‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 94 sur 470 · I06 LES GUERRES DES FILS D'HENRI LE VIRUX · texte numérisé non relu

I06 LES GUERRES DES FILS D'HENRI LE VIRUX

il traversa Limoges (le 30 juin), et les moines et les bourgeois, espérant enfin que la guerre allait finir, lui firent une réception enthousiaste. Le prince, touché par leur accueil, fit don d'un riche pallium à Tabbaye de Saint-Martial ^'\ et revint au mois d'août à Limoges avec le roi Henri le Vieux et le duc Richard pour conclure la paix définitive dans le monastère de Saint-Augustin ^^\

Richard Cœur de Lion consentit à cette occasion à pardonner au vicomte Adémar. 11 se borna à exiger de lui l'engagement formel de ne plus soutenir le comte d'Angouléme, et comme gage de sa foi, retint en otage deux de ses fils ^^\ C'est à ces conditions qu'il lui rendit le Château; mais pour plus de sûreté il fit au préalable raser les murailles et combler les fossés ^^\

Ces mesures de précautions n'étaient pas inutiles, car la paix ne fut qu'une trêve de peu de durée. Dés la fin de Tannée, la lutte recommença. Le duc Richard, en effet, ne tarda pas à se brouiller de nouveau avec ses frères. Les seigneurs d'Aquitaine, irrités de son mauvais gouvernement, se liguèrent contre lui. Le vicomte Adémar, violant une seconde fois ses engagements, souleva contre le duc la population du Château de Limoges et grâce à ses intrigues ou à ses menaces, put décider les bourgeois à jurer fidélité à Henri le Jeune, dans l'église Saint-Pierre du Queyroix ^^K Seul l'abbé de Saint-Martial, Isembert, ne voulut pas entrer dans cette conjuration. Le duc Richard, qui avait reçu l'investiture de ses états par l'anneau de sainte Valérie, était à ses yeux le suzerain légitime de la ville; Henri le Jeune n'était qu'un usurpateur, auquel Isembert refusa d'engager sa foi.

Le peuple du Château, excité sous main par les émissaires du vicomte, se moqua des scrupules de l'abbé. Il se souleva et, au cours

' I. « Henricus ... veniens Lemovicas a monachis tripudianter suscipitur, exsultante clero simul ac populo. Tune obtulit beato apostolo pallium ...» (Geoffroy de Vigeois, ibid,). '. 2. « Apud S. Augustinum fédéra pacis firmaverunt « (Geoffroy de Vigeois, ibid.),

3. Son fils aîné Guy V qui lui succéda, et son fils Guillaume (Geoffroy de Vigeois, p. 332). Cf. Bernard Itier, (éd. Duplès-Agier, p. 60).

4. « .. Johannis Baptiste natali, Richardus comes Pictavensis populo Lemovicensi mandat suos evertere muros, quod protinus adimpletur » (Geoffroy de Vigeois, ibid,),

5. « Tune jussu vicecomitis juravit populusin basilica Pétri apostoli de Quadruvio régi rainori fidelitatem » (Geoffroy de Vigeois, p. 333).

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d'une violente émeute, força les portes du monastère. Il ne se retira qu'après avoir détruit le verger des moines, faute probablement d'avoir pu violer les cloîtres et la demeure abbatiale ^'K L'abbé Isembert comprenant qu'il ne pourrait, pour l'instant, venir à bout de cette sédition et craignant peut-être que sa vie ne fût en danger, dut prendre le parti de quitter Limoges et d'aller chercher un refuge dans la prévôté de la Souterraine ^*\

Tandis que la populace se livrait à toutes sortes d'excès, le bruit se répandit tout à coup, que le duc Richard accourait à la tête d'une armée considérable, pour châtier sévèrement les rebelles. Les bourgeois, effrayés par cette nouvelle, se hâtèrent de relever leurs murailles et de les mettre en état de défense. Ils agirent avec tant de célérité, que quand le duc Richard arriva devant la ville avec son père le roi Henri, il la trouva suffisamment défendue pour ne pouvoir l'enlever de vive force. Il se vit obligé de l'assiéger ^^K

Henri le Jeune cependant s'était enfermé dans la place, où il ne cessait d'encourager l'ardeur de ses défenseurs, en leur représentant les maux iqu'ils auraient à souffrir, s'ils venaient à capituler. Il ordonna, dans les premiers jours du siège, une grande procession du chef de saint Martial. Sur ses instigations, les femmes filèrent une mèche d'étoupes assez longue pour pouvoir entourer les remparts. Elles la découpèrent en morceaux et l'employèrent à confectionner des cierges, qu'elles firent brûler nuit et jour dans la crypte de saint Martial et dans les églises du Château ^^\

Les vœux du prince furent exaucés ; les assiégeants, en but aux

1. « .... Hortum S. Martialis, diversi generis arborum varietate constipatum, radicitus cum arboribus, que erant in circuîtu castri, avertunt » (Geoffroy de Vigeois, p. 333). — Au cours de cette émeute, la population pilla différentes possessions de l'abbaye, Téglise Notre-Dame des Arènes, la maison de sainte Valérie, l'hospice Saint-Géraud, etc. (Bernard hier, éd. Duplès- Agier, p. 61).

2. « Isembertus, seditione urgente recedens, apud Subterraneam secessit » (Geoffroy de Vigeois, p. 335).

3. « Rex senior preterea, citramarinos principes vocans, Lemovicense castrum potenter obsedit, totumque in circuitu munitione regia cinxit, kalendis martii » (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nova Bihl. mss,y t. II, p. 334).

4. c< Mulieres quoque infra muros totum castrum stupeo filo cinxerunt, ex quo candelas multas fecerunt, quas Sancto Marciali aliisque ecclesiis diviserunt » (Geoffroy de Vigeois, p. 335).

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froids, aux pluies, aux intempéries d'un hiver rigoureux, finirent par perdre courage. Au bout de quinze jours ils levèrent le siège, en laissant toutefois pour surveiller la ville une garnison dans la Cité et dans le monastère de Saint-Augustin ^'\

Il était temps. Les défenseurs de la ville, surpris avant d'avoir pu achever leurs préparatifs, étaient à bout de forces et de ressources. Ils étaient découragés et prêts à se révolter. Le mécontentement public était tel que de crainte de l'augmenter, Henri le Jeune n'osa demander publiquement aux bourgeois de lui donner les fonds indispensables pour continuer les opérations. Il se borna à les supplier secrètement de lui accorder 20.000 sous pour ses besoins les plus pressants. Ces subsides lui furent remis ^'^ mais il ne s'en trouva pas moins dans une gène extrême. En désespoir de cause il imagina de faire demander aux moines de Saint-Martial, s'ils voulaient consentir à lui «prêter» leur trésor ^'\ Les moines, en l'absence de l'abbé Isembert qui s'était réfugié à La Souterraine, n'osèrent prendre sur eux la responsabilité d'une pareille avance. Ils répondirent à cette demande par un refus ^^K Le prince s'irrita. Quel besoin, pensa-t-il, de garder quelque ménagement envers un abbé qui s'était prononcé contre lui et qui avait osé rester fidèle au parti de Richard Cœur de Lion^^^? Puisque les religieux ne voulaient point se plier à ses volontés de bonne grâce, il résolut d'aller lui-même dans le monastère, et de s'emparer en personne de leur trésor.

1. <c Et quia frigoris et pluvie humiditas exercitum valde fatigabat, expletîs fere quindecim diebus, exceptis his qui in monasterio sanai Augustîni et in Urbis presidio erant, nativum ceteri repetunt solum » (Geoffroy de Vigeois, ibid.),

2. a Cum non haberet quo se verteret, rogavit burgenses qui accomodaverunt ei de cornmuni XX miilia solidorum ...» (Geoffroy de Vigeois, ibid.). Benoit de Peterborough (Recueil des Hist. de Fr., t. XVII, p. 453) prétend que ce fut un autre des fils d'Henri II, Geoftroy — et non Henri le Jeune — qui s'empara du trésor de Saint-Martial ; mais, Geoffroy de Vigeois étant sur les lieux, son témoignage a une valeur bien supérieure et nous avons cru devoir le suivre.

3. a Quod ignoraret quo se verteret, arctatus undique, irremediabili necessitate thesaurum beati Martialis expostulat ad horam sibi prestari ..; se redditurum spopondit » (Geoffroy de Vigeois, p. 355).

4. (c ... quod monachi absque precepto abbatis non audere justa rcsponsione professi sont » (Geoffroy de Vigeois, ibid.).

5. (c ... Noverant universi dominum abbatem diligi ab rege vel duce .... imoque inimici régis oderam abbatem » (Geoffroy de Vigeois, ibid.).

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