‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 271 sur 470 · Arch. de la Haute- Vienne, reg. H 9469 et · texte numérisé non relu

Arch. de la Haute- Vienne, reg. H 9469 et

2. Les moyennes que nous donnons dans le tableau ci-dessus ont été obtenues chacune par la comparaison d'une vingtaine de cotes environ. Elles doivent être par conséquent assez rapprochées de la réalité.

3. Ces terres ou ces prés étaient pour la plupart situés dans les paroisses des environs de Limoges, comme Feytiat, Gorre, Saint-Just, Aixe, etc.

4. Ces vignes sont celles des clos qui, jusqu'au siècle dernier, entouraient le Château de Limoges. Elles ont disparu aujourd'hui, mais leur souvenir s'est conser\'é dans les noms de certaines rues. On trouve par exemple une rue du Clos-Beaupeyrat, une autre du Clos-Canadier, une autre du Clos-Augier, etc.

1^ IJIIII Jl I II IJ^^^^^f J I - '- -T^^

280 DIiPRÉCIATIOX DES CENS EN ARGENT

Limoges, une terre de labour de même superficie, de 3 séterées. Le premier, selon les chiffres que nous venons de donner, devait payer tous les ans à l'abbaye une somme de 6 sous en argent; le second devait lui porter chaque année, après la récolte, un setier de blé. Selon toutes vraisemblances, Tun et l'autre de ces propriétaires devaient être, à l'origine, également imposés. Leurs cens avaient été établis à une époque où le setier de blé valait six sous.

Il nous est difficile de déterminer exactement cette époque. Les forléaux que nous possédons pour le Limousin ne remontent pas au delà de l'année 1400^". Nous sommes donc obligés, pour les périodes antérieures de recourir à des hypothèses. Mais, en considérant les cours établis dans les provinces voisines, nous pouvons être assurés que la valeur nominale du setier de blé ne descendit guère à des prix aussi faibles depuis le xi^ ou le xii« siècle ^^K Ce fut donc, croyonsnous, vers cette époque que furent établis la plupart des cens qui existaient aux environs de Limoges encore au siècle dernier.

En vertu des lois économiques que nous rappelions plus haut, les cens en argent subirent dans la suite des siècles des dépréciations énormes, contre lesquelles l'abbaye fut impuissante à lutter. D'après la théorie féodale, la propriété des terres censuelles appartenait au suzerain ; le censitaire n'était qu'un fermier *'\ Dans la pratique, ce fermier était considéré comme s'il avait un bail perpétuel, et gardait la possession de ses terres, tant qu'il payait régulièrement ses redevances. Les cens finirent môme par être incorporés au sol. Ils furent une ser\'itude indéfinie, grevant les immeubles et ne purent être augmentés, quoique leur valeur fût bien diminuée.

1. Les forléaux les plus anciens que nous connaissions sont ceux que M. Chabanneau a publiés dans la Revtte des langues romanes (année 1895, p. 228 et ss.).

2. D'après les forléaux de Limoges il valait onze sous vers Tan 1400 ; mais on voit par les tableaux de M. d'Avenel (op, cit. y t. III, p. 414 et ss. 896 et ss.), que dans l'ensemble de la France le blé coûtait moitié moins cher vers Tan 1200, c'est-à-dire qu'il fallait donner un poids de numéraire moitié moins fort, pour s'en procurer la même quantité. La valeur relative du blé, par rapport au prix général de la vie, n'avait naturellement pas varié dans de semblables proportions. •

3. Les droits de lods et ventes étaient devenus un droit de mutation ; mais ils étaient à Torigine le prix que le censitaire devait payer pour obtenir de son suzerain l'autorisation de céder sa tenure à un tiers.

Les pensions et les messages que les prieurés devaient payer à l'abbaye tous les ans furent soumis aux mômes règles. Ils avaient été presque tous établis au xiii^ siècle ^'\ et avaient été certainement calculés d après la valeur de l'argent à cette époque. En moyenne, comme nous l'avons vu, chaque prieuré avait été taxé à la somme d'une livre. Cette somme au temps de Saint Louis représentait environ une cinquantaine de francs, d'après la monnaie de nos jours. C'est à peine si en 1790 elle avait une valeur de deux francs.

Les messages avaient subi une dépréciation analogue. La plupart d'entre eux pouvaient être acquittés facultativement en nature ou en argent. Le prévôt de Seychères, par exemple, avait le choix de donner à chacun des moines résidant dans l'abbaye, dix œufs par jour ou deux deniers ^^\ Pendant tout le cours du xiii*^ siècle, cet arrangement fut fort équitable ; il ne le fut plus, quand le prix des œufs, suivant le renchérissement général des denrées alimentaires, eut augmenté. Le prévôt, sans aucun doute, ne paya jamais plus aux moines que les deux deniers, dont la valeur décroissante était de plus en plus inférieure à celle des œufs ^'^

Nous devons mentionner, pour être complet, une catégorie des revenus en argent de l'abbaye, qui conserva toujours sa même valeur relative. Ce furent les lods et ventes, sorte de droits de mutation, qui frappaient proportionnellement toutes les transactions immobilières. Les prix de ces transactions haussèrent, naturellement, comme les prix de tous les objets qui étaient dans le commerce. Le produit des droits par conséquent s'accrut proportionnellement. L'abbé et le chapitre de Saint-Martial percevaient les lods et ventes d'après un tarif très élevé, qui était fixé à 3 sous 4 deniers par livre, c'est-à-dire à 16 Vo^^^- Us retiraient donc de ce chef des ressources

1. La bulle fixant ces pensions date de Tannée 1247 (Voir ci-dessus, p. 261).

Page 1