‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 137 sur 154 · N° 82. — LES HUIT BÉATITUDES · texte numérisé non relu

N° 82. — LES HUIT BÉATITUDES

Un jour, dit saint Matthieu (1), Jésus se voyant entouré d'une foule nombreuse, gravit une montagne, et de là exposa à la multitude, accourue de toutes parts, les préceptes élémentaires de la morale évangélique. Dans ce mémorable sermon, le Sauveur réduisit à huit principaux états le véritable bonheur de l'homme sur la terre.

Les paroles du divin Maître ont été gravées sur les faces du chapiteau. Sur chaque face, deux hommes debout, ayant à peu près la même attitude, les indiquent de la main : ils personnifient chacune des huit béatitudes et ont à peu près tous le même costume, à l'exception du premier qui est à demi-vêtu, parce qu'il représente la Pauvreté.

Figure 196 Figure 197

Face orientale Face septentrionale

Les lettres formant l'inscription sont souvent disséminées, sans ordre régulier, sur la surface de la corbeille du chapiteau.

Face orientale. B[ea/]I PAVP[erJES SP[»W/]V. — B[eat]l Q[u]l ESVRIVNT. Face septentrionale. BEATI MITTES (pour mites). — B[eor/JI Q[ui] LVGENT Q[«]0- [n]l[am] \P[si] C\on]SOLABV [ntur].

Face occidentale. B[eat}\ MISERICORDES. — B[ea/JI CORDE MVNDO.

Face méridionale. B[eat\l PACIFICI Q\uoniam\ F[ilii] Dfe/J \[ocabuntur\. — B[eat\l Q\u\l P[er]SECVTION[emJ P\atiuntur].

(1) S. Matthieu, c. V, v. 1.

Tailloir. Des rinceaux de feuilles occupent le tailloir. Ces rinceaux encadrent une

Figure 198 Figure 199

Face occidentale Face méridionale

figure humaine sur les faces de l'Est et du Sud.

Sur les faces septentrionale et méridionale, les pattes de ces animaux reposent sur

les épaules et sur la tête d'un personnage vu en buste seulement. Le premier est un abbé, on le reconnaît à sa large tonsure ; le second, barbu, est coiffé d'une sorte de bonnet.

M. l'abbé Bouchard pense que cette scène est une moralité indiquant que les religieux eux-mêmes ont à redouter les tentations du démon (1).

Le tailloir offre une ornementation des plus bizarres, rappelant un fruit globuleux, strié, supporté par un double pédoncule.

No 84. — CAÏN ET ABEL

Les deux fils d'Adam, Caïn et Abel, dit la Genèse, offraient au Seigneur des sacrifices bien différents. Caïn, qui s'appliqua à l'agriculture, lui présentait les produits de la terre, mais son cœur était corrompu. Abel, qui était pasteur de brebis, immolait, avec foi et amour, les premiers-nés de son troupeau. Dieu témoigna sensiblement la différence qu'il mettait entre ces deux sacrifices : il agréa celui d'Abel et fit prospérer ses troupeaux ; il dédaigna celui de Caïn et rendit stériles ses terres. Caïn en conçut une

Figure 201 Figure 202

Face occidentale Face méridionale

affreuse jalousie contre son frère et résolut de le tuer. Un jour il l'entraîne dans les champs, se jette sur lui, et accomplit son horrible projet. Le crime est à peine consommé que le Seigneur apparaît au coupable et lui demande ce qu'il a fait de son frère. Sur sa réponse insolente, il est maudit, lui et sa postérité (2). Face occidentale. Un autel, formé d'une maçonnerie quadrangulaire recouverte d'une

(1) Abbé Bouchard, Monographie de l'église et du cloître de Moissac, p. 73.

(2) Genèse, c. IV.

large dalle, est placé au milieu du chapiteau. On lit au-dessus : ABEL. Abel est à gauche et y dépose le premier-né qu'il a pris dans son troupeau ; l'ange, envoyé par le Seigneur, sort d'un nuage figuré sur l'angle supérieur au côté droit du chapiteau et accepte l'offrande.

Face méridionale. Caïn vient déposer sur un autel, semblable à celui d'Abel, une gerbe dont les épis sont mûrs : GARBA CAIN[îJ, dit l'inscription. Mais le Seigneur n'accepte pas ce don fait par une main souillée et c'est le démon qui le reçoit, ainsi que le fait connaître une autre inscription : DIAB[o]Lfu]S RECIPIT EA[m]. L'Esprit des ténèbres a les pieds crochus et des ailes de chauves-souris; des cornes surmontent sa tête.

Face orientale. Caïn a renversé son frère ; il le tient entre les jambes, le saisit par les cheveux et le tue avec l'arme qu'il a dans la main. Une inscription relate cette horrible scène : CAIN OCCIDIT ABEL.

Face septentrionale. Le crime est consommé, et le Tout-Puissant, reconnaissable à son nimbe crucifère, accompagné d'un ange qui tient un livre ouvert dans la main, adresse au fratricide, debout devant lui, ces terribles paroles gravées à gauche sur la partie supérieure du chapiteau : CAIN VBI : E[s/] : ABEL F[ra/e]R TVVS. Celui-ci, aussi audacieux que criminel, lève sans hésiter sa main droite, en signe de serment, et répond au Seigneur qu'il n'en sait rien : NESCIO ; le mot se découvre sur la partie inférieure du chapiteau.

Tailloir. Un cordon de fleurs crucifères entoure le tailloir.

Page 1