‹ L'Abbaye du MontSaintEloi, 10681792Chapitre 12 sur 60 · JEAN II · texte numérisé non relu

JEAN II

Jean, deuxième du nom, fut le huitième abbé du Mont-Saint-Eloi. En 1182, il assista a la promulgation de la charte de l'évéque d'Arras, Frumault , confirmanl la donation faite par Nicolas de Villers en faveur de l'abbaye (5). Tout dévoué aux intérêts de son couvent, il partit pour Rome, dans le but d'y régler quelques affaires concernant la maison. Urbain 1D occupait alors la chaire de Saint-Pierre :

il) Voir pièces justificatives, xxiv.

<2i Voir pièces justificatives , xxv.

li!) Voir pièces justificatives, xxvi.

(il Voir pièces justificatives , xxvn.

i">i Voir pièces justificatives, xxvm.

Jean obtint de ce pontife l'honneur de porter la crosse, la mitre et les autres ornements pontificaux (l).

Jean II fut l'auteur d'un sceau que nous avons retrouvé; ce monument, qui consacrait ainsi le souvenir de la faveur qui lui avait été accordée par le pape, est du XII e siècle. Avant de rechercher d'autres preuves, il suffit, pour avoir celle conviction, de lire seulement la légende dans laquelle se trouvent des détails que l'on ne rencontre guère que sur les types de cette époque :

S. Abbis : rvveîus : de. môle : Eligii : ad cas. (Siyillum Abatlis et conwfUus de monte satuti Eliijii ad causas. ) Sceau de l'abbé et du couvent du Mont-Saint- Éloi pour les causes (2).

Ce sceau aux causes, établi, comme le dit l'inscription, pour l'usage de l'abbé et du couvent, est en cuivre jaune, d'une forte épaisseur et de forme ogivale. Au revers existe un anneau à longue queue , placé perpendiculairement. Dans le champ, on voit l'abbé révolu de ses habits pontificaux, tenant une crosse de la main gauche et bénissant de la droite.

La distinction accordée à l'abbé Jean par le souverain pontife excita la jalousie et le mécontentement de l'évéque d'Arras et de son chapitre. Frumaull, profitant de l'absence du prélat du Mont-Saint-Eloi éleva a la dignité abbatiale le prieur d'Aubigny, Wirenfried, et le bénit en celte qualité. Cet acte d'usurpation de pouvoir fit naître un conflit de juridiction entre l'autorité épiscopale et l'abbaye du Mont- Saint-lvloL Dès 1188, Jean II porta plainte au pape Urbain III, et le grand prieur Bauduin fut chargé d'ex poser les griefs du monastère contre Frumault. Le pape délégua Guillaume de Champagne, cardinal -archevêque de Reims, pour instruire cette affaire , et le prieur Wirenfried dut renoncer à son titre d'abbé (3). L'évéque d'Arras reconnut ses torts et annula son ordonnance (4). Guillaume décida en outre que dorénavant le prieur d'Aubigny serait révocable à la volonté de l'abbé du Mont-Saint-tèloi, et défendit aux évéques et au chapitre d'Arras de troubler ce dernier par de pareilles obsessions.

Le souverain pontife appréciant les mérites et les hautes capacités de l'abbé Jean,

(1) Femu de I.cw;nEs, p. 312. — Scion le père llelyot, re serait du pape f.urius III ipic l'ahliu aurait obtenu ce privilège et qu'il aurait été ensuite pourvu par le pape Urbain III d'uu évéclié rn Orient.

(2) Nous avons trouvé ce sceau dans la Reçue de la Société de SphragitUipie , il est la propriété de M. le docteur de Varennes.

(3) Sotiee sur Aulwjmj, chap. v.

(î) Voir pièces jusiillcalivcs, xxx.

le nomma évoque in partibits orientalibus (1) à Rama, en Palestine. Il en est aussi fait mention dans une charte de Pierre, évéque d'Arras, en date du mois de juillet 1189 (2).

Jean trouva dans la faveur des grands un puissant concours à la prospérité de son abbaye. Philippe d'Alsace, comte de Flandre et de Vermandois, lui prodigua mille marques de distinction. 0 lui confirma la possession des viviers d'Anziu, du prieuré d'Aubigny et de ses prébendes. Dans ses lettres de 1190, il reconnut les dons faits par Colard de Croisillcs à l'église du Mont-Saint-Éloi, de la troisième partie de la dîme de Bullecourt (5).

Klbert de Bélhune, seipeur de Carency, donna à l'abbaye le bois du Perroy; et Robert, seigneur de Béthune, de qui il le tenait en fief, confirma cette donation (4).

Jean n ne jouit pas longtemps des privilèges et des dignités dont le Saint-Siège l'avait comblé. 11 mourut le 3 septembre 1191.

Cet abbé, doué d'une grande capacité , possédait toutes les vertus de sa vocation, il administra pendant dix ans l'abbaye avec une prudence et une subtilité d'esprit rares. Parmi les religieux de son temps, nous remarquerons :

1° Bauduin, prévôt en 1182, qui fut délégué à Rome auprès du pape Urbain UJ au sujet des différends survenus entre Jean et l'évéque d'Arras;

2° Grégoire, grand prieur en 1186;

5" Didier, son successeur en 1190 ;

4 e Jean Derui, prieur d'Aubigny en 1191.

(I) Catlia Chrittiana, ton», ut, p. m.

(i) Cet acle se trouve dans le Trésor des chartes de ïahbaye <TEtrun. (3) Inventaire des chartes d'Artois, lom. 1», p. 9Î. (i) Voir pièces justificatives, xxx.

Cet Klliert de Béthune mourut en l'an lS00.il fut enterré à l'un de» angles du cloître de l'abbaye du Mont- Saint -Eloi, prés d'une statue vulgairement appelée le Dieu du Mande. On voyait encore son tombeau ù la lin du siècle dernier. On y avait déployé toute la richesse et la noble simplicité du XII* siècle. Une tablette de marbre noir supportait la statue d'un chevalier armé de toutes pièces, et les mains jointes sur la poitrine, écrasant de ses pieds nerveux un serpent; son corps était revflu d'une simple tunique garnie de franges et n'allant pas jusqu'aux genoux. La jambe droite éuil recouverte d'une sorte de brodequin ou baut-de-chausses ; sur la gauche se drapait une robe tombant jusqu'aux talons. Le milieu du corps supportait un écu chargé d'une fasce de gueules sur un champ d'argent (armes de la maison de Béthune). Ce chevalier avait l'épéc au côté et la tête couverte d'un casque qui lui cachait le menton et la lèvre inférieure ; le reste du visage était découvert. Cette statue se trouvait placée dans une niche ornée de quelques bas reliefs et soutenue pas deux colonnes dont les extrémités étaient en

Mss du P. Ignace, mém. tom. vm.

A. d'IIêricoi'rt. Carency et ses Seigneurs, p. 10.

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