Le chœur et le sanctuaire
« Par sa légèreté et le choix des ornements qui le décorent, le chœur a les plus grands rapports avec celui de la cathédrale de Beauvais et ceux des saintes chapelles de Paris et de Saint-Germer. Rien de plus hardi que ces sept grandes fenêtres qui ont leur base à quelques pieds seulement au-dessus du sol et qui ne se terminent que sous Tintradosdes voûtes.
« On ne sait comment se soutiennent ces colonnettes si minces, si délicates, divisant les fenêtres en trois compartiments ets'élevant hautes de 65 pieds pour recevoir la retombée de petites arcades ogivales que surmontent des trèfles dont les lobes se contournent de la manière la plus gracieuse. » Une arcature trilobée, reliée aux meneaux et coupant les fenêtres en deux parties égales dans le sens de la hauteur, est la seule précaution prise pour en assurer la solidité. Entre ces fenêtres, la retombée des arceaux des voûtes se fait sur une gracieuse colonne à chapiteau garni d'un double rang de crochets. « Des fleurs et des réseaux d'une teinte noire, jetés à profusion sur un fond uniforme d'un gris verdâtre, telle est l'ornementation des verrières. On dirait d'immenses courtines de damas, déroulées devant les fenêtres, pour affaiblir l'éclat de la lumière, «(i) Un petit panneau peint, enchâssé dans l'une d'elles, du côte de l'évangile, n'y acte placé, ce semble, que pour perpétuer le souvenir du donateur. On y voit un religieux à genoux dans une chapelle, en face d'un autel sur lequel reposent une hostie et un calice et devant lequel pend une lampe. Il offre au Dieu de VKucharistic une verrière qu'il tient appuyée sur son bras
(1) M. le Clianoinc IJahraui), Notice sur rci:;lise Je S.init-.\Lviiiiaux-Bois, dans le tome I des ^IL'moircs de Li Sociclè Acjdcjiiiqia' de l'Oise, p. 40(1.
gauche et qu'il soutient de sa main droite. Une légende en majuscules gothiques nous apprend que ce chanoine est Jean de Rouvillers, mesieres ieha de rovcovsviLER (i). A Tobituaire figure un Jean de Rouvillers, prieur de Pomponne, dont Tobit se célébrait le i5 juillet (2).
Nous savons également qu'un autre Jean de Rouvillers, cousin de Raoul d'Estrées, chevalier, sire du Bos de Lihus, après avoir été prieur de Saint-Corneille pendant vingt ans, en fut élu abbé le 6 novembre i327, et mourut en i33i (3). Mais le prieur de Pomponne, appartenant au même ordre et à la même abbaye que les religieux de Saint-Martin-aux-Bois, nous semble presque désigné comme le donateur des vitraux. Ne soyons pas trop affirmatif cependant.
Le don eut-il Heu dans la seconde moitié du XIIP siècle, quand l'abbaye était aux mains d'Hugues de Rouvillers ? Nous inclinerions à le penser.
La maison de Rouvillers s'est d'ailleurs signalée par ses générosités envers le monastère Saint-Martin de Ruricourt. Quelques noms et quelques dates aideront à en établir la généalogie.
En 1225, Raoul de Rouvillers fut élu abbé du monastère de Saint-Corneille, qu'il gouverna jusqu'à sa mort, arrivée en 1239(4).
En 1 23 1, Dreux de Rouvillers, chevalier, avait pour vassal Nicolas de Rouvillers.
En 1246, Barthélémy de Rouvillers donne à l'abbaye de Saint-Martin la dîme d'une mine de terre, avec l'assentiment d'Aubert de Rouvillers.
(1) Il semble que cette inscription a été retouchée ; les lettres covs de ROvcovsviLER nc sont pas du même faire ni de la même nuance que les autres. 11 doit y avoir la une maladroite restauration. Le d de de n'est pas visible. La suppression de la syllabe covs n'empêcherait pas la ligne d'être complète.
(2) Arch. de l'Oise, H. 193.
(3) Gallia Christ., t. IX, col. 439.
(4) Ibid., col. 438.
Les titres mentionnent en 1248 Renaud de Rouvil- 1ers et Marie, sa femme ; — en i25i, Robert de Rouvillers avec Aubert, son père, et Marie, sa mère, tous trois vivants encore en i256 ; Ada, veuve de Renaud de Rouvillers avec son fils, Mennessier de Rouvillers, clerc d'abord, puis écuyer, et Agnès, sa femme, et aussi avec ses filles, Marie et Agnès; — en i253, Emmeline, veuve de Barthélémy de Rouvillers ; — en i258, Arnoul de Rouvillers, fils de Dreux, et Marie, sa femme ; Robert de Rouvillers, fils d'Aubert et Jeanne, sa femme ; Jean de Rouvillers, fils de feu Mennessier; — en 1259, Ernoul de Rouvillers, avec Renaud, son fils, et Argentine, sa bru, fille de Thomas d'Aridel ; — en 1260, Jean de Rouvillers, fils de défunt Mennessier, et Perronnelle, sa femme, vassaux d'Ernoul de Rouvillers, et d'un autre Mennessier de Rouvillers, tous deux écuyers; — en 1261, Mennessier de Rouvillers, le second, avec Agnès, sa femme; — en 1266, Pierre de Rouvillers, fils d'Evrard Le Forestier de Rouvillers, et Marie, sa femme ; — en i285, Renaud de Rouvillers et Gallot de Rouvillers ; — en 1287, Guiot de Rouvillers, fils d'Aubry et d'Agnès; — en 1288, Mennessier de Rouvillers, chevalier, et Raoul, son fils; — en iSoy, Raoul de Rouvillers, qui, dans un difi^crend avec Tabbaye d'Ourscamp, s'en rapporte aux décisions de Jean de Rouvillers, prieur de Compiègne (i).
Quatre familles distinctes se révèlent ainsi à nous :
i" Celle de Dreux de Rouvillers, i23i, père de Renaud de Rouvillers, époux de Marie, père de Renaud de Rouvillers, marié à Argentine d'Aridel, rj5().
2'' Celle d'Aubert de Rouvillers, 1246, époux de Marie, 1 25 1, père de Robert de Rouvillers, marié à Jeanne,
(1) Pkignk-Dklacul-rt. Carliil. SOurscamf, pa^siln. — Aicli. de rOise, H. j()i-3(>4.
3" Celle de Renaud de Rouvillers, marié à Ada, mort avant 1 25 1 , père de Mennessier de Rouvillers, marié à Agnès, 1 25 1, père de Jean de Rouvillers, époux de Perronnelle, 1260.
4° Celle de Mennessier deRouvillers, époux d'Agnès, 1261, père de Raoul de Rouvillers, 1288, iSoy.
Comme pendant à la scène où figure Jean de Rouvillers, on a enchâssé, du côtéde l'épître, un panneau moderne représentant M. l'abbé Pierre-François Carpentier,curé de Saint-Martin-aux-Bois (i 830-1879, mort le 1 3 novembre 1 883, à 84 ans), à genoux sur un prie-Dieu, devant saint Martin à cheval, divisant son manteau. L'architecte qui a restauré ces verrières a fait acte de justice, en donnant à M. Carpentier une place réservée aux bienfaiteurs. C'est grâce à ses efforts et à ceux de M. Cabaret, maire, que des fonds ont été votés par la commune, que des souscriptions se sont ouvertes, que le concours de l'Etat a été obtenu, et qu'enfin 5o,ooo francs ont été employés à consolider l'édifice.
Le maître-autel en bois, en forme de tombeau, est orné de festons. Il est dû à la générosité de M. de Villiers de Lanoûe, administrateur du Collège deClermont ou Louis-le-Grand, à Paris, qui avait donné au monastère la somme de 1.200 livres. Le Collège Louis-le- Grand jouissait des revenus de la mense abbatiale de Saint-Martin-aux-Bois depuis 1678. Louis-Hercule de Ventadour, évéque de Mirepoix, dernier abbé commendataire, ayant obtenu de Louis XIV Tabbaye de la Couronne, près Angouléme, résigna celle de Saint-Martin entre les mains du roi. Louis XIV unit la mense abbatiale de ce dernier monastère au Collège de Clermont tenu parles Jésuites. Le brevet royal, daté du 23 avril 1675, fut ratifié par le pape Innocent XI, le 20 mai 1677 (i). Les Jésuites conservèrent la jouissance de la
(1) Archives de l'Oise, H. igS.
mense abbatiale de Saint-Martin-aux-Bois, jusqu'à leur expulsion de France en 1762,
Qu'on nous pardonne encore cette digression. Il nous a semblé utile d'expliquer comment l'administrateur du Collège Louis-le-Grand eut la pensée défaire une riche offrande à l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois.
L'autel, dont il fit les frais, est l'œuvre d'un menuisier-sculpteur de RoUot. Il fut bénit le i5 juillet 1783. Assistèrent à la cérémonie : le prieur André Babault ; les vicaires Pérard et de Meignen; Hybert, prieur-curé de xMénévillers ; Dobigny, curé d'Halluin, autrement dit Maignelay ; Jacquet, curé de Brunvillers ; de Cagny, curé de Coivrel ; et Ango, curé de Montigny, doyen rural de Ressons.
Une fort belle croix domine le tabernacle.
En face du maître-autel sont deux tombes de chanoines réguliers, et, sur le côté, une tombe de frère convers.
La première est celle du R. P. Nicolas-Jérôme de Bouchart de Ravenel, décédé le 8 mai 1761, âgé de soixante-dix-huit ans, après cinquante-huit ans de profession religieuse. Sur un carreau nous lisons son épitaphe :