N° 70. — LES OISEAUX
Huit colombes de grande taille affrontées sur les angles et de la bouche desquelles s'échappent des palmettes, composent le chapiteau. Aux angles supérieurs de la corbeille on lit sur chaque côté le mot AVES, les oiseaux, écrit en deux parties, moitié sur une face et moitié sur l'autre.
Les côtés du tailloir sont garnis par deux lions, au repos et adossés, avec cette particularité que la tête, placée à chaque angle, est commune à deux de ces animaux.
N° 71. — LES BERGERS DE BETHLÉEM et DANIEL DANS LA FOSSE AUX LIONS
Notre-Seigneur étant né à Bethléem, des anges allèrent l'annoncer à des bergers. Trois faces de ce chapiteau sont consacrées à la représentation de cette scène, qui nous a été retracée par saint Luc (ch. Il, v. 8 à 12).
Face méridionale. Le messager céleste apparaît aux bergers; il tient de la main droite,
entre le pouce et l'index, l'emblème du Christ, sous la forme d'un sceau marqué d'une croix grecque avec quatre points placés dans les -vides des croisillons. L'un des bergers a déjà pris son bâton fourchu et se prépare à partir. Il porte suspendu à la ceinture une bourse et un couteau de chasse. Son chien, au-dessus duquel on lit la lettre C, initiale du mot Canis, est à son côté et mord le bâton de voyage, témoignant ainsi à sa manière son désir empressé de partir. Derrière ce berger, apparaissent les animaux confiés à sa garde ; ce sont : un âne A SI [;u<s] et deux bœufs BOVES. Cette scène est désignée par les inscriptions du modillon : ANG[e]LI PASTOfres].
Face occidentale. Un autre berger, ayant deux chiens qui sautillent à ses pieds, est debout contre un arbre dont les feuilles apparaissent au-dessus de sa tête ; il lève les mains au ciel pour exprimer son étonnement. L'inscription : PASTORES est gravée sur le côté gauche. La lettre I se trouve placée au-dessous du coude gauche du berger. Peut-être est-ce l'initiale du mot in ; dans ce cas elle relierait le mot pastores au mot silva qui se trouve sur le modillon de la face orientale et il faudrait lire : PASTORES IN SILVA.
Face orientale. Deux chèvres s'appuient par les pattes de devant à un arbuste dont la tige se dresse au-dessus d'une sorte de fleurs de lis ; elles sont désignées de chaque côté par leur nom CABRAS, mais il convient de remarquer que l'inscription à la droite du spectateur a été gravée en sens inverse, et qu'il faut la lire de droite à gauche. Au-dessus du modillon central on lit le mot SISVA (pour SILVA), dont nous avons parlé au précédent paragraphe.
Face septentrionale. On sait que Daniel a été précipité deux fois dans une fosse aux lions. Il le fut la seconde fois pour avoir empoisonné le serpent sacré des Babyloniens. Cette scène, dans laquelle figure le prophète Habaccuc, est reproduite sur le chapiteau numéroté 56 dans la galerie septentrionale.
La face qui nous occupe représente Daniel lorsque, en premier lieu, il fut jeté en
pâture aux bètes pour avoir désobéi à un édit lancé par Darius prescrivant de ne point adresser des prières à Dieu (1). Deux.lions sont dressés contre un arbre à feuilles longues et pointues et entourent le prophète, mais sans lui faire aucun mal. Leur nom LEO est gravé de chaque côté à la hauteur de leur tête. Daniel est assis sur un siège à coussin et lève ses deux mains pour louer le Seigneur. Il est richement vêtu, car le roi l'avait élevé au-dessus de tous les satrapes et se proposait même de lui confier l'intendance générale de son royaume. Il porte sur la tête une sorte de bonnet élargi, légèrement aplati sur le milieu, et serré a la base par une bandelette brodée. Cette coiffure rappelle une des formes primitives de la mitre.
Figure 177 * Figure 178
Face orientale Face septentrionale
Des inscriptions dont les lettres ou les syllabes sont parfois disséminées sur la surface du chapiteau donnent l'explication de la sculpture ; elles commencent sur le modillon central :
DANIELE[;w] : M[iserunt in] LACV[//?] LEONIS Daniel ayant été le dernier des grands prophètes qui ait prédit la naissance du Christ en assignant à cet événement une date précise (2), on ne doit pas s'étonner de le trouver sur le même chapiteau où figure la scène de Y Annonciation aux Bergers.
Observations. — Les costumes des bergers nous font connaître l'habillement de l'homme du peuple au xne siècle. La tunique est à manches étroites, ne tombant qu'au-dessous du genou, et fendue, par devant, de la ceinture au bas de la jupe. Celle du berger de la face occidentale, est collante à la poitrine et au ventre, sur lequel elle forme quelques plis transversaux. Les chaussures consistent en chausses basses ne montant qu'au-dessous du mollet et recouvertes de souliers hauts de quartier.
(1) Daniel, c. VI, v. 7 à 22.
(2) Daniel, c. IX, v. 24.