‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 269 sur 470 · Voici les chiffres précis · texte numérisé non relu

Voici les chiffres précis

sur 122 censitaires 65 ont payé exactement leurs cens pendant trente ans. 6 doivent sur ces trente ans de un à dix ans. 6 — de un à 20 ans.

41 n*ont rien payé.

4 ont payé des acomptes insignifiants.

5. Une pièce de procédure de la fin du xviic siècle indique, par exemple, qu'une redevance de dix quartes de seigle et trois ras d*avoine n'a pas été payée de 1664 à 1692. A la suite d'un procès, au cours duquel on dut consulter les forléaux de Razès, la valeur de cette rente et de ses arrérages fut évaluée à 252 1. 12 s. 9 d. qui durent être payées à l'abbaye sur le champ (Arch. de la Haute-Vienne, H 7254).

' '^rifism*y^%

recourir à des experts, se transporter souvent même sur les lieux. Autant d'opérations délicates, qui nécessitaient des procédures interminables et coûteuses.

Conséquence de la dépréciation des espèces monétaires.

Nous venons de voir comment Tabbaye de Saint-Martial eut à souf- ^ rir des guerres anglaises; comment depuis le xiv*^ siècle, elle eut les

"^ ' plus grandes peines à faire rentrer ses revenus, à cause de la diversité

des mesures, des transformations de la propriété, du mauvais vouloir des censitaires. Avec de la persévérance elle pouvait pourtant surmonter la plupart de ces difficultés. Comment donc expliquer les embarras t* financiers qui l'assaillirent de toutes parts dès le règne de Philippe le

[ Bel, et qui allèrent en croissant d'années en années ?

S* Le chapitre essaya en vain de faire des économies. Il diminua le

K nombre des moines ^*^; il réduisit la pompe des offices. Non seule-

^, ment il n'entreprit plus aucune construction nouvelle, mais il laissa

^ encore les bâtiments claustraux, la basilique elle-même, se dégrader

faute d'entretien. Et pourtant la situation loin de s'améliorer continua à empirer. L'abbaye fut, à son insu, la victime des lois économiques qui la frappèrent comme tous les établissement de main-morte. L'affaiblissement de la valeur de la livre tournois, la diminution du pouvoir de l'argent, telles sont les véritables causes de sa décadence et de sa ruine.

On a constaté depuis longtemps que, du xii^ siècle à nos jours, le marc, c'est-à-dire un poids constant d'argent fin pesant 245 grammes, a servi à fabriquer un nombre de pièces d'une livre de plus en plus considérable ^^\ La livre a donc diminué de valeur, à mesure quelle

1 . Au début du XIII*: siècle, Tabbaye était habitée en moyenne par près de quatre-vingt-dix moines ; au temps de François I^r, ils étaient tout au plus une trentaine. Ce nombre était encore trop considérable, et la bulle de sécularisation n'établit que vingt places canoniales.

2. Voir le livre de M. d'Avcnel : Histoire àonomiqw de la propriété, des salaires, des deitràset de tous les prix eti }[éfiéraly depuis l'an 1200 jusqu'eu l'an iSoo. Nous nous sommes beaucoup ser\'i de cet ouvrage, qui fait aujourd'hui autorité, et auquel l'Académie des Sciences morales et politiques a par deux fois attribué le prix Rossi.

renfermait une moins grande quantité de métal fin, et le numéraire a été proportionnellement déprécié.

Ces variations du régime des monnaies ont eu pour conséquence d'amener une hausse, considérable et progressive, des prix de toutes les marchandises. Mais, comme le taux des salaires augmentait dans les mêmes proportions, le prix de la vie renchérit surtout en apparence, et les classes commerçantes ou laborieuses n'eurent en réalité pas à souffrir de l'avilissement des espèces monétaires ^'\

Il n'en fut pas de même pour les rentiers. Quelle que fût leur position sociale, qu'ils fissent partie de la noblesse, du clergé ou de la bourgeoisie, ils furent gravement atteints. Ils voyaient monter autour d'eux les prix de toutes choses, des denrées, des loyers, des vêtements, et leurs revenus pendant ce temps, constitués surtout par des rentes payables en argent, diminuaient de jour en jour.

Le chapitre de Saint-Martial percevait bien au xviii^ siècle sur les maisons de Limoges les mêmes cens qu'au xii* siècle. Mais ces cens, dont la quotité n'avait pourtant pas varié, n'avaient plus la même valeur. Les espèces métalliques, qui devaient être données en paiement, étaient rares au moyen âge ; elles étaient très estimées, et valaient cher. A la fin de l'ancien régime, elles étaient en grande abondance, et complètement dépréciées.

Voici quelques chiffres pour fixer les idées. Nous supposons une rente de vingt sous dont le taux nominal est constant, et allons donner siècle par siècle : i° sa valeur absolue, c'est-à-dire la quantité d'argent fin qu'il fallait se procurer pour payer ces vingt sous ; 2** sa valeur relative, c'est-à-dire le pouvoir d'achat que représentait le poids d'argent en question ^^\

1. Voir les différents tableaux de prix publiés par M. d'Avenel (pp. cit., t. II et ss.).

2. La valeur absolue d'une pièce d'argent se détermine d'une façon mathématique; elle dépend uniquement du poids de métal fin renfermé dans cette pièce. La valeur relative est au contraire très délicate à apprécier. Elle indique le rapport moyen entre les cours des métaux précieux, et ceux de toutes les denrées, objets, marchandises ou immeubles, qui se trouvent dans le commerce. Ce rapport s'appelle le pouvoir d'achat ; plus il est élevé, plus l'argent a de valeur, c'està-dire plus on peut acheter de choses avec une même quantité de numéraire. La plupart des historiens ont établi le pouvoir d'achat de la livre tournois en se basant sur les cours du blé. Leur chiffres ne peuvent être accueillis que sous bénéfice d'inventaire, car le blé, tout en formant

^WP

Année.

Valeur absolue.

Pouvoir de l'argent.

Valeur relative.

21 fr.oo

4fr. 50

94fr.5o

de nos jours

On n'a qu a jeter un coup d'oeil sur ce tableau ^'^ pour voir combien grande fut la diminution de valeur subie par la livre tournois, combien l'argent fut déprécié. L'abbaye de Saint-Martial, qui possédait une grande partie de ses revenus payables en numéraire, fut très lourdement frappée par les conséquences de ces lois économiques. Si elle put en effet augmenter le prix de ses fermages suivant le cours normal des espèces monétaires, elle ne put par contre accroître le taux des cens qu'elle percevait, ou celui des pensions et des messages que ses prieurés devaient lui payer. Ces redevances avaient été arrêtées pour toujours, par une sorte de forfait que l'abbaye ne pouvait violer. Or, elles avaient été fixées à une époque où la livre d'argent valait très cher; elles diminuèrent de valeur, à mesure que celle-ci fut dépréciée.

une partie importante des échanges, n'est pas seul à considérer, on doit tenir également compte des cours de tous les autres objets pouvant fournir matière à des transactions, et notamment des salaires. C'est pour cette raison que les économistes donnent aujourd'hui la préférence à la méthode dite des Index nurnbers qui utilise ces diverses données. Elle est malheureusement difficile à appliquer pour le moyen âge. (Voir sur cette délicate question Paul Leroy-Beaulieu, Traité d^ Economie politûjuey t. III, p. 220 et ss.).

I . Ce tableau a été établi d'après les chitfres que M. d'Avenel a donnés (pp. cit., 1. 1, p. 27, 62 et 481). Nous n'avons pas cru devoir les modifier. La livre d'argent pourtant avait généralement à Limoges une valeur supérieure à celle pour laquelle elle était reçue dans le reste de la France. Voici quelques chiffres tirés des forléaux du Château qui permettent de faire une comparaison avec ceux de M. d'Avenel :

En 1450 la valeur absolue de la livre était de.. En 149 1 —

En 1541 —

(Chabanneau, suite du Mémorial du consulat du Château de Limoges, dans la Reime des Langues romanes, année 1895, p. 230 etss. et d'Avenel, op. cit., p. 62.)

A Limoges

dans le reste de li France

7 fr. 20

6 fr. environ

4 fr. 93

4 fr. 60

3 fr. 88

5 fr. 40

Dépréciation des cens en argent.

Les cens représentaient sans doute dans le haut moyen âge la part du propriétaire dans la récolte d'un champ ou dans le revenu d'une maison. Ils étaient payables soit en argent, soit en nature, et frappaient ce que Ricardo et les économistes appellent la rente foncière. Mais, dans l'un et l'autre cas, ils n'avaient pas été établis d'une façon arbitraire ; ils étaient proportionnels ou à l'étendue du terrain, ou à la valeur de l'immeuble. C'est ce qu'on peut constater en étudiant les Gros Répertoires de l'abbaye ^'\ La plupart des cotes mentionnent en effet la superficie du champ ou du vignoble sur lequel le cens était constitué. Le tableau suivant permettra de se rendre compte des impositions qui pesaient sur les propriétés rurales ^'\

Page 1