COUPE SUR LA NEF
I. Nous savons la date précise à laquelle la chapelle dite de Bonne DélivTance fut bâtie. Elle fut construite postérieurement à 1537, aux frais du chanoine des Bastides dont elle porta même le nom (Arch. du Grand séminaire de Limoges, ms. de Legros n© 35, p. 84). Comme Tautrc chapelle était bâtie sur le même plan, nous pensons qu'elle fut construite à la même époque.
noines firent bâtir dans son prolongement une seconde chapelle, de vastes proportions qui fut consacrée à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame-des-Arbres ^'K
Le plan de la basilique ainsi établi, nous pouvons en étudier l'élévation. La nef, comme nous l'avons vu, était entourée de larges bascôtés. Ceux-ci étaient décorés de grandes arcades en plein cintre, qui embrassaient chacune une travée, et enca- _______
draient les fenêtres. Ce mode de construction est assez répandu en Limousin, où il se rencontre non seulement dans des monuments d'une certaine importance, comme Vigeois, Arnac ou Nexon, mais encore dans beaucoup de petites églises rurales, telles que Boisseuil, Saint-Just, Rançon, etc. ^*\ A Saint- Martial, les collatéraux devaient être voûtés d'arêtes, et les voûtes étaient soutenues par de gros doubleaux portés par des demicolonnes.
Au-dessus des bas-côtés s'élevait une tribune de grandes dimensions ^^\ Elle prenait jour sur la nef par un triforium formé de deux petites baies géminées, surmontées d'un arc de décharge. Ce triforium était de la plus grande simplicité; il n'était orné d'aucune moulure ; les chapiteaux des colonnettes eux-mêmes ne paraissent pas avoir
été sculptés ; ils devaient être simplement épanelés, et faits d'une pierre spéciale, la serpentine de La Roche l'Abeille ^^\ employée dans les plus anciennes églises du pays, au Chalard et à Ladignac par exemple ^^^
1. A cause'de la place de Dessous les Arbres, qui entourait le chevet de la basilique.
2. Boisseuil, c»* du con de Pierre-Buffîère, arr. de Limoges ; — Saint-Just, c"* du c»» de Limoges ; — Rançon, cnc du co» de Château-Ponsac, arr. de Bellac, Haute-Vienne.
3. Voir cette disposition dans la vue intérieure du chœur conser\'ée à la Bibliothèque Nationale (PI. IV). Voir également notre restitution (fig. 2 et 3).
4. La Roche l'Abeille, cn« du co" de Nexon, arr. de Saint-Yrieix.
5. Le Chalard et Ladignac sont des communes du con de Saint-Yrieix, où il y a deux églises très anciennes et encore peu connues. Celle du Chalard est particulièrement curieuse.
Fig. 3- VUE TRAVÉE DE LA NEF
La tribune, suivant les procédés de l'école Auvergnate, était voûtée en quart de cercle et sa voûte était construite de façon à venir contrebutter la poussée de celle de la nef ^'^; elle prenait naissance presque au ras du pavé du triforium. Cette disposition maladroite avait empêché d'ouvrir des fenêtres sur l'extérieur. Les constructeurs des grandes églises du sud-ouest, de Conques, ou de Saint-Sernin de Toulouse, par exemple, ne commirent pas cette faute. Ils élevèrent suffisamment les murs extérieurs des bas-côtés pour pouvoir y percer des baies éclairant la galerie et toute la partie supérieure du monument.
La nef dans la basilique du xi« siècle était voûtée en berceau ^^\ Elle fut brûlée, comme on s'en souvient, en 11 67, et reconstruite par l'abbé Isembert dont le successeur Hugues de Brosses commença à faire poser la toiture en 1x99^'^
Il n'est pas facile' de dire en quoi consistèrent les nouvelles constructions. L'église en effet, telle qu'elle subsistait au siècle dernier, avait au-dessus des tribunes de grandes fenêtres à meneau ^^^ elle devait par conséquent avoir une voûte d'ogives. Cette voûte pouvait-elle remonter à la fin du xT" siècle ? Si nous étions au nord de la Loire la réponse à cette question ne serait point douteuse ; mais on sait que la région du centre et spécialement le Limousin restèrent fidèles à l'architecture romane jusqu'au règne de saint Louis. Nous croyons pourtant, sans oser l'affirmer, que les voûtes d'ogives de la basilique étaient bien celles qui avaient été bâties par l'abbé Hugues de Brosses. Qjuand il entreprit de poser la toiture en 1199, les voûtes venaient d'être terminées, probablement cette même année ^^K Or à la fin du xii* siècle,
1. Nous avons pu faire cette restitution, grâce au dessin de la Bibliothèque nationale (voir
fig.î).
2. a Ademarus abbas [1063-1 114]... navem monasterii majoris ab altari S. Crucis usque ad portam occidentalera volvi... fecit. » (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial, p. 9). Le majus moiiasterium était la basilique par opposition au minus monasterium, qui était relise Saint- Pierre-du-Sépulcre.