CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
A l'époque où César envahit les Gaules, la partie nord de ces vastes contrées était couverte d'immenses forêts et entrecoupée ça et là par des marécages et des landes. A deux lieues d'Arras, au milieu de ces bois impénétrables, se trouvait un mont inculte, que la couleur du sol avait fait appeler Mons-Albanus, M<mi- Mban, Mont-Matic. A ses pieds, quelques sources qui ne tarissaient jamais, coulaient, les unes vers Arras, et les autres dans la direction d'Aubigny.
Le Mont-Blanc était-il un lieu habité avant l'arrivée des Romains dans nos contrées? Nous n'oserions l'affirmer. Cependant , sa position élevée peut faire admettre qu'il donna asile à quelque tribu gauloise , et que César en fit un point militaire important. Les Gaulois n'avaient pour retraites que des bois et des marais impraticables : lorsque César marcha contre eux pour les soumettre, an lieu de l'attendre de pied ferme, ils se retiraient avec tout ce qu'ils possédaient dans les forêts ; cl quand les légions romaines , parvenues à l'entrée de ces bois, croyaient y établir leurs retranchements, tout-h-coup les barbares fondaient de tous côtés sur l'armée en désordre... Es omnibus parlibus sylvœ crdnrrrunt. rt in nnslms impetuin fecerunt... (1).
Le Mont-Blanc présentait tous les caractères des oppùks gaulois (2), par sa poil i Comm. César. De bello gallico. I.ib. II. ii) Ibid. Oppida sunt loca sylvis et paludibus prœmunita.
silion dominante et facile à défendre, cl par son étendue assez grande i»our fournit des pâturages aux troupeaux que res kirharcs emmenaient à leur suite. La découverte de tombes gauloises, trouvées au lieu appelé de nos jours, Villers-au-Bois (1 ), est un nouvel indice du séjour des Gaulois en cet endroit (2).
Quoique ce lieu n'offrit qu'une vaste solitude, il fut bientôt exploré par les Humains, lorsqu'ils portèrent leurs armes victorieuses des bords du Tibre aux rives de la grande Bretagne. Ils établirent leurs camps permanents dans ces positions furtes et élevées, d'où ils pouvaient, à l'abri d'un coup de main, surveiller et dominer la contrée environnante.
La voie romaine qui, plus tard, restaurée par nrunehaut, a pris et conservé jusqu'à nos jours le nom de celle reine célèbre, vint traverser le Mont-Blanc, véritable repaire de brigands cpie l'institution des forestiers de l'Iaudrc devait un jour disperser.
A la mort de Constantin, l'affaiblissement delà puissance romaine permit aux barbares du nord et de la Germanie d'étendre leurs déprédations. Dès le commencement du V" siècle, le territoire delà Belgique fut dévasté. Baldéric, dans sa chronique d'Arras et de Cambrai, nous donne une image des désordres affreux qui furent commis dans nos contrées i;5\ Après eux, Attila, à la tète des formidables Huns, Attila, le fléau de Dieu, vint mettre le comble à ces malheurs. Toutes ces invasions arrêtèrent les travaux apostoliques jusqu'à la lin de ce siècle, où les liarbares eux-mêmes, transformés par leur contact avec les peuples qu'ils opprimaient, commencèrent à réclamer les conseils des hommes éclairés que produisait le clergé.
Nous arrivons ici à une des plus belles époques du christianisme. On ne saurait contester, dit M. Guizot, dans son Histoire de France, l'ascendant qu'acquit rapidement la religion chrétienne sur l'esprit des barbares : elle s'adressait en effet ii des instincts généreux, que ne pouvaient étouffer les uueurs les [dus sauvages. Elle réveillait des sentiments qui, tout en paraissant nouveaux à I llumine, ne lui .•laient pas étrangers. La foi qu'un prêchait aux nouveaux convertis, la loi qu'on leur enseignait préoccupaient leur imagination tout en développant leur intelligence.
Le jour était arrivé où la religion de Jésus-Christ devait détrôner |<> paganisme.
il) Village voisin ilu Mûul-Suinl-Klui.
,2) Tkumsck, l'rumtiwlis sur In r.'i.i««.«.-V Unutslmut.
(3) Baldékic. Ckrmkon Cauteramtst et Alrtbnt<„s,e . Lili i rap 5.
Les idoles tombent devant l'Evangile ; saint Vaast à Arras, saint Géry a Cambrai, et tant d'autres illustres apôtres de la religion chrétienne, renversent les temples des faux dieux. L'un de ces saints personnages, Eloi, homme vraiment suscité de Dieu, habile ouvrier, homme d'Etat, diplomate et conseiller de trois princes qui se succédèrent sur le trône des Francs, devint l'oracle et le modèle des populations au VD« siècle. Sa vie, dont la narration nous a été si fidèlement transmise par M. l'abbé Parenty, n'est qu'une longue suite d'œuvTes de charité et de bienfaisance. Eloi fit, a cette époque, ce que Vincent de Paul renouvela dans nos terni» modernes.
Appelé bientôt a l'épiscopat de Noyon et de Tourna} , les éminentes vertus et les hautes connaissances d'Eloi lui acquirent l'amitié du roi Dagobert. lien reçut de grandes libéralités, qu'il consacra au rachat des esclaves et au soulagement des malheureux. Ce saint évêque, fatigué des grandeurs et des soins de ce monde, se retirait souvent au Mont-Blanc, où quelques historiens assurent qu'il fil bâtir un oratoire vers l'an 635 (1).
Dans ce lieu retiré dont rien ne troublait la paix profonde, il s'adonnait avec ferveur aux exercices de la méditation et de la contemplation. L'ombre et le silence des bois lui faisaient aimer cette retraite, où il puisait de nouvelles forces et de nouvelles lumières pour se livrer avec ardeur aux rudes labeurs de l'épiscopat.
Bientôt, plusieurs hommes, entraînés par le goftt de la vie religieuse, vinrent demander à saint Eloi de les diriger de ses conseils et s'établirent autour de son oratoire en véritables ermites (2).
(1) Feriu de Loches. Chronicon Belgicwn, page 56. Sanctus Eligius Noviomcnsis episcopus , editum montis jugum , Alrebalo duohus ad aquilonem passuum millibus remotum, valdé fréquentai, et licet cultu asperum, ccclcstibus tamen exerciliis suave reddil, ibique exiguum sacellum meditationibus cominodum componit, etc., etc., etc.
Dans son Histoire des ordres monastiques, religieux, etc., le P. Helyot dit que « le Ilont-
> Saint-fcloy, qui est une fameuse abbaye située près d'Arras, a esté appelé ainsi à cause que » saint Moy, suivant l'ancienne tradition, s'y retirait quelquefois lorsqu'il se srpurail du inonde, • pour vaquer plus librement aux exercices de l'oraison et de la contemplation. Il y en a qui
> prétendent qu'il y Csl baslir une chapelle ; d'autres disent que ce fust saint Vindicien, évêque » de Cambray, à cause de la dévotion qu'il portait a saint Kloy. >
Cazet, dans son Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, rapporte ainsi celte fondation : * Saint » Eloy fit dresser un oratoire sur une montagne, ù deux lieues d'Arras, qui retient encore son
> nom, et y assembla dix ou douze personnes qui y vivaient comme des ermites. »
Gazet et Colveneh sont d'accord sur ce point. Toutefois, GiiESuiutnE, dans son livre, Acta Sanctorum Delgii, T. V. de Sancto Yinditiano, n* 6, fait observer que saint Ouen ne parle pas de celte retraite.
(2) André Levaillant. Chronique manuscrite de l'abbaye de Saint-Éfoi.
uiginzeo uy
Saint Vindicien avait remplacé, en 688, saint Aubert sur le siège épiscopal Orras et de Cambrai. Ce saint patron, toujours dévoué aux intérêls de ses ouailles, et donnant l'exemple de toutes les vertus, visitait souvent les respectables solitaires du Mont - Blanc. Edifié de leur conversation et attiré par leur piété et la ferveur qu'ils apportaient dans leurs exercices religieux, il venait passer au milieu d'eux les
menls qu'il pouvait dérolx-r a ses graves occupations. Vindicien désirant avoir
part à leurs prières et vénérant les lieux consacrés par le souvenir de saint Eloi, son ancien maître, voulut être enterré sur le Mont-Blanc, auquel la reconnaissance des ermites avait déjà donné le nom de Monl-Saint-Eloi (1). FI mourut, à Bruxelles, vers la lin du VII e siècle, et son pieux désir fut accompli. Son corps, transporté par les chanoines de Notre-Dame-cn-Cité d'Arras, fut déposé par les ermites auprès ilf celui d'Honoré, son archidiacre, dans un sépulcre préparé au milieu de l'oratoire du saiul évéque de Noyon. Ses funérailles furent accompagnées d'un grand appareil, et plusieurs évêques en vinrent rehausser l'éclat par leur présence.
I niquement occupés de la prière et de la culture de la terre, nos pieux cénobites vivaient dans une paix Profonde. Taudis que leurs voix évangélisaient la contrée, de nombreux et ferveuts prosélytes accouraient auprès d'eux s'initier aux secrets de la science, et les aider dans leurs travaux. Tels furent les commencements de lablwjc du Monl-Saint-Eloi; telle fut l'origine de nos localités : la réunion de quelques chrétiens à l'ombre d'une pauvre église!
Un vint, de toutes parts, visiter ces lieux rendus célèbres par la présence de saint Vindicien. Ilalitcaire, dix-septième évéque de Cambrai et d'Arras, voulut, à l'exemple de son prédécesseur, y être enterré. 817 L'évêquc de Laon, llincinare. neveu du fameux Hincmare de Heims, amena sa mère aveugle au Mont-Sainl- Kloi. Dieu permit qu'elle y recouvrât la vue ^3).
Grâce aux travaux de nos solitaires , le .Mont - Saint - Eloi avait dépouillé sa stérilité; les religieux, en changeant les mœurs, changeaient pareillement la constitution physique du pays. Us avaient défriché ses sombres forêts et livré à la culture les marais et les landes désertes. Il était beau de voir ces mains sanctifiées remuer vaillamment la bêche et le boyau {4).
il) llom lÎF.Ai.MtR , religieux bi-iu-dii'lm. Recueil historique , chronologique et topôijraphit/ue ./i .f iirrhtrJchëtt, érrrhès, abbayes et prieurés de France.
(il Rai.okmc. Chron. catn. oip. U) , p. 00. — Tkrnincx , Promenades sur la chaussée Butnt haut, p. 03.
(3) Pahentï. »'«■ de saint Ét»i, p. 2.V,
il> M f'AiLLAiu» UF. SAiNT-Air.LAN, cilé dans le Cameraeum par M. le docteur Leglay.
Le règne de Charlcmagnc les vit continuer à répandre les bienfaits de leurs travaux et de leurs exemples. Tranquilles dans leurs cellules , les moines du Monl- Saint-Cloi, grâce aux donations des prélats et des seigneurs d'alentour, agrandirent leurs propriétés. Richement dotés par la munificence des rois mérovingiens , les monastères firent renaître l'agriculture sur leurs immenses possessions territoriales. Cette prospérité et cet éclat attirèrent sur eux les malheurs du IX e siècle (t;. Depuis la mort de Charlcmagne jusqu'à la fin du règne de, Charles le Simple, la France fut constamment le théâtre des brigandages des Normands. Suivant le cours des fleuves , ces pirates surpreuaieul les villes , les pillaient et renfermaient dans leurs bateaux convertis en forteresses mobiles, leurs prisonniers et leur butin (2). Rien n'arrêtait leur fureur : ils dévastaient les églises et égorgeaient les prêtres jusqu'au pied des autels. Après avoir pris Arras et y avoir commis d'affreux dégâts, ils vinrent, en 881, au Mont-Saint-Kloi massacrer les religieux et détruire de fond en comble l'oratoire et les cellules qui l'environnaient (3).
Le Mont-Saint-Eloi redevint désert et la terre se couvrit de nouveau de ronces et d'épines. Bientôt disparut le tombeau de saint Vindicien, et on en perdit même toute espèce de trace. Cet oubli devait durer quarante-cinq ans. Dieu qui mesure le vent à la toisou des brebis et proportionne ses instructions à l'intelligence des peuples, Dieu qui donne aux nations dans leur maturité les lumineuses leçons de la science, et aux peuples enfants l'enseignement frappant des miracles. Dieu, par un prodige éclatant, permit que cet état de solitude et d'abandon cessât tout à coup. La miraculeuse découverte du tombeau de saint Vindicien amena la rééibfication du monastère de Saint-Kloi, qui devait abriter dans son sein plusieurs instruments de notre civilisation moderne.
Vers l'an 926, Fulbert occupait le siège épiscopal de Cambrai et d'Arras. L'an-
(1) Nous ne nous sommes nullement arrêté aux prétendues balailles d'Acq et de Berthonval qui se seraient livrées entre Charles le Chauve et Beauduin Bras-de-Fcr. Aucun des faits rapportés dans la chronique d'Oudegherst , n'est appuyé de monuments dignes de foi. Il n'en est pas dit un mot dans Hodoard, soit dans les lettres de Nicolas à Hincraarc, soit dans celles d'ilincmare à ce Pontife. Occupé par les Normands qui dévastaient les bords de la Seine et de la Marne, Charles le Chauve se contenta d'invoquer contre Beauduin les foudres de l'Eglise. Les deux époux furent juridiquement excommuniés par les évéques assemblés à Soissons, en vertu d'un décret du pape saint Grégoire qui frappait d'anaUièmc le ravisseur d'une femme veuve et tous ceux qui favorisaient le rapt (Soie de Lesbrousmrl ).
(2) More enira luporum, subito iucursu a sylvis erumpentium, lilloribus naves impellebant, et aclis prœdiis naves reintrabant, et pansis velis ad ventum, subito disparebant. (Chronique de Wallengfort, Mémoire de la société des Antiquaires de Normandie, tom. ix, p. 2IC.)
(3) Fcniu de Loches, p. 135.
tique cité des Atrébates avait recoupé une partie de son importance; les arts et les sciences florissaient dans les écoles. Quelques jeunes gens, qui s'y formaient à la pratique des vertus par l'élude et la méditation', étant venus au Mont-Saint-Eloi dans l'intention d'y cueillir des fruits et des graines propres à faire de l'encre, l'un d'eux, fils de bonne famille, s'arrêta sans le savoir sur les débris de l'ancienne église, et aperçut au milieu des ronces et des bruyères les traces d'une antique sépulture. Poussé par la curiosité, il se mit à fouiller avec son bâton au milieu des décombres. Dieu permit qu'il rencontrât le tombeau de saint Vindicien auprès duquel s'était si souvent manifesté la puissance divine. Notre jeune imprudent, ignorant l'outrage qu'il faisait aux restes du glorieux saint, continuait à creuser de plus en plus, lorsque tout à coup ses yeux furent privés de la lumière. Ses amis, saisis de crainte, se mirent aussitôt à implorer la miséricorde divine et la protection du saint évéqne, espérant apaiser par leurs prières la colère de Dieu, dont ils croyaient reconnaître les effets. Ils furent exaucés; car le jeune écolier recouvra la vue (1). A leur douleur succéda la joie la plus vive, et ils rentrèrent en ville, publiant partout sur leur passage les faits prodigieux dont ils avaient été témoins, et chantant des hymnes d'actions de grâce. Ce miracle eut un grand retentissement : on accourut en foule au Mont-Saint-Eloi ; les malades et les malheureux vinrent y implorer la clémence du ciel par l'entremise de saint Vindicien , et leur foi y trouva une large récompense (2).
L'évéque Fulbert résolut d'aller lui-même reconnaître les restes du saint, dont Dieu révélait ainsi la puissante intercession. Le 7 juillet 928, il se rendit en grande pompe au Mont-Sainl-Kloi pour visiter le tombeau. I/ayant ouvert en présence des évéques voisins, de son archidiacre, des notables du pays et de tout le clergé qui l'avait accompagné, il trouva deux corps couchés l'un près de l'autre, et une inscription portant le nom de saint Vindicien et de son archidiacre , Honoré. Après qu'on eut rendu â la terre le corps de ce dernier, les restes du saint évéque furent enlevés avec de grands honneurs et déposés dans une châsse d'argent qui avait été préparée pour les recevoir.
Deux ans après, 930, Fulbert voulant perpétuer le souvenir de cette solennité, lit construire, a la place de l'ancien oratoire, une chapelle, où fuient transférées les
(1) Hss. Aniirè Lf.vaii.lant, p. f».
G. Cazet, Histoire ecciésiastit/ue des Pays-Uat, p. 173.
(2) L'abbé Doi\F.3MlF.tx, Vie de smnt Vindicien. B.vLDÉnic Cht ouicon eamci acence , rtiap. xxix.
saintes reliques. La ch;\ssc fut eiposée à la vénération des fidèles et Fulbert ;mtorisa le culte de saint Vindicicn. Bientôt, avec l'aide et le généreux concours de plusieurs princes, de l'empereur Odon, son parent, et de simples fidèles, il fit halir une. magnifique église, qui fut placée sous l'invocation de saint Pierre cl de saint Paul, et dédiée à saint Vindicieu (1). D releva les murs du monastère détruit cinquante ans auparavant, et y appela huit clercs ou chanoines séculiers chargés de chanter les louanges de Dieu et de garder les précieux restes. Cet établissement devint la collégiale de Saint-Eloi qui subsista jusqu'en 1068.
Ces moines devaient remplir toutes les fonctions du saint ministère. L'évêquc Fulbert dota la communauté de huit prébendes pour son entretien. Diverses guérisons miraculeuses ajoutèrent encore à l'éclat de celte fondation. Une femme d'Arras, donl le fils unique était aveugle, le conduisit au Moul-Saint-Eloi , et après une fervente prière, eut le bonheur de lui voir recouvrer la vue. Une noble dame de Ponthieu y fut guérie de la même infirmité et obtint en même temps le rétablissement de sa santé affaiblie par de longues souffrances (2).
Aux ravages des Normands avait succédé le calme de la paix si favorable au développement de la religion chrétienne; les bienfaits s'en faisaient déjà sentir, lorsque, vers la fin du X e siècle, de nouveaux désordres éclatèrent en Flandre. L'an 1006, Beauduin IV, dit le Barbu, comte de Flandre, s'était emparé de Valenciennes où commandait le comte Arnoul. L'empereur Henri II vint assiéger cette ville. Le roi de France Robert et Richard, duc de Normandie, prirent part à cette lutte. Leur armée, composée d'aventuriers et de gens indisciplinés se répandit aux environs de Cambrai et d'Arras, pillant et dévastant tout ce qui se trouvait sur leur passage, comme en pays ennemi (5).
Attirés par les richesses que ces pillards croyaient renfermées dans la demeure
(1) Fer. Loch., |>. 151).
GaUia Chwtinna , l. m, p. 125.
Comme le dit M. l'abbé Parenty dans sa monographie abrégée do l'abbaye du Monl-Sainl- Eloi, la collégiale d'abord cl l'abbaye ensuite ne furent pas établie; primitivement n l'endroit tm'me où avait été découvert le corps de saint Vindicien ; ce fut plutôt dans le grand bois d'Ecoivres, ainsi que semble l'indiquer une ancienne cérémonie qui se faisait tous les ans pour perpétuer le souvenir du miracle qui s'était opéré en faveur des écoliers, cérémonie dans laquelle on se rendait au milieu du grand bois d'Ecoivres. (Parekty. Vit de saint Fini, p. 250 , cl voir notre Soliee sur Ëcoirres, publiée dans la Reçue du nord de la France, t. xix.)
(2) Baldemc. Citron, cam. Cap. xxxi, p. 55.
13) Edward Leglay. Histoire des Comtes de Flandre, t. t, p. 139-UO.
Ilaldéric dit que cette entreprise fut sans résultat. Rien ne put triompher de la valeur opiniâtre de Beauduiu le Barbu, qui resta maître de Valencicnnes.
des moines et dans l'église ilu Monl-Saint-Eloi. plusieurs d'entre cm vinrent pour s'en emparer : les religieux leur opposèrent une vigoureuse résistance. Retranchés dans leur église, ils en défendirent vaillamment l'entrée. A la fin, l'un des soldats avant pénétré dans le sanctuaire par une fenêtre, en ouvrit les portes au reste de la troupe. Ces furieux se précipitèrent sur les moines, cl massacrèrent ceux qui n'avaient pu prendre la fuite. Ils se mirent alors à dévaster l'église et le monastère, emportant les trésors, les ornements, les vases sacrés et tout ce qu'ils purent trouver de précieux. Comme ils s'en retournaient chargés de leur butin, et commençaient à se le partager, les principaux auteurs de cet attentat se sentirent pris de douleurs violentes. Kn proie aux plus horribles souffrances, les uns se jetaient parterre, les autres s'arrachaient les cheveux: d'autres se frappaient et se mutilaient les membres. (Juchâtes - uns , égarés par la folie, couraient à travers les champs cl les bois voisins ; ceux-là seuls restèrent sains de corps et d'esprit, qui n'avaient rien dérobé.
Leduc Richard , informé de ces événements, ordonna les [dus minutieuses recherches dans sa troupe , et lit restituer au monastère tout ce qui en avait été enlevé. André Lev aillant , à qui nous av ons emprunté le récit de ce fait prodigieux*, ajoute qu'un soldat ayant conservé une clochette provenant du pillage, fut perclus de tous ses membres, sans qu'aucun secours humain pût le soulager. 11 ne dut son rétablissement qu'à la confession de sou crime et à la promesse de restituer le double de la valeur de son larcin. Plusieurs autres miracles s'opérèrent, tant en ce lieu qu'ailleurs, parles mérites de saint Vindicien (1).
Cependant le relâchement qui s'était répaudu dans les mœurs au milieu du XI' siècle, avait Qui par pénétrer jusqu'à celte paisible retraite. Des abus s'étaient introduits dans toutes les maisons et communautés religieuses, pendant la translation du siège épiscopal à Cambrai.
Dans les premiers temps de leur institution, les moines ne possédaient aucun revenu. Vivant en commun, le travail des mains leur procurait la nourriture et le vêtement. Mais, dès l'instant qu'ils commencèrent à jouir de revenus assurés, ils perdirent le goût de leur première simplicité : leur vanité s'accrut insensiblement avec leurs richesses. Se relâchant de jour en jour, ils n'observaient plus la loi du travail imposée au corps, ni celle de la prière imposée à l'esprit; ils allèrent même jusqu'à négliger le service divin.
(I) La légende île la vie de saint Vindicien. par Gautier, abbé de Suint-Sépulcre, à Cambrai, la chronique de Baldérk el lus récits de l'abbé Doresmieux en font foi. L'aulorité de ces écrilains contemporains des faits qu'ils rapportent, ne saurait être mise en doute.
En 1068, saint Liélvert, trente-deuxième évéque de Cambrai et d'Arras, ne voulant plus confier aux clercs séculiers, qui s'étaient écartés de leurs devoirs, la garde des reliques de saint Vindicien, résolut de mettre un terme à ces désordres. Après avoir consulté de nobles et vertueux personnages, il prit le parti d'introduire dans le couvent la règle de saint Augustin. Ceux des religieux qui ne voulurent pas s'y soumettre, furent renvoyés de la maison. Ces nouveaux chanoines réguliers devaient vivre en commun, au nombre de quarante, et ue rien posséder en propre. L'un d'eux fut mis à leur tète pour veiller à la discipline et au maintien des règlements; et, dans le but de prolonger l'existence du monastère (1), Liébert leur laissa la faculté d'élire en toute liberté ceux qui devaient succéder à ce premier abbé (2).
On voit dans le décret de cet évéque. qu'il leur donna des revenus suffisants pour leur existence (3).
(I) Quoique les auteurs soient partagés sur l'époque de l'introduction des chanoines régulier* dans l'ahliaye du Mont -Saint - Eloi, il est facile de la fixer. Gazet et quelques autres la mettent en 10Ï.G, d : aulrcs en 1008, les auteurs de Gallia Chmtiana en 1070 : Eoidem (Canonkos) Régulâtes admisit (Uetbertui), in abbaliam Monta. S. Eligii anno W70 , petenle Euttachia UntonUr Comité (a). Nous nous déterminons pour l'époque de 1068, parce que ceux qui admettent celle de 1060, s'imaginent, sans aucune preuve, que l'abbaye de Saint-Eloi fui régularisée en même temps que celle de Saint-Aubcrl de Cambrai. Mais ttaldéric, qui était secrétaire de Gérard I , de Liébert et de Gérard II , en rapportant la régularisation du couvent de Sainl- Aubert de Cumhrai, ne dit en même temps rien de l'abbaye de Saint-Eloi. L'auteur de la vie île Liébert n'en parle ainsi qu'après la régularisation de l'abbaye de Saint-Aubert.
Colvenerius, dans ses notes sur la chronique de Baldéric (b), Locrius (c), etc., Lcvaillanl , abbé de Saint-Eloi , dans sn chronique , et les religieux eux-mêmes , dans un mémoire présenté aux Etals pour obtenir la préséance sur l'abbé de Dlangy, admettent la date de 1068.
EnDn, tous les auteurs conviennent d'une chose qui devrait les mettre tous d'accord, c'est que Jeun fut abbé quarante ans , et qu'il est mort en 1 108. Donc , Liébert a introduit les chanoines réguliers dans la collégiale de Saint-Vindicicn en 1068.
Feiir! de Lucres. Citron. ÎUlij.
(a) Tom. m , p. 21.
<2> Celle élection devait toutefois être raliliée par l'évêque d'Arras.
1.3) L'original de ce décret n'existe pas ; la copie que nous en donnons est celle fournie en 1767, pur MM. les religieux du Mont Sainl-Eloi . a l'jppui de leur mémoire contre M. Auguste Théry, prêtre , curé de Camhlain-I.abbé. Voir pièces jusiilicalives, n" l et II.
ou