IIO LES GUERRES DES FILS D HENRI LE VIEUX
1 183). Sur son lit de mort il manifesta, mais un peu tard, les plus touchants regrets pour sa conduite passée. 11 écrivit à son père une lettre pleine de repentir, où il implorait son pardon. Il le suppliait de réparer le mal qu'il avait fait pendant sa vie, de rendre aux églises les trésors qu'il leur avait injustement dérobés. Il demandait comme une faveur suprême que ses yeux, ses entrailles et son cerveau fussent placés dans la crypte de Saint-Martial, en témoignage de son repentir, jusqu'au jour où les moines eussent été complètement désintéressés, et lui aient pardonné ^'\
Il est peu probable que les dernières volontés du prince aient été exécutées ^^\ En tout cas, Henri le Vieux ne voulut point transiger avec ceux qui avaient suivi son fils dans sa révolte. Il parvint à se rendre maître du Château (24 juin de la même année), et, pour dompter la ville rebelle, rasa à nouveau ses murailles, et lui imposa un sénéchal — le premier sénéchal anglais qui vint dans la province, — dont la mission spéciale fut de veiller à la stricte exécution de ces travaux de destruction ^^\ Quant au vicomte Adémar, qui avait pris une part active dans cette longue guerre, il sut parvenir à rentrer encore une fois en grâce auprès du roi et de Richard Cœur de Lion. Il garda donc sa vicomte; mais à la fin de sa vie, en 11 98, il se révolta de nouveau <^\ Cest en le combattant que Richard Cœur de Lion trouva la mort, au siège de Chalus ^*\
Ainsi se terminèrent — pour l'instant tout au moins — ces guerres anglaises, qui furent si funestes au Limousin, et au cours desquelles le
1. « Obsecrat restaurare thcsauros ecclesiis quos rapuerat, maxime S. Martiali... Precepit ... quasi pro satisfactione, oculos, cerebrum, vcntrem anle apostolum projici seque ibi reiineri quousque omnia rapinarum preiia a parte solverentur » (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nova BihL W55.,t. II, p. 339).
2. Selon Benoît de Petcrborough {Recueil des Hislor, de France y t. XVII, p. 452), ses yeux, ses entrailles et son cerveau furent inhumés à Rouen.
3. « Recepto rex Castro, muros ejus fossatosque funditus avertens, solo coequavit. Senescallum iUic dimisit, qui eversionem acccleraret. » (Geoffroy de Vigcois, éd. Labbe. Kova Bibl. mss.^ t. II, p. 337).
4. Il s'allia même avec Philippe-Auguste contre Richard Cœur de Lion (Cf. les chartes relatives à cette alliance dans le Bull, de la Soc. anJk'ol. de Limo^ws^ t. XXVI, p. 374 et ss.).
5. Voir sur ce point un mémoire de M. l'abbé ArbcUot, Z/i vérité sur la mort de RicJjard Cœur lie Lion (publ. dans le Bull, de la Soc. arcbéol. du Limousin, t. XXVI, p. 161).
l'abbé ISEMBERT III
monastère de Saint-Martial fut violé, son trésor ravi de force, son abbé obligé de fuir momentanément devant la populace révoltée.
L'abbé Isembert, par sa sage administration, atténua dans la mesure du possible les fâcheux effets de ces luttes civiles. Il parvint à rester en bons termes avec l'évêque de Limoges, et à obtenir de lui qu'il renonçât à percevoir certains droits dits de a confrérie » qui pesaient lourdement sur le peuple ^'\ Grâce à ses efforts, plusieurs prieurés, comme celui de Mansac, purent payer leurs dettes ^^K II trouva moyen en même temps de reconstruire une bonne partie du monastère de Saint-Martijil, bâtit une chapelle dans le cimetière des moines ^'^, et éleva une infirmerie si richement décorée, que les contemporains émerveillés la comparèrent à un palais royal ^^K
Outre ces nombreuses constructions, Tabbé Isembert se signala par ses immenses libéralités en faveur des pauvres ^^\ par toute une série d'innovations liturgiques ^^\ par le développement qu'il donna aux pieuses associations, conclues entre son monastère et les abbayes voisines ^'\ 11 porta un soin tout particulier à réglementer d'une façon précise les anniversaires célébrés pour les défunts, et institua en leur honneur un service solennel, qui devait avoir lieu chaque année, le lundi après le deuxième dimanche de Pâques ^^K
L'abbé Isembert jouissait dans tout le Limousin d'une telle réputation de science et de piété, qu'il fut désigné avec deux moines de son
1 . « Exactionem, quam episcopus Lemovicensis vel canonici sub nomine confratrie a populo violenter expectabant, sedulis reclamationîbus irritam fecit » (Continuateurs de la Commemoratio éd. Duplès-Agier, p. 14).
2. Continuateurs de la Commemoratio^ ibid, — Mansac, c"* du ço" (Je Larche, àrr. de Brivd, Corrèze.
3. Cette chapelle s'appelait Notre-Dame de la Courtine, parce qu'elle était située à côté des remparts de la ville. (Cf. à son sujet, ci-dessous le chap. II de le IV* partie).
4. « Domura infir marie Lemovice ad instar palatii regalis extollens confirma vit >> (Coi|tihualeurs de la Commemoratio y ihid,),
5. Il acquit des revenus suffisants pour nourrir à certains jours de l'année des deux cents et trois cents pauvres (Continuateurs de la Commettioratio, p. 1 5).