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N° 47. — LES AIGLES ET LES POISSONS

Quatre aigles, dont les tètes sont malheureusement mutilées, aux ailes largement étalées, occupent les coins du chapiteau. On lit sur les modillons, en lettres isolées, le mot :

Le tailloir, orné à chaque angle d'une colonnette torse, représente huit poissons nageant au milieu des ondes, et pris, sur chaque face, deux à deux à l'hameçon. L'un est renversé sur le dos, l'autre se trouve dans sa position naturelle.

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Observations. — Une idée symbolique a présidé à la conception de ce chapiteau. Plusieurs Pères de l'Eglise s'appuyant sur le cinquième verset du psaume Cil, renovabitur ut aquilce javentus mea, paroles qui font allusion aux mues périodiques de cet oiseau, l'ont regardé comme un symbole de la résurrection. L'aigle, d'après saint Maxime de Turin, serait le symbole du néophyte, qui, par le baptême, est renouvelé et initié à une vie nouvelle (i).

L'usage du poisson a une double application : c'est le symbole du Christ et du chrétien. C'est dans ce dernier sens qu'on doit le prendre sur le chapiteau.

Les lettres initiales des 27 vers prétendus sibyllins forment, étant rapprochées, les mots It)(iouç, XptGToç, 0£ou, Ytoç, Swxecp, soit en français, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Or, en prenant encore les lettres initiales de ces cinq mots, on forme cet autre : IX^YX qui, en grec, signifie POISSON. Saint Clément d'Alexandrie [De promission, et benedict. Dei,, II, 39) nous dit : « I/9uv, latine piscem, sacris litteris, majores nostri interpretati sunt hoc est sibyllinis versibus colligentes ». Les chrétiens s'accommodèrent facilement du symbole que leur fournissait cet acrostiche, et tous les Pères de l'Eglise n'ont pas hésité à identifier Jésus-Christ avec le poisson.

Jésus-Christ et ses apôtres étant souvent désignés sous le nom de pêcheurs et figurés

(1) In Biblioth. PP. t. VI, p. 28, cit. de Martigny, Diclionn. des antiquités chrétiennes, p. 33.

comme tels, il devint naturel d'appeler poissons les hommes gagnés à la foi chrétienne par le divin appât de la parole. Cette appellation fut inspirée par les histoires de pèches si fréquentes dans l'Evangile, et particulièrement par la pêche miraculeuse, où Notre-Seigneur a voulu mettre la réalité à côté de la figure (1). Le Christ, dit saint Grégoire de Nazianze [Orat., XXI), a voulu se faire pêcheur, afin de tirer de l'abîme le poisson, c'est-à-dire l'homme qui nage dans les eaux inconstantes et périlleuses de cette vie. « Jésus te prend à l'hameçon, ô homme », ajoute saint Cyrille de Jérusalem [Procatech., IV), « non pas pour te faire mourir, mais pour que, étant mort, tu renaisses à la vie ».

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