‹ L'abbaye de Saint-Martin-aux-BoisChapitre 4 sur 25 · JE LE PRIE DE DIRE VN REQUIESCANT · texte numérisé non relu

JE LE PRIE DE DIRE VN REQUIESCANT

IN PAGE, APRÈS son DÉCÈS

POUR LE REPOS [dE SON AMe|.

(i) La disposition des lignes seule dillcre. A la seconde cloche, la seconde ligne commence à Beanvais, assisté de.... la troisième ligne à Aglaé par M. Ainaiid..., la quatrième i\ femme Caussin de Perceval... A la troisième cloche, la seconde ligne est Tieanvais assisté de.., la troisième : par M'" Am^K P'''.... la quatrième : Augustin Depas...

Revenons au portail. Sur le côté droit se remarque une porte bouchée, surmontée d'un arc en accolade, avec deux anges portant un écu. Si l'écu n'était pas fruste, il nous dirait à quel personnage est due la restauration que l'on fit de cette baie, après l'incendie de 1445. Par cette porte, les flammes ont pénétré dans l'église. Les pierres calcinées de plusieurs colonnes en font foi. Le mobilier fut tellement endommagé qu'il fallut le renouveler presque complètement. Un aveu rendu par Guy de Baudereuil,abbé de Saint-Martin, en exécution d'un commandement royal donné à Saint- Germain-en-Laye, le 6 février i52i, nous le donne clairement à entendre: « Nostre monastère, dit-il (i), par voye d'ostilité a, par deux fois, esté brûlé, et spolié entièrement de tous tiltres, tellement que tant à ameubler l'église que es réparations, par nous et en nostre temps faictes du revenu de l'église, y a esté exposé de vingt-six à vingt-sept mille francs de nostre patrimoine et des fruicts de nostre labeur et de nos autres bénéfices... Nous ne jouissons à présent de la moitié du revenu, dont nous étions vrais possesseurs il y a trois cens ans, ainsi qu'il appérera par vieux registres et aucuns tiltres recouverts de trente ans en la maison d'un poissonnier à Pontoise, où ils avoient esté transportés par les Anglois, du temps des grandes guerres qu'ils menèrent en France. »

Il faudrait pouvoir raconter toutes les péripéties et toutes les tribulations de ces années douloureuses. On les devine en parcourant les actes de l'époque, mais les détails font défaut. C'est à peine si l'on sait les noms des abbés qui furent alors à la tête du monastère de Saint-Martin. Nous trouvons, en 1440, Louis le Vasseur ; en 1442 et 1 451, Jacques de Louvain. Au cours d'une enquête, faite au sujet de la cure de Coi-

(i) Archives de l'Oise, H. 379.

vrel en 1495 (i), (c Baudechon de Louvain, praticien en court laye, aagé de soixante-seize ou dix -sept ans^ ayant de tout son temps demouré et fait sa continuelle résidence à Saint-Martin-au-Bos et es environ et a tousiours sceu la pluspart des affaires dudit Saint- Martin », déclarait « que, environ à cinquante-sept ans auparavant, il vit feu messire Jacques de Louvain, lors abbé dudit Saint-Martin, lequel estoit seul en la dite abbaye avecque messire Guérard Pauquet, son religieux, parce que tous les aultres s'en estoient fouys, pour les horribles guerres qui estoient au pays ; et lors, en toutes les cures circonvoisines n'y avoit aucun presbtre ne curé qui les osassent desservir ne y résider. Messire Raoul de Moreul, seigneur du chasteau de Montigny, distant de Saint-Martin d'une petite lieue, qui estoit grant guerreyeur et fort craint au pays, lequel avoit en sa compaignie un jeune chapelain natif de Normandie, maistre Nicole de Hennoy », lui fit conférer la curedeCoivrel parTabbé de Saint-Martin, qui essaya vainement de lui faire opposition.

Les déclarations de Baudechon de Louvain nous apprennent encore que « Nicole de Hennoy resta curé de Coyvrel jusqu'à sa mort qui fut, dix ou douze ans a ou environ, » c'est-à-dire en 1483 ou 1485. Jacques de Louvain, avant d'être élu abbé de Saint-Martin, avait été curé de Coivrel. « Lorsqu'il estoit jeune presbtre cloistrier, pour son premier avancement vacca la dite cure de Coyvrel, à laquelle il fut présente par son abbé nommé Paridot, et en joy longtemps comme le dit attestant [Baudechon de Louvain] vyt et a ouy dire à plusieurs personnes et mesme au dit de Louvain qui estoit son oncle. » Baudechon <.< a dit qu'il a 'veu feu messire Jacques de Louvain et messire Jehan Mairesse et pareillement messire Jehan de Saint-Usoye, qui

(1) Archives de l'Oise, H. 2-13.

tous ont esté vestus jeunes religieux dudit Saint-xMartin, et depuis Tun après Tautre ont été curés dudit Goyvrel, et depuis les dits de Louvain et de Saint- Usoye furent abbés dudit Saint-Martin. » (i)

Jean de Sainte-Eusoye gouvernait Tabbaye en 1453 et 1456. En 1459, l'abbé était Jean le Tonnelier. Dans l'enquête de 1495, figure encore une déposition de Colette Crassette, âgée de quatre-vingt-deux ans. Elle raconte « qu'en son jeune âge elle a eu bonne congnoissance de feu messire Guillaume Boutin, religieux de la dite abbaye, et Ta veu qu'il estoit curé de Goyvrel par don que luy en avoit fait feu Monseigneur Tonnelier, lors abbé de Saint-Martin, et luy souvient que, pour les guerres, icelluy Boutin habandonna sa dicte cure et s'en alla ne scet où, mais bien dit qu'il demoura longtemps, puis s'en revint, et pour ce que les dictes guerres duroient encores, ne demoura audit Saint- Martin que environ huit jours qu'il ne s'en allast en la France..., que devant icelles guerres monseigneur l'abbé Tonnelier alla de vie à trespas et fut ensevely par la dicte déposant ; après le trespas duquel fut abbé de la dicte abbaye Messire Jacques de Louvain, et lors le dit Boutin qui, longtemps avoit, n'estoit revenu en sa dicte cure, pour ce qu'elle estoit inhabitée pour la guerre, fut pourveu d'ung aultre bénéfice en la France... et, comme il lui semble, il fut prieur de Dampmartin. Pendant lequel temps des dictes guerres, n'y avoit aucun prestres au plat pays de la prévosté de Montdidier, et tellement que ung prestre seul desservoit troys ou quatre églises. )) (2)

Guillaume Boutin fut prieur de Saint-Jean-Baptiste de Dammartin en 1454 et 1460, le fait est avéré ; mais Jacques de Louvain fut-il une seconde fois abbé

(i) Archives de l'Oise, H. 243.

(2) Ibid., H. 243.

de Saint-Martin-aux-Bois ? Nous laissons à Colette Grassette la responsabilité de son affirmation.

Toujours est-il qu'en 1465, la terreur qu'inspirait Charles le Téméraire, comte de Charolais, avait fait fuir Tabbé de Saint-Martin, Nicole de Chancenay. En son absence, Jacques de Cappieul, religieux du monastère, fut invité par « Hue de Mailly, » lieutenant des châtellenies et prévôtés de Montdidier et Roye, à se charger de l'administration de Tabbaye de Saint- Martin sous l'autorité du comte de Charolais, à défaut de « messire Nicole Sanssenay », coupable « de s'estre en tout monstre contraire au party du comte de Charolloys, parti et absenté de sa dite abbaye, et rendu subgiet et obéissant au party contraire en habandonnant son église. » (i) Nicole de Chancenay est mort dans le voisinage de Rome.

Guillaume de Baudereuil qui lui succéda en 1473, hésita à réparer les désastres causés à l'abbaye par les guerres. Il laissa ce soin à son frère Guy, en faveur duquel il résigna son bénéfice en 1492. Nous savons par l'aveu de i522 (2) que ce dernier y consacra des sommes importantes.

L'achèvement de l'édifice aurait entraîné des dépenses autrement considérables. On n'y songea pas. Aussi, une enquête rédigée le 10 juillet 1662 (3), fait-elle observer que l'abbaye possède une église d'une grande élévation et d'une merveilleuse architecture, mais incomplète et demandant de nombreuses réparations, structura' excelsœ nec non artificiosœ, iucoinplctam tamen multaquc reparatioue îndigentem.

Qu'on nous pardonne cette longue digression. Elle était nécessaire pour faire connaître l'état de l'église abbatiale au milieu du XV' siècle, après que les An-

(i) Archives de l'Oise. H. 189.

(2) Ibid..H. 379- (3)ibid., H. 38o.

glais et les Bourguignons eurent mis la France à feu et à sang et réduit pour longtemps les abbayes à la misère.

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