir qu'au temps où le comte Herluin fondait et construisait l'abbaye il y établit, plusieurs pieux moines à qui il donna pour prieur Renaud de la Roque, religieux de Saint-Evroul, recommandable par sa piété. Robert, comte de Mortain et fds d'Ilerluin, en augmentant les possessions et les revenus du monastère y installa un plus grand nombre de l'eligieux. Il leur choisit Geoffroy pour premier abbé. "

LKS AIÎHÉS RÉGULIERS 33

et un chambrier. Telle a dû èlre l'origine de Grestain, mais l'acte destiné à perpétuer le souvenir de sa fondation n'existant plus on n'en parle que par conjecture.

II. — Geoffroy est le deuxième abbé dont la liste du Gnllia christiana fait mention '. Dans celle du Neusfria, au contraire, le même religieux occupe le premier rang ^. Il est à croire que l'auteur du Neustria a suivi les traditions de l'abbaye, où il avait lu dans d'anciens manuscrits :

Andcf/aris monHchiis^ Gaii f ricins praesidel abbas Prii)iu.s Gresleni^ vir magnae nobilitatis.

(Geoffroy ou Godefroy, moine d'Angers, est le premier abbé de Grestain. Il était de haute noblesse.)

C'était un religieux de Saint-Serge d'Angers, abbaye dont les écoles étaient alors florissantes. Robert de Mortain, fils du fondateur de Grestain, l'appela àja tête de l'abbaye à peine formée. Parmi les premières donations nous avons déjà remarqué celles de Robert de Mortain et noté qu'il augmenta le nombre des moines zélés et dévoués qui formaient la colonie établie dans des bois et des terres en friche, La fondation fut assurée par des ressources suffisantes. De là est venue sans doute la tradition d'admettre le comte de Mortain comme le véritable fondateur de (irestain •'^, quoique la circonstance du temps soit à l'encontre de cette tradition '*.

L'abbé Geoffroy ou Godefroy fit donation de ses biens personnels aux moines de Grestain. C'est peut-être cet abbé que

Page 1