Mém. soc. Ant. de Xorm., XVI
94 l'aBBAVE de NOTRE-DAME DE GRESTAIN
bourgeois, à redouter les violences du vainqueur. « Si, par exception, Henry \ montra parfois une grande dureté pour les ecclésiastiques qui avaient pris une part ouverte à la résistance, s'il frappa d'énormes contributions les abbayes du Bec et de Fécamp et convertit celle de Saint-Gilles en caserne, en général il eut pour le clergé des ménagements tout particuliers. Tandis qu'il expropriait sans miséricorde genlilhomraes et bourgeois, il confirma et rétablit presque partout les églises et les clercs dans la jouissance de leur temporel '. » Les documents montrent bien que le nouveau maître du pays n'avait aucun esprit d'hostilité contre le clergé normand séculier ou régulier, mais le témoignage des chroniqueurs de ce temps prouve aussi qu'il ne put lui assurer la sécurité. Que l'on laisse s'écouler quelques années, on n'entendra parler que d'églises effrondrées ou incendiées, de couvents abandonnés par les moines, de terres incultes et infestées par les loups ~.
Quant à Richard de Thieuville que la saisie anglaise ne frappa ni dans ses biens ni dans les revenus de son abbaye, nous ne voyons figurer son nom que dans une pièce du 18 juin 1424 K C'est l'acte relatif à la redevance d'un esturgeon perçu pour le compte du suzerain direct en raison des droits de pêche dont les moines de Grestain bénéficiaient dès les premiers jours de leur établissement.
Vers le même temps, Grestain figure dans l'œuvre désespérée de résistance au gouvernement anglais comme le lieu de ralliement d'obscurs partisans et de dépôt de leurs armes. Vers 1426, u un journalier des environs de Pont-Audemer était allé leur en chercher à Rouen ; il les cacha le long de la côte près de l'abbaye de Grestain, dans un endroit convenu ^ ».