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N° 49. — MIRACLES DE SAINT BENOIT

Ce chapiteau relate deux des miracles rapportés par plusieurs hagiographes de saint Benoît fondateur de l'ordre des Bénédictins.

(1) Martigny, Dictionn. des antiquités chrétiennes, p. 656.

Faces occidentale et méridionale. « Dans l'un des monastères était un moine qui ne faisait pas de longues oraisons ; mais quand les autres priaient, il sortait pour se livrer a des habitudes mondaines et contraires à ses devoirs. Quand l'abbé de ce monastère l'eut dit à Benoit, il y alla, et vit un enfant noir qui tirait le moine, qui ne pouvait rester en oraison, et il l'entraînait en prenant le bord de son vêtement. Saint Benoit dit alors à l'abbé et au moine : « Ne voyez-vous pas qui le tire? — Non », dirent les autres. Il leur dit : « Faisons une prière, afin que vous le voyiez ». Et quand ils eurent fait leur prière, le moine vit l'enfant, mais l'abbé ne put le voir. Le lendemain, quand les prières furent finies, l'homme de Dieu trouva le moine dehors, et le frappa d'un coup de baguette, à cause de son aveuglement; et depuis, le moine resta immobile à l'oraison; et le démon n'osa plus venir troubler ses pensées, comme si c'était lui qui avait été battu » (1).

Figure 139

Face occidentale Face méridionale

La seconde partie de cette scène se trouve reproduite sur ces deux faces. A l'angle sud, le démon, muni de larges ailes et aux pieds crochus, entraîne par la main le jeune novice qui figure sur l'autre face et que frappe, avec une verge, le saint debout devant lui ; ce dernier porte un livre de la main droite.

Faces orientale et septentrionale. Saint Benoît « se rendit au mont Cassin, où se trouvait un temple d'Apollon, qu'il transforma en une église consacrée à saint Jean- Baptiste.... Lorsque les religieux eurent amené leur édifice à une certaine élévation, l'ancien ennemi du genre humain apparut à l'homme de Dieu, et lui dit d'aller près de ses frères qui étaient à l'ouvrage. Le saint leur fit dire par un messager : « Frères, » occupez-vous avec prudence de votre besogne, car le malin esprit vient à vous ». A peine le messager eut-il rempli sa mission, que le diable abattit une muraille, et, dans cet écroulement, un jeune moine fut tué. Mais le saint le fit apporter tout brisé

(1) Jacques de Voraigne, La Légende dorée, traduction de Brunet, t. II, p. 52.

dans un sac, et il le ressuscita par ses oraisons, puis il le renvoya continuer son travail » (1).

Sur la face orientale se trouve l'église du Mont-Cassin. C'est un édifice à chevet rectangulaire et à transept, fortifié par des contre-forts peu épais s'élevant du sol jusqu'à la corniche du toit; il est surmonté d'un clocher hexagonal à jour. Au-dessus des portes d'entrée s'ouvrent des fenêtres cintrées.

Sur la face septentrionale, deux religieux viennent d'apporter sur une litière le corps meurtri de leur malheureux frère ; l'un d'eux garde encore sur l'épaule la barre qui a dû servir au transport. Le saint apparaît sur l'angle de la face occidentale. Sa main gauche tient le livre de la règle : la droite est levée, et il obtient la résurrection du mort.

Figure 140 Figure 141

Face orientale Face septentrionale

Tailloir. La partie plate du tailloir porte une inscription, en belles lettres capitales, relative au premier miracle :

VIR : DEI : BENEDICTVS : VIRGA P[er]CVSSIT MONACHV[wz]

ET : SANAVIT : EVfm] DOMINVS : P[er] ILLV[w]

Au-dessous se déroule un rinceau de feuilles dont l'extrémité des lobes se termine par un petit empâtement.

Observations. — Lagrèze-Fossat (2) considère les feuilles du tailloir comme des feuilles de vigne et il reproduit au sujet de l'empâtement signalé aux extrémités de chaque lobe, l'idée déjà formulée à propos du chapiteau numéroté 16 dans la galerie méridionale. Nous avons déjà fait connaître les motifs qui ne nous permettent pas d'adopter

(1) Jacques de Voraigne, La Légende dorée, trad. G. Brunet, t. II, p. 54.

(2) Lagrèze-Fossat, Eludes historiques sur Moissac, t. III, p. 331.

cette manière de voir (i). Nous croyons qu'en général on abuse un peu trop du symbolisme et que trop souvent on s'évertue à attribuer à nos tailleurs d'images des idées qui jamais ne leur sont venues à l'esprit.

Toutefois, s'il fallait absolument expliquer cette anomalie constatée ici sur le chapiteau qui représente des miracles de saint Benoît, nous préférerions en chercher la solution dans la Légende dorée.

Benoît, y est-il dit, vivait dans le creux d'un rocher, seul et loin de tout commerce avec les hommes. Un jour, fortement sollicité par des pensées de luxure, au souvenir de la beauté d'une femme qu'autrefois il avait vue, il allait peut-être céder, quand soudain il se déshabilla et se jeta nu au milieu des ronces qui garnissaient les abords de sa grotte. Sa chair fut meurtrie, déchirée par les épines, mais les blessures du corps empêchèrent les blessures de l'âme. Le sang qui coula resta sur les feuilles des ronces, qui dès lors ne cessèrent chaque année de rappeler cette dure pénitence par des taches rouges éparses sur la verdure (2).

Ne pourrait-on pas dire que le sculpteur du chapiteau de Moissac a voulu figurer une goutte de sang aux extrémités de chaque feuille décorant le tailloir, pour rappeler un prodige dont le souvenir était bien précieux pour les religieux ? Nous émettons cette hypothèse, sous toutes réserves, et sans nous y attarder davantage.

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