RÉSISTANCE CONTRE LE TRAITÉ DE BRÉTIGNY
Guillaume du Breuil ne s'avoua pas vaincu. Il poursuivit le sénéchal à chacune de ses assises, tenant toujours à la main la longue bande de parchemin sur laquelle étaient inscrites ses doléances, et essayant en vain de les lire. Cette scène se prolongea pendant plus d'une semaine ^'K A la fin, le troisième prieur de l'abbaye, Nicolas Jay, alla trouver à son tour le sénéchal. Un jour que celui-ci rendait la justice sous le porche de l'église des Franciscains, il se présenta devant lui avec son mémoire. Le sénéchal, ne voulant point l'écouter, monta à cheval pour s'éloigner. Mais le moine essaya de le rejoindre, et pendant plusieurs jours il parcourut la ville en le suivant constamment, jusqu'au moment où Thomas de Roos, de guerre lasse, finit par quitter Limoges et gagner en secret le bourg de la Souterraine ^'\
Nicolas Jay n'en continua pas moins ses protestations et se rendit le 3 janvier de Tannée suivante à l'Hôtel de ville, pour essayer de persuader aux consuls qu'ils agissaient aux dépens des droits de l'abbaye^'^ Il ne put naturellement les convaincre. L'abbé Aimery finit du reste par comprendre qu'il ne pourrait obtenir justice à Limoges, et il s'adressa directement au prince de Galles, le 5 décembre 1365. Le Parlement de Bordeaux fut saisi de sa requête, le 13 juin de l'année suivante; l'abbé comparut en personne; les consuls envoyèrent leurs procureurs; mais le prince, qui voulait gagner du temps, fit traîner les choses en longueur. N'ayant pu être jugée sur-le<hamp, l'affaire fut remise à une session ultérieure, que les événements politiques empêchèrent de tenir ^^\ Ainsi, par un véritable déni de justice, la cause demeura pendante. Elle ne tarda pourtant pas à recevoir une solution extra-judiciaire.
op. cit. y t. I, p. 321). Nous voudrions pouvoir citer tout au long cette scène qui est racontée d'une façon très piquante dans la protestation de Guillaume du Breuil.
1. Guillaume du Breuil poursuivit le sénéchal sans répit. Apprenant que celui-ci était allé installer un gibet près du bourg de Couzeix, à deux lieues environ de la ville, il se présenta inopinément devant lui, et voulut lui donner lecture de son mémoire (Guibert, Doc. sur Fbist. municip. de Limoges y 1. 1, p. 329).
2. Guibert, Doc. sur Vhist. municip. de Limoges^ t. I, p. 329.