CHAPITRE V LES AMATEURS DE LA CHASSE
TROIS semaines s'étaient a peine écoulées quand un matin l'abbé, encore au lit, entendit la grosse voix de Beauvais qui lui criait du jardin: “ Hé!
cousin!” I] courut à la fenêtre. . . . Daniel en petite tenue, le képi sur l'oreille, une médaille à la boutonnière, Daniel les bras tendus vers la tourelle, était pres de Beauvais. Ie cousin agita fortement son bras mutilé, rentra et se vétit « me il put I] allait descendre quand la porte souvrit,
Daniel et Beauvais firent irruption dans la
chambre. Ah! le retour payait bien le départ ; ils se tinrent quelque temps embrassés, “ Saprebleu! dit Beauvais attendri, est-ce que vous alle: vous manger? Venez, monsieur Daniel, laissons le cousin s'habiller.” Le cousin fit sa toilette à la hâte en l’entrecoupant d’exclamations joyeuses, puis il descendit. Il ne trouva plus dans la cou que Beauvais. “Allez le chercher, dit gaiement celui-ci, le voilà reparti. Et vous ne l'avez pas mis dans la cavalerie?——-Eh! quoi done encore ?
demanda le cousin ahuri—Ficurez-vons one ie
lui montrais mon nouveau cheval, une béte que
ur
personne n'ose monter. —Eh bien? . . —Eh bi
il a sauté dessus, et le voilà bien loin.” L’ab
et Beauvais coururent hors Ja ferme Dan
revenait vers eux vel i terre: il avait encore 5 la main son baton « ige, mais son képi ét:
reste en route. On recon luisit le cheval à l’écur
et on alla du même pas à la re herche du ké puis du même pas on alla aux Bruasseries, et t
en causant on oubliait l'heure et le chemin «
10 questions, en réponses. en surprises et en exclam
tions C'étaient des ressouvenirs, des plaisanterie des rires, des silences délicieux, Beauvais, pot
un empire, n’efit en ce moment laché le we comme il appelait Daniel. A Pp, ‘ssigny, on f is réflexion que l'on mourait de of, et l'abbé, hh troisième (honni soit qui mal y pense ;), entra a premier cabaret, On trin jua. “À la guerre d Crimée! dit Beauvais! — Au retour!” s'écri Daniel. Il ne pouvait se lasser de regarder | 20 Cousin, et le cousin contemplait sans cesse Daniel Et le cousin émerveill pétait à Beauvais
“ Voyez-vous « sarcon? Eh bien, c'est moi qu
l'ai élevé : je l'ai porté dans mes bras. . , T’en souviens-tu ? ”
25 On revint lentement aux l'empliers par la côte des Murets, et Beauvais fit la remarque que Denise n'allait Pas Savoir ce qu'ils étaien devenus. “ Qui est-ce? demanda à mi-voix Daniel au cousin.
C'est ma fille ma 4lle Denise! s'écria fièrement
30 Beauvais, — Ah! fit Daniel, vous avez une fille ? ; =
iC Cousin ne me l'avait pas dit. Mais que vous
th bien, L'abbé Daniel] ncore a pi était
écurie,
nin en clamaiteries, 3, pour Majyor, on fit ve, Jui tra au rre de s'écria ler le Janiel, IVAIS :
4 qui T'en
. Côte enise ‘Qui FD, nent lle ?
vous
écrivait-il donc? Je parie qu'il ne vous a point parlé de mes chevaux seulement !—Est-ce que je puis écrire longuement de ma main gauche?” interrompit le cousin.
On arriva, et comme Daniel vou'ait aller faire toilette, Beauvais le poussa dans la salle. Le couvert était mis, mais Denise n'était pas là. Le ousin se sentit rougir. Daniel s'époussetait iégerement près de la fenètre ouverte; Beauvais sctait mis a table. Il fallait pourtant bien que Denise se montrat. Elle entra dans un moment ou Daniel tournait le dos à la porte. “ Nous as-tu préparé un bon déjeuner?” s'écria Beauvais.
Daniel se retourna très vite et vit Denise. Leur émotion à tous deux se trahit par un léger mouvement en arrière. Daniel salua respectueusement, sans timidité comme sans excès d'assurance, puis on se mit à table. Il se trouvait placé à côté de Denise ; mais soit qu'il fat embarrassé à la vue de cette jeune hôtesse sur laquelle il ne comptait pas,
it que la mine un peu fiere de Denise lui imposat, il resta silencieux. Toutefois, s'il demeurait muet et contraint, il n'en était pas plus calme au fond, et dès le premier service il trahit son émotion en brisant, rien qu'à le toucher, un plat qu'on lui passait, Le rouge lui monta au front, “Bah!
bah! dit Beauvais, ne faites pas attention 4 cela!’ Denise saisit cette occasion de rompre le silence “Ce plat était félé depuis longtemps, dit-elle,
Mademaisalla "rommenca Deasie!l 4¢::: tensit tie FIVIOVEIEIT oe à LUREEIEE ii : SA7Biiivi, iii sii’
a sexcuser, Ils se regardèrent, rougirent de
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belle et red vinrent silencieux. Heureuseme l'abbé vint à leur secours et changea la convers tion, “Vous n'avez plus de Parents? dit à Dani loublieux Beauvais, à qui le cousin avait racon au moins vingt fois l'histoire de son pupille, - Non, monsieur, répondit Daniel; mon père, q était charpentier, s'est tué en tombant d'un toit, «
ma mére est morte huit jours SES" Bes
ajouta en regardant l'abbé : "C'est le cousin ql m'a recueilli.” Cela fut dit fièrement et avec un simplicité qui toucha Beauvais, “Pardon !
fit-il tout ému, L'abbé, fâché et content de cett explication, en profita pour serrer une fois de plu la main de Daniel Au dessert, la jeune fill quitta la salle 4 manger. Alors Beauvais allum; Sa pipe, Daniel roula une cigarette, et on se mit à parler de l'Orient et de la guerre.
Que faisait Denise pendant ce te Mmps? Assise sous un large ficuier, 4 l'extrémité du verger, elle semblait tout o cupce à considérer les arabesques lumineuses que le soleil dessinait sur le sable à travers les arbres : mais, si ses yeux suivaient attentivement les mobiles découpures de l'ombre,
esprit Ctait ailleurs, Elle avait révé Daniel tout autre qu'il n'était. et la transition du reve à la réalité lui était 4 la fois douce et difficile. La
brune jeune fille, en dépit de la photographie
envoyce au cousin, ait figuré un Daniel blond avec des yeux bleus et une physionomie un peu
pensive; le vrai Daniel avait un tout autre a tt
fi etait petit, maigre, brun et peu mélancolique.
sement nversa- Daniel ‘aconté ille, — re, qui toit, et
Et il in qui 2c une ' cette > plus > fille lluma mit a
\ssise , elle ‘ques le à aient nbre, aniel à la
La phie ond peu
jue,
I] fallait donc effacer les traits vagues de l’ancien portrait et y substituer l'image vivement accusée de l'original,
Tout en confessant que le Daniel en chair et en os valait bien le Daniel imaginaire, Denise ne pouvait s'empècher de regretter son rêve : puis, honteuse de cette préoccupation persistante, elle secouait la tête, passait ses petites mains sur ses joues rougissantes, ct essayait de donner un autre tour à sa pensée. Elle penchait la tête au-dessus du mur d'appui et regardait les champs de blé moissonnés. Alors le chant d'une caille dans les chaumes lui rappelait que la chasse venait de s'ouvrir et que Daniel était arrivé aux Templiers pour chasser.
A la nuit close, Beauvais avait conduit le sergent-major dans sa chambre, et lui serrant la
main: “Vous êtes ici chez vous, avait-il dit,
‘eposez-vous bien; demain nous irons ensemble visiter mes bois, et je vous ferai voir du gibier, Bonne nuit!” Le lendemain, quand l'abbé descendit, les chasseurs étaient déjà partis ; Denise se plaignait d'avoir la migraine et semblait fatiguée, Le naïf abbé croyait tout bonnement qu'elle allait lui parler du nouveau venu; mais elle ne dit pas ur mot, et il s'en alla, tout désorienté, lire son bréviaire au Jardin,
A midi, Beauvais et Daniel rentrerent affamés. Daniel, pour son début, rapportait deux perdrix dont le cousin parut tout fier. On se mit a table, ct, ics convives étant devenus déjà plus intimes, la conversation s'anima,
wi) Be
Cet
” in
La journé Passa Joveuse pour tous quatre,
plus joyeuses encore Secoulerent les semair
qui suivirent, chaque jour amenant une chas heureuse ou quelque course nouvelle. L'automi 5 ¢tait magnifique. En rentrant le soir, on conta a Denise et au cousin les exploits de la matiné ect on arretait le plan des plais:zs dü lendemai Denise demandait-elle un lèvre, Daniel ne voula revenir à la maison qu'avec un lièvre dans so Io Carnier, Bientôt ce fut entre eux une amit} charmante. Denise n'avait qu'à dire un mot pou ctre devinée et obéie. Elle savait toutes le
chansons favorites de Daniel, et les chantait |. soir, au verger, sans a\ ir Tair de songer qu'ot 15 l'écoutât, comme si elle n’eût chanté que pou elle-même.
Un soir, Daniel. étant seul avec le cousin. lu demanda brusquement : “\ Beauvais est - il riche ? — Qui, r pondit l'abbé surpris, mais à quel
20 propos ? Il est riche ! lant pis alo; , dit Daniel.
et il ajouta: “Si M Denise eût été pauvre comme moi, j'aurais es avé de lui plaire, et si elle m'avait aimé, je l'aurais demandée à son père. Nous nous serions établis metayers de vos Bruasseries, et
ceût été bien bon, cette vie 4 trois, vous entre
to wi
nous deux! , , . Mais elle est riche il faut
renverser mon chateau de cartes et songer a autre
chose.—--Songer À quoi? demanda l'abbé d'un air
Inquiet.— Mais à quitter les empiiers, et le plus 30 tot sera le mieux.”
Le iendemain Beauvais et Daniel étaient à
atre, et maines chasse Itomne contait atinée, emain, voulait IS son amitié 4 pour s les ait le qu'on
pt ur
mme avait nous Æ -:
entre faut iutre \ air
plus
la chasse, et l'abbé lisait saint Augustin sous l’auvent de la porte d'entrée, quand, au milieu de l'après-midi, un cabriolet conduit par un jeune homme entra discrètement dans la cour et s'arrêta a deux pas de lui. Le jeune homme demanda M. Beauvais et se nomma: c'était M. Delétang. Quand il apprit que Beauvais était absent, il poussa comme un soupir de soulagement et voulut tourner bride; mais l'abbé crut convenable d’insister pour qu'il descendit de voiture. Il le fit entrer et le présenta à Denise. C'était un garçon à tournure un peu rustique, malgré sa toilette de ville. Il n'était ni brun ni blond, plutôt bien que mal, mais timide comme une jeune fille sortant du couvent. Denise, de son côté, ne se doutant de rien. fit des efforts pour être moins sauvage que de coutume. Le prétendu, assis sur le bord de sa chaise. resta pres d'une heure à causer d’une facon monosvllabique, tourmentant sa moustache et regardant constamment l'abbé, à qui, dans son cœur, il vouait une reconnaissance ¢ternelle. Enfin il se leva pour partir, et seulement alors fit connaître le but de sa visite. Il venait, de la part de son père, viter toute la famille à l'assemblée d'Angies, qui devait avoir lieu dans huit jours. Son message délivré, il salua, se trompa deux fois di porte, et init par retrouver son cabriolet, qu'on entendit bientôt passer devant les fenêtres.
Quand Beauvais rentra, le cousin lui rendit compte de la visite de M. Delétang et lui transmit son invitation. “Ah! ah! ... ch bien, dit
tN VA
Beauvais, nous irons à Angles tous quatre, J
vais faire nettoyer le char à bancs et écrire un mo
au pere Delétang, Mignonne Denise, appréte t:
plus belle robe: major, préparez vos jambes, or 5 dansera . . , oui, l’abbé, on dansera ! ”