T. ME
Vis-à-vis la même chapelle, une autre tombe représentail la figure d'un religieux entre deux écussons ; c'était celle de Tannegui de Oilliamsoo avec cette épitapbe :
HIC JACET DOMINVS TANGVIDUS DE OLLIENSON OLIM PRIOB CLAVSTBALIS
Dans la chapelle de la Vierge, se lisait Tépitapbe de D. Roulland Rouault :
HIC BESVRBECTIONEM EXPECTAT VIR N0BU.1S ET RELIGIOSVS DOMINVS ROLLANDVS ROUAULT, HUJUS REGALIS ABBATOE MAGNVS PRIOR ET ELEMOSINARIVS , QVI OBIIT DIE 8 IVNII, ANNO 1704 ^TATIS SUiE 68. ANIMA EJVS IN PAGE REQVIESCAT. AMEN.
Dans la chapelle de St.-Nicolas se trouvait une autre pierre sur laquelle était une figure de la Vierge assise sur une chaise, tenant TËnfant* Jésus qui la regardait ; à leurs pieds était un religieux à genoux joignant les mains; on y lisait rinscription qui suit, écrite en caractères gothiques :
ANNO DOMINI 1271 DEGIMO OCTAVO FEBRVARII JOANNES BELLET SACERDOS AC MONACVS SANCTI STEPHANl
DE CADOMO PROFESSVS.
Jean de Baillehache avait Tait sculpter sur la grande clef de la voûte du chœur Técusson de Charles d*0 , sous Tadministration duquel l'église avait été rendue au service divin, en 1626. Huit autres écussons se voient encore sur chacune des nervures qui rayonnent autour de cette maîtresse clef. On y distinguait les armes de D. Guillaume Morin , de D. Jacques Patry et de D. François de Sillans. Celles de Jean de Baillehache étaient à la clef d'une autre voûte du chœur. Sur celle qui se trouvait juste au-dessus de l'emplacement où avait été construit le premier tombeau de Guillaume, étaient les armes de D. Mathieu de LaDangie; celles du prieur D. Mabrey étaient au bord du chœur, dans la chapelle St. -Pierre etSt.-Paul. Enfin, au second pilier qui est au bas, du côté de l'Épttre, près
CONSTRUCTION DE ViGhlBB ET DE L*ABBATB. 3&5
de la petite porte d'entrée du cbœur , ou lisait Tépitaphe de Louis de Thonroude , seigneur de la Heaulle.
En dehors du chevet et sur le mur de la chapelle de la Vierge, à quelques pouces de terre , se voit encore une inscription , en caractères gothiques » inexactement transcrite par Ducarel et qui a été depuis plusieurs fols reproduite, a;irec la rectification faite par Tabbé De La Rue. Elle rappelle le nom de l'artiste auquelon doit la reconstruction du rond-point :
GYUXELHTS JACET HIC , PETRARVM SYMMTS IN ARTE ; ISTE NOVVM PERFEQT OPVS. OET PRJEMIA GHRISTTS. AMEN.
Cette inscription ne peut désigner, comme on Tavait prétendu , Parchitecte que le Duc de Normandie avait chargé de construire Téglise de St. -Etienne. Les caractères qui y sont employés, comparés avec ceux qui sont gravés sur la pierre tumulaire de la reine Mathilde , attestent une époque beaucoup moins ancienne. Les mots novum apus attestent un travail postérieur à la construction primitive. L'inscription n'en présente pas moins un grand intérêt* Les lettres minuscules et cursives qui la composent sont du XIIP. siècle et ne reproduisent nullement la forme allongée de celles de Tépitaphe de la reine Mathilde , qui appartient au XP. siècle. Elle est remarquable aussi, comme l'a fait observer M. Léchaudé-d'Anisy, qui en a donné une lithographie, par les sigles et les abréviations qui s'y rencontrent, par les trois points qui séparent chacun des mots, et par les signes d'invocation qu'on voit au commencement et à la fin, et qui y sont figurés par une croix allongée avec trois points , pour indiquer la Trinité.
Dans une autre partie de la muraille , au haut de l'ancien local affecté autrefois au chartrier, placé au-dessus de la sacristie, se lisait encore une Inscription, en caractères gothiques, masquée aujourd'hui par le grand l)âtiment qui vient s'appuyer contre le transept de l'église :
HIC JACET FRATER RIGARIVS BBAWOISIN QVONDAM THESORARIVS HYIVS MONASTERII, QVI OBIIT ANNO MILLESIMO TRECENTESIMO TRIGESIMO OCTAVO. ANIMA EJTS REQVIESCAT IN PACE.
Enfin une autre inscription , aussi en caractères gothiques , reproduite pour la première fois par M. G. Bouet, d'après le manuscrit de
346 ABBAYE DB SAINT-itlENNE J)£ GABN.
Touvrage de D. Jean de Baiilehache, et dont M. Gaael avait révélé Texistence à la Société des Antiquaires de Normandie , était rédigée en ces termes :
HIC JACET ALBINVS PRjEPOSITVS. REQVIESCAT IN PAGE.
Complétons par les indications suivantes ce que nous avons pu recueillir au sujet de la sépulture des anciens religieux de Tabbaye.
On voyait autrefois la tombe de Charles de Baillebache, dans la chapelle de St. -Pierre et St. -Paul; celles de D. de Guerville, de D. de Monthiers, de D, Michel Rouault, dans la chapelle des Trois-Martyrs ; celles de D. de La Mariouze et de D. Bouloucbe, devant la chapelle de la Vierge; celle de D. Huet, dans la chapelle SU -Benoît; celle de D. de Gaailon, dans la chapelle de St. -Thomas et celle de D. le Got, dans la chapelle de Ste. -Madeleine. C'était aussi dans cette chapelle qu'avait été placé, au XIV*. siècle, le tombeau de Philippe, dame de Brucourt, bienraitrice de Tabbaye. Dans Taile du midi avaient été placées les tombes de D. Le Vannier, D. deLaumosne et devant la chaire celle de D. de Saffrey. D. J. Chapelle, D. Ch. du Moulin, D. Le Chat, D. Fr. d'Ussy, D. Castel, D. Douhault, et D. Malherbe avaient été enterrés dans le cimetière de l'infirmerie.
Un procès- verbal des réparations à faire en l'année 1616 , dix ans avant la réconciliation de l'église, nous apprend que la voûte du chœur et celle de la chapelle Hallebout étaient à refaire ; qu'il fallait remettre à neuf quatre grandes croisées d'ogive de six branches chacune, ayant 3S pieds de hauteur et 30 de largeur, venant fermer à la clé avec le pendant pour faire leurs voûtes, et trois autres grandes arcades d'ogive faisant la séparation des croisées. Le mur et les fenêtres d'une des ailes de la nef, du côté du nord , étaient ruinés. Il fallait remettre les claires-voies sur les deux premières voûtes , entre les arcades des deux côtés de la nef et au gable de l'église avec l'enchape , sur une longueur de 290 pieds et sur une hauteur de trois. Tout le rond-point était dans un état si déplorable que l'on avait pris d'abord la résolution de le démolir entièrement et d'eo employer les matériaux aux fortifications.
De Bras parle de l'église de St. -Etienne , après le passage des Calvinistes , comme d'un édifice ayant cessé d'exister : « ceste église d'abbaye,
CONSTRUCTION DE h'ÉGÏASB BT DE l'aBBAYB. W
dit-il , estait belle en perrection , comme les ruynes qui restent le manifestent assez. 1
Jean de Baillebacbe, qui parvint à sauver le plus bel ornement de Téglise, le fit reconstruire presque entièrement, comme nous Tavons ra* conté (1). Les buit petites tourelles qui accompagnent si gracieusement chacune des deux pyramides occidentales n'existaient plus. Il fallut les réédifier. Le bautde Tune de ces pyramides (celle du nord) s'élait écroulé. Hais la réparation la plus urgente était celle de la grosse tour du milieu de réglise, qui, tombée en 1566, par la faute d*un sénécbal de Tabbaye, Jean Laurent, dit Le GouUu , avait été cause de la plus grande partie du désastre. Le sénéchal avait fait couper, pour les enlever, des sommiers d*une masse et d'une pesanteur énormes, qui tombant avec fracas ébranlèrent tellement la tour, que Tescalier s*écroula et entraîna avec lui une grande partie de la voûte. Les cloches qui étaient établies dans cette tour, furent alors transportées dans Tune des pyramides. L'antique charpente sur laquelle elles portaient fut, d'après un procès-verbal que nous avons sous les yeux, remplacée par une autre, attendu qu'elle était d'une dimension trop petite. Il s'en faut bien que la tour actuelle donne Tidée de ce qu'elle était autrefois, lorsque se dressant au milieu de l'église, elle dominait les deux pyramides de la façade occidentale, dont elle avait la forme, mais qu'elle dépassait de près de &0 pieds. On reconstruisit aussi à la même époque la clôture en pierres de taille qui fermait le chœur et contre laquelle devaient s'appuyer les stalles. La nef fut séparée du chœur par un autre mur, qui coupait l'église en travers et au milieu duquel dût être construite une porte en pierres de taille, de neuf pieds et demi de hauteur sur seize de large. 11 avait fallu repaver l'église dans toute son étendue.
Le Journal d'un bourgeois de Caen, que nous avons eu déjà l'occasion de citer, donne les détails qui suivent, sur les dégradations que le tonnerre occasionna dans l'église de l'abbaye, le 26 janvier 1725 :
c A midi quelques minutes, le tonnerre est tombé sur la grande tour de l'aile droite de l'église de l'abbaye St. -Etienne, sans avoir grondé que très-faiblement auparavant. Il a abattu le haut de la pyramide,
(i) Voir plus bant, p. 18t.
3&8 ABBATB DE SAINT-ÉTIBNNE DE GAEIf.
dont la croix et la plupart des pierres sont tombées dans la cour du portail; a fendu la pyramide depuis le haut jusqu'à la hauteur d'une fillette opposée à Tescalier du c6té du Midi, ce qui est très-sensible par le dedans de la tour , à cause de la trace qui y demeure marquée et qui finit à un trou dallier par où il a passé. Il n'a fait qu'un petit jour en haut de la pyramide , qu'on jugerait par dehors être fort grand. 11 a offensé le plâtre de la convexité de la Yoûte de la nef , de la distance de chaque arcade à plusieurs endroits; a brisé une vitre de la lanterne de la tour du milieu, coupé tous les quatre fils de fer et laiton des timbres de l'horloge ; a laissé contre la muraille une grande tache de fumée , a percé le mur de l'église au niveau de la pénultième marche de l'escalier du bâtiment en haut ; offensé à la seconde volée de l'escalier en bas, la pierre de la ronde-marche qui doit porter la rampe; a cassé sept ou huit carreaux de la croisée étant au bas de l'escalier, et a éclaté en différents endroits le bois d'icelle en dehors; a coupé les doigts du bras gauche du grand crucifix qui était sur la porte du grand chœur ; a passé dans le clocher du milieu à travers les jointures des pierres sur la voûte et a soulevé et fait plier le plomb qui se trouve au niveau de la voûte, du côté du Midi. Il n'a point tombé de pluie depuis ce jour jusqu'au samedi , 2& mars suivant au matin. La réparation de la tour a été commencée le lendemain des fêtes de Pâques 1725 (1). »
Lorsqu'en 1790, le prieur D. Mesnilgrand fit à l'Assemblée nationale le rapport qui lui avait été demandé sur le temporel de l'abbaye, il fit précéder le compte-rendu qu'il fournit, de quelques indications historiques qui nous permettent de constater la situation dans laquelle se trouvait l'église à cette époque.
I L'église, dit-il, venait d'être, 15 ans auparavant, regrattée tout entière au marteau et au ciseau. Le chœur fut alors pavé en entier en marbre de bleu de Turquin et de bleu veiné , de Gênes , et le sanctuaire en compartiments de différents marbres. Ceux qui forment le tombeau de l'autel sont précieux. Les bronzes qui le décorent , exécutés dans le même temps, par Hervieu , ont coûté seuls 22,000 fr. La dépense de cet embellissement
(1) Une plaque en plomb qui constatait ces réparations, se trouve aujourd*hui au Musée de la Société de$ Antiquaire» de Normandie*
CONSTRUCTION DE L'iSgLISB ET DE L'aBBATE. 3/i9
et des réparations qui ont été faites à la même époque monte à près de 80,000 fr.
« Ed 17/15, on y a placé un des orgues les plus complets du royaume. Le devis seul était de 5/i,700 Tr. , et les différentes additions successives qu'on y a faites montent à 60,000 fr. Les grillages, qui entourent le rond-point et ferment le chœur et les bas-côtés, ont été posés quelque temps après et ont coûté 27,000 fr. (i). Immédiatement après, on a placé , dans une des tribunes de Téglise richement décorée, une horloge à répétition , qui passe pour un chef-d'œuvre et qui a fait long-temps Tobjet de la curiosité de la ville et des étrangers. La nef fut pavée de nouveau , en 1765. La sacristie a été achevée, en 1773. Les parquets, les armoires, etc. , sont de la plus superbe boiserie. 11 y a six grandes glaces. L*abbaye a fait faire , en 1772, la plus grande partie de son argenterie. Elle consiste eu une grande croix de vermeil qui pèse 65 marcs , 3 onces ; un bâton de chantre de vermeil, qui pèse 11 marcs, 6 onces, k gros; un soleil de vermeil qui pèse 19 marcs, 2 onces, k gros; un calice, des burettes et un bassin, le tout en vermeil d'un travail fini, et de la plus belle forme, qui pèsent ensemble 17 marcs, 6 gros; quatre autres calices, dont un de vermeil pesant environ 15 marcs; deux ciboires et une coupe de vermeil garnie de médailles grecques et romaines en argent, pesant ensemble environ 5 marcs; deux encensoirs avec les navettes, du poids de 13 marcs; quatre paires de burettes et un plat, pesant 6 marcs, 5 onces. La garniture est estimée à 7 marcs ; les deux bâtons de bedeau estimés à 2 marcs (2). Il y a à la sacristie six grands ornements complets de dix chapes chacun , avec leurs chasubles et leurs tuniques , dont le principal, en tissu d'or et à figures , achevé en 1772 , a coûté 25,000 fr. ; le second , à fleurs d'or , galons et crépines également en or avec la chasuble et les tuniques en broderie ; le troisième , de drap d'argent à fond rouge avec des orfraies , galons et crépines en or ; le quatrième , de
(i) Les grilles dont parle D. Mesailgrand, quoique fort belles, étaient cependant inférieures à celles de SL-Ouen de Rouen. Elles ont été enlevées pendant la révolution , et remplacées par des grilles en bois moins élevées.
(S) Nous avons les prooès-verbaui attestant Tenvoi de toutes ces richesses, ainsi que celles des autres étabHssements religieux de la ville, à Paris et à Rouen, pour y être converties en monnaies (1798 ). La coape, réservée par les administrateurs du District, a été déposée à la Bibliothèque publique de Caen,
350 ABBAYE DE SAmT-ÉTIBNNB DE GAEN.
moire et de drap d'argent, galons et crépines en or: le cinquième en velours noir tout neuf, avec de grands galons et des crépines en argent; le sixième de même couleur, mais plus ancien ; un ornement vert , brodé en paillettes d'or et garni de galons et crépines également d'or et consistant en trois chapes, la chasuble et les deux tuniques; un ornement rouge à fleurs d'or, orfraies de drap d'argent, galons, crépines d'or, consistant en quatre chapes , la chasuble et les deux tuniques ; un ornement blanc , orfraies à fleurs d'or, également de quatre chapes, une chasuble et les deux tuniques; un ornement de damas violet du même nombre de pièces; trois ornements pour les fériés, composés d'une chasuble et de deux tuniques ; vingt-quatre chasubles de difiérentes couleurs pour les messes basses; cinq écharpes, dont deux de drap d'or, une brodée de paillettes et deux en soie à fleurs; douze petites tuniques pour les enfants de chœur. Un tapis à grand galon en or, de velours rouge avec son carreau, mais en or de panne; quatre couvertures de damas cramoisi pour les banquettes et quatre autres en noir ; cent douze aubes tant grandes que petites, dont la moitié environ est garnie soit de dentelle, soit de mousseline ou de linon; soixante amicts; quarante-huit eorporaux; deux cents manuterges; vingt-sept nappes d'autel, i
Le tombeau deGuillaume-le-Conquérant, décrit par M. de Bras et brisé, en 1562, par les Calvinistes , dût occuper primitivement une place voisine de celle où se trouve aujoiird'hui le lutrin (1).
Les quelques ossements que l'on avait pu recueillir après l'année 1562, furent placés, en 16&2, par Jean de Baillehache , dans un nouveau tombeau plus simple, semblable à celui que Tabbesse Anne de Montmorency rétablissait, à la même époque, dans l'église de Ste. -Trinité , en l'honneur de la reine Mathilde (2).
Une ordonnance de Louis XY, du 2 décembre 17&2, autorisa Louis* Arnaud de La Brifle, intendant de Caen , à faire établir le cénotaphe dans le milieu du chœur.
(i) V. plus haut, p. 88.
(2) On trouve ud dessin du tombeau érigé en 46A2, dans TouTrage de Ducarel, p, fSS, pi. 26, diaprés Sandford*8 General hittory of England , p. 7. Il existe deux autres épitaphes de GulIIaume-le- Conquérant en yers latins, conservées, dit Ducarel, dans un ancien manuscrit en vélin, intitulé : Brutus ou De gettis Anglorum, de la Bibliothèque de Lambeth.
CONSTRUCTION DE l'ÉGLISB ET DE L* ABBAYE. 351
Toas ces Taits sont coosignés dans le procès-verbal suivant :
Aujourd'hui, deux décembre mille sept cent quarante deux, le roy étant à VersaiUes, les prieur et religieux de Tabbaye de SL -Etienne de Caen, dont Mg^ le cardinal de Fleury est abbé^ont fait représenter à Sa Majesté que le corps de GuiUaumele-Gonquérant , roi d'Angleterre et duc de Normandie 9 leur fondateur, fut inhumé en mil quatre-vingt-sept dans le sanctuaire de leur église; les calvinistes, en mil cinq cent soixante-deux, démolirent son sépulchre et dispersèrent ses os, dont un seul fut conservé par un gentilhomme, présent à la démolition ; qu'en mil six cent quarantedeux les descendans de ce gentilhomme ayant rendu cet ossement aux religieux^ ils firent élever, au milieu du chceorde Téglise abbatiale, une masse de maçonnerie, couverte d'une tombe de marbre ; que ce monument moderne , où l'on ne voit aucune pièce qui soit du temps du fondateur est incommode pour les cérémonies de Tofiice divin et d'ailleurs peu convenable aux embellissements dont l'église de SU -Etienne vient d'être décorée par les libéralités de Mg'. le cardinal de Fleury. Que ces considérations leur ont fait penser que Ton pouvait supprimer cette masse informe, et luy substituer dans le sanctuaire un caveau, pour y déposer l' ossement qui reste du fondateur. Sa Majesté, bien informée et voulant donner des marques de faveur à une abbaye qui doit son dernier lustre aux pieuses libéralités de Mg^ le cardinal de Fleury, son abbé, a permis et permet aux prieur et reUgieux de ladite abbaye de St -Etienne de Caen de faire démolir ladite masse et maçonnerie couverte d'une tombe de marbre 5^ qui est dans le chœur de leur église , à condition d'ouvrir et faire construire au milieu du sanctuaire de ladite église un caveau pour y déposer l'ossement qui reste du fondateur , et de couvrir le caveau d'une tombe de marbre ou de cuivre , sur laquelle sera inscrit, avec l'ancienne épitaphe, l'histoire des changements survenus, le tout sous l'inspection du sieur Intendant de la généralité de Caen , dont il sera par lui dressé procès- verbal; et m'a Sa Majesté commandé d'en expédier le présent brevet, que , pour assurance de sa volonté , elle a signé de sa main et fait contre-signer par moi,conseiUer secrétaire d'État et de ses commandements et finances.
Signé : Louis, et plus bas : Amelot.
Nous Louis Arnaud de La Briffe, chevalier, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel et commissaire en cette partie , sur la réquisition qui nous a été faite par les sieurs prieur et religieux de St. -Etienne de €aen, et en exécution de l'ordre du Roi, dont copie est ci-dessus ^ l'original duquel nous a été représenté en bonne forme, nous sommes transportés, ce jourd'hui quinze décembre mil sept cent quarante-deux, sur les onze heures du matin, en l'égUse de ladite abbaye de St -Etienne, située au faubourg St -Nicolas de cette ville, et parvenus dans le choeur de ladite église , nous y avons trouvé ledit sieur prieur et ses religieux en grand nombre , et une grande affluence d'ecclésiastiques , gentils-
352 ABBATB DE SAINT-iStIBNNB DB GABN.
hommes et autres persomies de tous états, autour d'un tooibeau posé dans ie milieu du ciiœur de ladite église ; lequel tombeau lesdits sieurs prieur et religieux nous ont dit être celui de Guillaume-le- Conquérant » roi d'Angleterre et duc de Normandie, fondateur de ladite abbaye. Ce tombeau était élevé de deux pieds on environ sur la longueur de six ; il était couvert de marbre ; à un des bouts était Fécusson des armes d'Angleterre , et k l'autre Fécusson des armes de Normandie. Ou côté de l'épttre était inscrite une épitaphe, dont voicy les termes :
QVl REXrr RIGIDOS NORICANNOS ATQVE BRITANNOS
AVDACTER VICIT, FORTITER OBTINVIT
ET CENOMANENSES VIRTVTE COERCVIT ENSES ,
IMPERIIQVE SVI LEGIBVS APPUCVIT,
REX MAGNVS PARVA lAGET HIC VILLELMVS IN VR29A :
SVFnCIT HVIG HAGNO PARVA DOMVS DOMINO.
TER SEPTEM GRADIBVS SE VOLVERAT ATQVE DVOBVS VIRGINIS IN GREMIO PHCEBVS ET HIC OBUT,
ANNO MLXXXVII.
Du côté de l'Évangile était une inscription conçue en ces termes :
HOC SEPVLGHRVM INVICTISSIMI JVXTA ET CLEBIENTISSIMI CONQVESTORIS GVLIELMI , DVM VIVERET ANGLORVM REGIS, NORMANNORVM CCENOMANORVMQVE PRINQPiS ,
HVJVS INSIGMIS ABBATLE PHSSIMl FVNDATORIS,
CVM ANNO MDLXII VESANO IL£RETIC0RVM FVRORE DIREPTVM FVISSET ,
PIO TANDEM NOBILIVM EJVSDEM ABBATLE RELIGIOSORVM
GRATITVDINIS SENSV IN TAM BENEHGVM LARGITOREM ,
INSTAVRATVM FVIT, ANNO DOMINI MDCXUI ,
DOMINO JOHANNE DE BAILHACHB ASGETEBU PROTOPRIORI ,
PXR MATHGEVM DE LA DANGIE DE RENGHI DOCTOREM ET GELLERARIVM HVJVS ABBATLE (1).