‹ L'abbé de ChoisyChapitre 43 sur 56 · UN ■ES8A6ER · texte numérisé non relu

UN ■ES8A6ER

être bons à quelque chose. Que ne chargezvous l'un d'eux de ce message? Ils sont gens de résolution. .

— Des fous, des écervelés ! Non, une pareille lettre doit être remise à Diane par un homme sûr. De cette lettre dépend peut-être le bonheur ou le malheur de toute ma vie. La confier à un courrier ordinaire serait imprudent. Qui sait si d^Hosberg. . . ?

Et Tabbé resta rêveur quelques minutes.

Tout d'un coup, il se leva :

— Je l'ai trouvé, dit-il, oui, il n'y a que cet homme à qui moi-même je vais rendre bientôt un service... Je n'ai qu'un mot à dire, un seul nom à prononcer pour qu'il parte à l'instant même !

£t, quittant Bonju , la comtesse descendit dans le salon.

Âv^MeflMenl* .

La société de madame la comtesse des Barres était réunie dans le salon depuis une demi-heure; le jour baissait et les laquais avaient allumé les candélabres. Leur reflet splendide éclairait alors bon nombre de visages provinciaux dont les trois amis de Tabbé ne se faisaient faute de rire.

C'était d'abord madame la présidente, qui avait cru devoir, pour la soirée, changer de toilette, et mourait d'envie de montrer ses diamants; puis une certaine madame de la

4S ÉVÉ.1BMEIITS.

Grise , parée comme une châsse et faisant sonner bien haut sa cousine , madame la baronne de la Percherie , cousine elle-même du marquis de la Thuiilière, gentilhomme campagnard qui possédait bien une meute de trois bassets, mais aucun gibier. Les tailleurs de Bourges auraient pu seuls revendiquer Thonneur d*avoir habillé M. de la Pinsonnière, dont les basques immenses ressemblaient à deux carniers, et son neveu Palamède, possesseur d'un justaucorps orange, serré par une ceinture verte qui lui donnait tout Pair d'un perroquet débarqué au Havre. Les autres hobereaux composant le cercle de la comtesse n'étaient pas moins curieux. Louvigny , d'Harcour et Villeroy ne se souvenaient pas d'avoir rencontré pareilles figures, et s'étonnaient fort que Ghoisy ne les montrât pas pour de l'argent.

Tous ces gens, grâce à la magnificence exquise de la comtesse, avaient largement collatienne ; la chère avait été grande et délicate; la comtesse avant fait venir les musiciens de Bourges, qui avaient exécuté des symphonies.

On avait paru quelque peu surpris que la châtelaine ne fit point les honneurs de ce fes-

tVtlVBHIlVTS. 49

tin matinal; mais elle s'y était montrée un instant : on trouva cela du grand air, et il n'en fut plus question.

Ce soir même , il devait y avoir concert; il se composait d'un dessus , d'une basse de viole , d'un téorbe et d'un clavecin. Le bailli d'épée devançait en lui-même l'heure du feu d'artifice, surprise de son cru qu'il ménageait à la comtesse des Barres. Tout le monde était dans le secret, mais on feignait d'ignorer, quand à l'entrée de la châtelaine dans le salon les instruments commencèrent.

La comtesse des Barres promena d'abord son regard sur les jeunes personnes qui l'entouraient , et dont le matin même eile avait pu voir la blanche cohorte , puis elle échangea un signe d'intelligence avec la fille du bailli. Louvigny et ses deux amis lui baisèrent la main après une présentation cérémonieuse pendant laquelle Choisy eut toutes les peines du monde à ne pas rire , puis le concert s'acheva au milieu des applaudissements de rassemblée.

— Divin ! merveilleux ! s'écria le bailli d'épée. Nous sommes ici dans le palais d'Armide! n'est-ce pas, madame la présidente ?

Pour toute réponse, la présidente tourna le

50 fiTtlVEISRTS.

dos au bailli, avec leqael one demi-heure avant elle avait eu une scène violente. Vainement le pauvre M. de la Plnsonniëre prétendait-il s'excuser; madame de Planterose ne répondait que par ces mots :

— Je l'ai vu !

— Mais enfin, qu'avez-vous vu? demandait le bailli impatienté.

— Je vous ai vu , ingrat , baiser la main de cette comtesse, reprenait la présidente. Ah! mes nerfs, mes nerfs! oh! c'est bien sûr, j'aurai mon attaque! Palamède, donnez-moi mes sels !

Le malheureux bailli essayait en vain de calmer madame de Planterose par tontes sortes de raisons , mais elle se refusait à l'écouter.

— Vous êtes un monstre , disait-elle en se cachant de son mieux sous son éventail ; vous mériteriez que j'apprisse à tous votre conduite !

— Maïs je vous assure , Athénaïs , que la comtesse ne m'a parlé que de Mathilde...

— C'est cela, une belle idée ! La garder ici ! Comme si je n'étais pas sa tutrice ! Mais j'y mettrai ordre : elle partira !

— De grâce, calmez-vous, présidente, on

-"«^arde !

iVtirSHENTS. 51

La présidente respira son flacon, que Palamède venait d'apporter, et jeta à Mathilde un regard si sévère que la pauvre enfant tressaillit de tous ses membres.

— Qu'avez- vous donc , belle maman ? demanda Palamède. On dirait que cette fôte...

Ce nom de belle maman, que Palamède donnait de temps à autre à la présidente, fit sur elle l'effet d'un lénitif ; elle se calma.

La comtesse s'avançait en ce moment de son côté ; madame de Planterose en reçut force compliments sur ses pierreries.

— Vous avez l'air d'un soleil, madame, lui dit la comtesse avec galanterie ; mais me permettrez-vous de vous enlever M. Palamède?

— Gomment donc ! répondit la présidente, étonnée de voir la comtesse réclamer le bras du commis aux eaux et forêts.

— Je vous le rendrai , madame , ajouta Choisy ; je n'ai que deux mots à lui dire.

Palamède, radieux, offrit la main à la comtesse.

— M. Palamède, demanda Choisy, au nombre des personnes qui sont ici, pourriez- vous me désigner M. de Chaville?

— M. de Chaville? reprit Palamède interdit.

53 ÉVtlflVERTS.

— Oui ; je ne le connais pas... on le dît beau cavalier.

— Beau cavalier, madame? c'est selon...

Mais, tenez, le voici, il est là, près du clavecin... mon Dieu, oui, juste en face de mademoiselle Mathilde. Il se place toujours de façon à la bien voir; c'est adroit !

— Quoi! ce jeune gentilhomme?... Par ma foi ! il est fort bien. Vous êtes, je crois, bons amis?

— Pas précisément, madame, ce M. de Cheville a des vues très-ridicules... Croiriez-vous que sans avoir, comme moi, l'honneur de servir l'État... il ose prétendre à la main de...?

— Il suffit, je voulais connaître M. de Chaville. Retournez à votre place, et pas un mot de ceci à la présidente.

Palamède rejoignit madame de Planterose d'un air passablement embarrassé.

— Eh bien ! que vous a-t-elle dit ? demanda la présidente.

— Elle m'a demandé de réciter quelques vers, hasarda Palamède. Pensez-vous, belle maman, poursuivit-il d'un air digne, que je doive me fourvoyer au milieu de ces gens-là ?

La présidente, que les vers récréaient peu, fit observer à Palamède que les violons jouaient

tTlNlMINTS. 53

la courante ; elle lui tendit la main d'un air qui voulait dire : «< Je danserai. »

L'idée d'accompagner la présidente glaça Palamède.

— Belle mantan, répondit-il, vous savez que la danse n'est pas mon fort. Je crains de nuire à votre élégance, et, si vous le permettez, je causerai, ce temps durant, avec Mathilde.

— Force me sera donc de recourir à vous, M. de la Pinsonnière, reprit la présidente.

Les quadrilles commencèrent ; Louvigny pria Mathilde. M. de Ghaville pâlit.

— Répondez-lui que vous êtes souffrante, murmura Choisy à l'oreille de Mathilde.

Mathilde suivit le conseil ; mais elle put voir un éclair de dépit dans le regard de Louvigny.

La comtesse se leva ; elle semblait agitée ; les yeux de cette foule étaient tous fixés sur elle... On eût dit qu'elle avait hâte de s'y soustraire ; elle se retira à l'écart dans son boudoir.

Tirant alors de son sein un petit carnet recouvert de nacre, elle écrivit quelques lignes au crayon- sur un feuillet...

— C'est cela, dit-elle , et maintenant a la grâce de Dieu !

54 ÉTKlfBUirTS.

Choisy déposa ce carnet sur le clavecin, c'était la place que venait de quitter M. de Chavllle. Le refus de Mathiide, que Louvigny attribuait au jeune homme , lui paraissait le présage d*une explication inévitable; il se tenait alors auprès de Taimable fille, résolu à ne le céder en rien à Louvigny. Déjà Villeroy et d'Harcour s'étaient rapprochés de leur ami par un mouvement spontané, lorsque Pala-* mède, furetant auprès du clavecin, trouva le carnet.

— Vivat ! s'écria-t-il après en avoir lu la première feuille et en l'apportant à la présidente. Que pensez-vous de ceci, belle maman? Quand je vous le disais, j'en étais sur !

— Qu'est-ce donc? parlez, de grâce, Palamède !

— Gomment ! ces lignes au crayon ! Vous ne lisez pas? C'est pour M, de Chavillel

— Et que disent-elles, voyons ?

— Parbleu ! que dans un quart d'heure, juste au moment du feu d'artifice... il ait à se trouver dans l'orangerie... Vous comprenez. . . c'est une dame ! elle signe: «< Une inconnue ! »

— C'est ma foi vrai ! Quelque intrigue ! Et vous ne soupçonnez pas?

— Non, vraiment; il y a ici tant de

tVÉNSMElVTS. 55

dames!... Et vous, parbleu! bailli /vous ne devinez pas non plus qui ce peut être?... C'est égal, je m'en vais porter ceci à mademoiselle Mathilde ; il n'y a pas de mal à ce qu'elle sache ce qu'est ce Chaville !

— Arrêtez, monsieur ! murmura tout d'un coup derrière Palamède une voix qui le lit pâlir ; du moment que ce carnet portait mon nom, vous ne deviez pas l'ouvrir. Je vous écoutais ; vous êtes un lâche !

— Un lâche ! moi ! par exemple ! s'écria Palamède ; je suis officier du roi !

— Eh bien ! je suis prêt, monsieur, à vous rendre raison, reprit Chaville en lui arrachant le carnet.

— Et je serai votre second , M. Palamède, ajouta Louvigny en survenant. Si M. de Chaville est pointilleux , je vois que vous l'êtes aussi. Je suis à vos ordres...

— Qu'est-ce donc, messieurs? un duel ! reprit la comtesse en s'a vançant. Apprenez qu'on ne se bat pas a Crépon. M. le bailli, je requiers votre autorité.

— Rassurez-vous , madame la comtesse, je ne me bats jamais, reprit Palamède. C'est mon idée.

— Quoi, monsieur! dit Louvigny étonné...

56 ÉYÉRSHBIfTS.

— Oui... je vous remercie, dit Palamède. Monsieur, ajouta-t-il en montrant Ghaville, est jaloux de moi parce que je fais des vers ; il n'en fait aucun : le combat eût donc été inégal !

Louvigny s'éloigna de Palamède avec un geste de mépris.

Palamède, furieux, avait rejoint la présidente. En ce moment le bruit de plusieurs fusées couvrit sa voix : c'était le prélude du feu d'artifice.

— Vous ne venez pas m'aider, mon neveu? reprit le bailli ; vous savez cependant qu'il y a un transparent...

— Allez au diable ! reprit Palamède , avec votre transparent. Ce matin je suis tombé dans l'eau ; il ne me manquerait plus ce soir que de tomber dans le feu î J'ai d'ailleurs un plus no-

objet à vous proposer , bailli , et à vous aussf , madame la présidente. Mademoiselle Mathilde n'est pas même de trop; il faut qu'elle voie de ses deux yeux comment on l'abuse...

— Que voulci^-vous dire? reprit le bailli.

— Que pendant ces premières chandelles romaines , bonnes à amuser le vasselage de Crépon , nous allc^ns , nous quatre , gagner le

tVilfEHIlfTS. 57

coin de Torangerie. L'ombre est fort épaisse de ce côté ; c'est là que cet infernal Chaville...

— M. de Chaville?... interrompit Mathilde, eh bien ?

— Eh bien , ma cousine , vous allez le voir en ce lieu aux pieds de quelque belle dame, lui parlant, la conjurant , comme il vous parle sans doute et vous conjure quelquefois...

— Vous êtes fou, monsieur; cela est impossible, dit Mathilde avec dépit, on ne calomnie pas sans être sûr... oui , c'est là le fait d'un lâclie !

— Un lâche!... balbutia Palamède, elle aussi... elle a dit lâche !... Ah ! mais nous verrons, ou plutôt vous verrez! Suivez-moi, marchons... là , de ce côté, ajouta Palamède en se dirigeant vers l'orangerie. Mais où donc est-il , ce cher bailli, où est-il?...

Palamède regarda vainement ; M. de laPinsonnîère avait disparu déjà dans un flot de la foule.

— Chère Mathilde, reprit la présidente d'un . ton doucereux , il n'y a pas de mal à ce que vous vous instruisiez de la perfidie de M. de Chaville... J'ai toujours soupçonné qu'il faisait la courà la fille de madame l'élue...

— C'est une imposture, madame ; puisque

58 ÉTtlfEMENTS.

VOUS voulez le savoir, M. de Chaville n'aime que moi ! répondit Mathilde, à qui cependant le cœur menaçait de manquer.

Pendant que nos trois personnages s'acheminaient vers le bâtiment de Torangerie, la comtesse, arrivée la première dans cet endroit, attendait encore Chaville.

— Viendra-t-il? se demandait Choisy ; oh 1 oui, j'en suis sûr, il a du cœur ! C'est l'homme qu'il me faut ; il verra Diane, il lui remettra la lettre de Mathilde!... Le voici , c'est bieo Chaville!

Un bruit de pas retentissait en eflPet; la comtesse alla elle-même au-devant du jeune homme.

— Par ici, dit-elle en l'attirant vers unbos-^ quet ombragé d'épaisses touffes d'acacia, et qui attenaît à l'orangerie.

— La comtesse des Barres ! murmura Chaville étonné.

— Elle-même , monsieur ; c'est moi , je l'avoue, qui vous ai écrit... et vous devez m'en vouloir. J'ai été bien prés de vous valoir une querelle.

— Ne parlons pas de cela, madame, reprit noblement le jeune homme ; qu'y a-t-il? que puis-je pour votre service?

KVtmilEIlTS. 50

— M. de Ghaville , poursuivit la comtesse, vous paraissez noble, décidé. Mademoiselle mathilde ne vous est pas indifférente, je le sais...

— Quoi! madame, on vous a dit... ?

— Oui , Mathilde elle-même m*a demandé mon intervention en cette affaire. Eh^bien! M. de Ghaville, Mathilde a une amie, une amie bien chère qui habite à deux lieues d'ici l'abbaye du Val. Voici une lettre qu'elle lui écrit, cette lettre doit lui être remise le plus tôt possible. Voulez- vous vous en charger?

— Moi, madame ! reprit Ghaville étonné.

— Oui, vous... je ne puis expliquer encore l'importance de ce message pour Mathilde d'abord, ensuite pour moi... Je ne puis que vous prier...

— Il suffit , madame , parlez , je suis à vos ordres.

— Vous connaissez la route de l'abbaye?

— A merveille. '

— Vous trouverez un cheval tout sellé dans récurie...

— Il faut donc partir à l'instant même?

— Oui... Ah! j'oubliais; il y a , au besoin, des pistolets chargés dans l'arçon de la selle... On ne sait pas ce qui peut arriver. Vous

60 ÉVÉlflMKIfTS.

n'êtes pas d'ailleurs comme M.Palamède, vous ne faites pas fî des armes !

Ghavilie sourit.

— Moi , pendant ce temps , ajouta la comtesse, je veillerai sur Mathilde, et saurai bien forcer le consentement de son père ! Vous le voyez , monsieur , service pour service ; dès demain nous serons quittes !

Ghavilie s'éloigna , et presque au même instant des pas retentirent dans l'ailée voisine. La comtesse des Barres se trouva tout d'un coup devant le bailli d'épée.

— Vous ici, bailli ! vous nous écoutiez ?

— Qui? moi! j'en suis incapable, madame la comtesse; je venais... je vous cherchais... pour vous dire qUe l'on va tirer le feu d'artifice... Je voulais être le premier à vous offrir mon bras, si vous daignez le permettre...

— Comment donc , bailli , vous serez mon chevalier...

£n disant ces mots, la comtesse passa son bras sous celui de M. de la Pinsonnière.

— Par ici ! dit uiie voix & deux pas d'elle ; venez, belle maman , et vous, ma cousine, ils sont là !

Il y eut un bruit dans les massifs, et presque au même instant la comtesse se vit entourée

ÉVftlIEllBlITS. 61

par trois figures qu'éclairaient les premières bombes de l'artifice.

L'expression de ces divers personnages passa tout d'un coup de la curiosité à la stupeur, quand ils aperçurent le bailli donnant le bras à la comtesse d'un air triomphant.

— Vous êtes un niais , Palamède, s'écria la présidente furieuse.

— Vous êtes un maladroit, mon cousin, reprit Mathilde.

— Mon oncle ! balbutia Palamède pétrifié.

— Eh bien, madame la présidente, vous ne venez pas voir le feu? demanda le bailli en continuant sa marche.

— Arrêtez ! M. le bailli; il ne s'agit pas du feu d'artifice, répondit aigrement la présidente, mais bien de notre départ, qui doit avoir lieu à l'instant même. La berline est prête; faites vos adieux à madame la comtesse.

*— Quoi ! madame, reprit la comtesse, y pensez-vous ? nous quitter si vite ! J'espère au moins que vous ne m'enlèverez point mademoiselle Mathilde? Bailli, je vous somme de tenir votre promesse.

— Désolée, madame la comtesse, mais cette promesse ne peut avoir aucune valeur. Depuis son séjour ici, M. de la Pinsonnière est

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trop troublé poar savoir ce qu'il fait et ce qu'il dit.

— Comment, présidente ! objecta le bailli.

— Je sais ce que je dis, monsieur. Vos droits sur Mathilde doivent tomber du moment que vous oubliez tous vos devoirs!

— Par exemple! reprit M. de la Pinsonnière furieux.

— Calmez-vous , bailli , dit subitement la comtesse; et puisque madame la présidente veut partir... on ne retient personne à la seigneurie de Crépon.

— Oh ! mon Dieu ! partir ! murmura à voix basse Mathilde à Toreille de la comtesse, et Diane qui va venir !

— Soyez tranquille, je la recevrai.

— Le bouquet ! cria Palamède. Partironsnous donc avant le bouquet, belle maman?

Palamède venait à peine d'achever ces mots, qu'une pluie violente, accompagnée de lourds éclairs, vint se mêler au tintamarre des bombes d'artifice et forcer la compagnie de la comtesse à chercher refuge dans les salons. Les fusées, les girandoles et le transparent du bailli se virent bientôt éteints par cette rafale violente ; les cris et le tumulte furent à leur comble ; en quelques secondes; les jardins et. le parc de

ÊTtniHENTS. C3

Crépon forent submergés. Le bailli contemplait cette scène de désolation avec une joie secrète ; madame de Planterose cachait mal sa rage ; Hatbîlde avait peur des coups de tonnerre, et Choisy riait sous cape.

Quant à Palamède , debout et drapé dans son manteau, il méditait une ode sur l'ouragan.

— Vous le voyez , mesdames , reprit galamment la comtesse , le temps conspire contre vous, madame la présidente, il est pour moi!

— Cette femme-là, murmura la présidente, a le tonnerre à ses ordres l

— Bonju , s'écria la comtesse à son intendant qui s'avançait, allons, vite, disposez des chambres... Madame la présidente, m'excuserez-vous de vous retenir? Vous ne m'en voudrez pas, je vous loge cette nuit prés d'un bien mauvais sujet !

Madame de Planterose regarda avec terreur Louvigny qui venait d'entrer. De son côté, Louvigny implora l'abbé d'un coup d'œil pour lui épargner une pareille bonne fortune.

— Rassurez -vous, dit la comtesse à la pré* sidente^ après s'être amusée de son embarras,

61 irtHIMBHTS.

ce mauvais sujel n'est aatre que M. le baUli . . . Quant à yods, mademoiselle..., r^rit-elie en se tournant vers Mathilde.

Un coup de tonnerre éclatant vint interrompre la phrase commencée de la comtesse.

— Ah ! madame, madame ! s'écria Mathilde alarmée , avez-vous entendu ce coup de tonnerre? J*ai peur, j'ai bien peur ; quelle nuit affreuse ! (A ! je ne vous quitte pas !

Et comme une colombe effarouchée , Mathilde, palpitante, se pressa contre le cœur de la comtesse.

— Rassurez-vous , mon enfant , se hâta de reprendre celle-ci ; il y a une chambre près de la mienne, et si vous Tacceptez...

— Ah! merci, merci, madame la comtesse, répondit Mathilde , merci ; que vous êtes bonne !

— Des flambeaux, Bonju, et que l'on conduise mes nobles hôtes !

Le bailli, armé d'un bougeoir, offrit le bras à la présidente, que Louvigny, Yilleroy et d'Harcour éblouissaient également de leurs lumières. La comtesse gagna sa chambre en précédant Mathilde ; et , arrivée sur le seuil , elle lui montra la porte du cabinet attenant à

tYtNBllBlITS. 65

cette pièce. L'orage continuait, et le vent menaçait d'éteindre les bougies.

I La jeune fille entra dans le cabinet précipi-

tamment.

iKa hmiie de» QPMire EMupê.

Une fois à cheval, mille pensées diverses agitèrent Henri de Chaville. L'importance du service qu'il rendait à la comtesse, le mystère de ce message, la personne devant laquelle le jeune homme allait se trouver, fout, jusqu'au séjour de Mathildeâ la seigneurie de Crépon, était bien fait pour déconcerter un autre que lui; mais, nous l'avons dit, la figure de notre amoureux ti^nchait d'une façon hardie et saillante SUT celles des provinciaux admis dans la

68 LA HOTTI DBS QVATBB LOUPS.

maison du bailli; c'était une de ces natures fermes et grandes qui font une tache sur la teinte neutre des petites villes.

Chaville était bon cavalier, il donna Tessor à la fougue de sa monture, qui bientôt dévora Fespace. C'était un cheval que Choisy s'était réservé pour lui-même en cas de poursuite ; il l'avait acheté du prince de Guémenée.

Cependant l'orage, au lieu de discontinuer, semblait depuis quelques instants avoir redoublé de violence ; le chemin formait à la lettre un large ruisseau sur lequel se brisait la bande lumineuse des éclairs. Le sable amoncelé dans cette route difficile se soulevait de lui-même en trombes menaçantes, et le cheval avait peine à avancer.

— On a bien raison dédire, pensa Chaville, qu'il n'y a que les femmes pour nous engager dans les mauvais pas. Plus de deux lieues de chemin, la nuit, par un temps pareil ! Car je ne vois guère, ma foi, que la hutte des Quatre Loups dans laquelle je puisse chercher un abri : une maison de garde isolée au milieu d'une vaste clairière. N'importe, j'irai jusquelà, et dussé-je y passer ta nuit, je porterai la lettre de la comtesse à l'abbaye du Val, dont je connais la supérieure. Miséricorde ! je suis

LA aDTTB DBS QOATBB LO0P8. 69

bien sûr qn'il n'y a que moi à cheval par ce tempfr-ci.

En prononçant ces paroles, Cbaville retourna machinalement la tête en arrière, et il ne fut pas peu surpris de voir, à une distance assez lointaine de lui, deux points noirs qui ressemblaient à deux hommes.

. — Allons, se dit-il, je ne suis pas le seul qui ait du courage! Ces deux cavaliers vont aussi contre le vent et la pluie : ce sont peut-être deux fermiers berrichons qui font route ensemble. Le temps n'est guère propre à lier avec eux conversation.

Le jeune homme éperonna son cheval et ne tarda pas à se trouver au milieu d'un sentier pierreux où la noble béte ne posait le pied qu'avec répugnance. La foudre grondait au loin, et le manteau de Chaville ruisselait de pluie. Des arbres déracinés par le choc de l'ouragan lui interdisaient le passage ; il mit fied à terre, et traîna le cheval par la bride.

— Pour une monture de femme, celle-ci n'est pas des plus faciles ni des plus soumises. J'aime à croire que la comtesse des Barres la laisse à son écuyer. En tout cas, la selle est scrupuleusement garnie, et s'il prenait fantaisie à un voleur de m'attaquer...

70 LA HDTTB iBS QUATBB LOOK.

Un sifflement aiga interrompit le jeune homme, c'était celui du vent se coudiant d'abord sur la plaine, puis se relevant tout d'un coup rapide, irrité, et faisant voler autour de lui des nuées de sable. Ghaville était remonté à cheval, et manœuvrait de son mieux contre ce terrible lutteur, quand il crut entendre derrière lui des pas rapprochés. Sous la lueur de rédair, il distingua bientôt deux cavaliers enveloppés soigneusement de leurs manteaux, et qui s'avançaient à toute bride du côté d'un petit bois qui bordait. la route. Quand ils eurent tourné l'angle du chemin, Ghaville les perdit de vue.

Le cheval qui le portait venait en ce moment même de ralentir son allure, comme si ses naseaux eussent flairé le soufre , il refusa d'avancer.

Ghaville n'en tint compte, et pressa ses flancs avec vigueur ; mais à quelques portées de fusil de la hutte des Quatre Loups, il se trouva engagé dans un terrain sablonneux, tel que ceux qu'on rencontre trop souvent en Berry et en Sologne. Déjà sa monture en avait jus* qu'au poitrail, quand une de ces bourrasques inattendues que soulève Fouragan l'enveloppa tout d'un coup. Aveuglé par la poussière, le

LA HOTTE DES QUATIB LOOPS. 7t

cbeval roula avec son cavalier dans un ravin. Ghaville poussa un cri.

 peine sortait-il de la poitrine du malheureux jeune homme qu'une voix forte et sonore lai répondit. Ghaville leva la tête.

— Par ici , monsieur, par ici, lui disait-on, sans cela vous êtes perdu !

Un effort désespéré arracha bientôt Ghaville des profondeurs du fossé, il se leva les bras meurtris, le front pâle. Soudain, son bras étendu au milieu de ces ténèbres trouva une main, puis il entrevit un homme en manteau qui l'aidait à se remettre en selle en contenant son cheval. L'orage prêtait alors au visage de cet inconnu un caractère sombre et bizarre. Ses cheveux déjà grisonnants étaient fouettés par le vent sur son front, sa main était large et rude. Le cavalier qui l'accompagnait tenait son cheval à quelque distance près d'un saule déraciné.

L'inconnu avait une épée, et de plus Ghaville remarqua deux pistolets à l'arçon de sa monture.

Après avoir dit quelques mots en langue étrangère à celui qui paraissait son domestique, il pria Ghaville de permettre qu'il marchât à ses côtés.

7i LA mutib ou quatbb loufs.

— La roate est longae encore, reprit-il, si monsieur ne couche pas à la hutte des Quatre Loups. Vous allez plus loin, peat-étre? poursuivit-il en examinant Ghaville.

— C'est à l'abbaye du Val que je me rends, reprit le jeune homme.

— Et TOUS venez?

— De Crépon.

L'inconnu fit un geste d'intelligence à l'homme qui le suivait.

— Je ne m'étais pas trompé, murmura-t-il, c'est bien lui.

— Permettez-moi, monsieur , de vous remercier de votre généreuse assistance. Sans vous, j'en suis sûr, je courais un grand danger, et je n'eusse pu m'acquitter d'un message d'importance.

— En effet, monsieur, il faut un motif bien urgent pour se hasarder sur cette route par un temps pareil ; mais monsieur va voir peutêtre à Fabbaye du Val une parente, une amie? Je ne connais pas le couvent; mais on dit sa règle austère. Pensez-vous qu'à cette heure indue la tourière vienne ouvrir? •

— Il le faudra bien, répondit Chaville d'un ton décidé ; je suis porteur d'une lettre...

— Ah! vous êtes porteur...

l& IQTTI BU QVATIK L0VP8. 7S

— Oui, monsieur ; et ce sera bien grâce à vous...

Nos trois cavaliers se trouvaient alors devant une misérable cabane où brillait un jet de lumière. C'était la hutte des QucUre Loups, maison d'un garde forestier de Tarchevéque où les braconniers et les voituriers venaient boire parfois durant la nuit. En la voyant, Ghaville laissa échapper une exclamation joyeuse.

— Mattre André me connaît, dit-il; nul doute qu'il ne nous fasse bonne chère et grand feu. Youlez-vous bien que je vous présente A lui, monsieur? ajouta le jeune homme en souriant.

— Gomment donc ! j'accepte et de grand cœur , reprit l'inconnu. Le temps de nous sécher, car je dois aller cette nuit même à une lieue avant l'abbaye du Val ; et pour vous, monsieur, vous devez être pressé d'accomplir votre message...

~ Oui, répondit Ghaville, mais je ne suis pas d'humeur à vous devoir deux fois la vie! Ce sont là des dettes qu'on ne doit pas renouveler, mon cher monsieur!

L'inconnu ne répondit point, il descendit de cheval à la porte de mattre André avec Ghaville.

74 L4 urm BIS ooatwe Locrs.

— Cest moi, dît le jeune homme aa garde forestier, ooirez !

Maitie André survint, fort étonné de ce que deox voyageors osassoit fidre route côte à côte par ce mauvais temps. Le toit d'un bâtiment voisin Tenait de se voir emporté, et il ne doutait pas que Taube n*éclairàt des scènes de désastre. Il alluma un large feu de bruyère, de feuilles sèches et de pommes de pin en ùlsant vingt signes de croix.

— Ces pauvres demoiselles de Tabbaye du Val, reprit-il, c'est elles qui ont peur du tonn^re! Je gage qu'elles tremblent dans leurs dortoirs! La supérieure est bien prés de mourir, avec cda !

— J'en serais fort triste, répondit Chaville, c'était une amie de ma famille... Ah çà ! maitre André, vous avez vos entrées dans l'abbaye, vous leur fournissez le bois ?

— Oui, certes, mais je puis dire que jamais ma fille Pimpette ne fera partie de cette communauté-là quand elle sera grande, dût l'envie lui en prendre comme à cette jeune novice qui est venue ici l'hiver passé...

— Et quelle est cette novice ?

— Une belle femme, monsieur! La dame âgée qui l'amenait en poste avec elle avait

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du être belle, oh! bien belle aussi, dans son beau temps. Elles se sont arrêtées là, elles se sont assises sur Tescabeau où vous êtes. La plus jeune pleurait bien fort, mais sa mère, car c'était sa mère, lui disait : « Allons, ma fille, il n'y a que ce moyen ! Là, du moins, tu seras heureuse et à l'abri de ce méchant homme qui nous obsède ! » En parlant ainsi, elle regardait toujours derrière elle, comme si elle eût craint d'être poursuivie.

— Vraiment ?

— Oui, mais une fois entrée à l'abbaye, voilà que sa fille , à laquelle la supérieure offrait un bon lit, a répondu : u Ma mère, c'est sur le plancher que je veux coucher; ma mère, je vous le dis, j'ai à expier un grand crime ! J'ai aimé quelqu'un que je ne devais pas aimer, il m'a méprisée, et pourtant je Tairne encore ! Je veux m'en punir, je veux dans trois mois être l'exemple du couvent ! )» Et elle a tenu parole ; il n'y a pas, monsieur, d'austérités qu'elle n'imagine. Une cruche et un pain lui durent le triple des autres. Tant y a, qu'elle est changée, mais changée à ne pas la reconnaître! Par exemple, elle n'a qu'une amie, une jeune fille à laquelle elle s'intéresse. « Père André, me disait-elle encore hier,

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tenez, je donnerais tout pour que mademoiselle Mathilde fût heureuse ! »

— Mathilde? demanda ChayiUe, comment!

c'est Mathilde?

^- Mon Dieu, oui ! parbleu ! la fille de notre bailli d'épée !

— Et cette religieuse se nomme?

— MademolseUe Diane d'Herfort... Mais qu'avez-vous donc? vous trouvez*yous mal? Aussi, vous ne buvez pas de mon vin , vous avez besoin pourtant de vous réchauffer.

— Mademoiselle Diane d'Herfort ! murmura Ghavilie à part ; elle est Tamie de Mathilde, et c'est entre ses mains que je dois remettre ce message... Ah ! dût la foudre broyer les pierres du chemin, à cheval l il faut que j'arrive !

Et se tournant vers l'inconnu :

— Je suis prêt, monsieur; il me semble que nous n'avons plus rien à faire chez maitre André.

— Vous avez raison, et d'ailleurs le temps s'est éclairci. Partons donc.

Chaville s'élança sur son cheval, et l'inconnu le suivit. Le troisième cavalier , qui les escortait, les arrêta tout d'un coup.

— Voyez donc, dit«il, voyez donc ce qui se passe devant vous !

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Le terrain qui se déroulait aux r^ards de nos voyageurs présentait, en effet, Taspect d'une inondation. Çà et lÂ, des sentiers effacés par la trombe de Torage, des ravins pleins d*ean, des toits et des champs submergés ; puis, sur cet océan éclairé de temps à autre par la lueur mourante des éclairs, d'informes débris, des sapins, des arbres verts, enfin nulle voie au milieu de ces ténèbres. Les chevaux en avaient jusqu'aux genoux pour s'être avancés seulement de quelques pas.

L'abbaye du Val se dessinait devant nos voyageurs avec ses flèches blanchâtre^ sur ce fond d'un noir de suie. Si la pluie avait cessé, le spectacle désolé de cette campagne était loin d'être rassurant ; aussi le compagnon de Chaville prit-il le parti de retenir sa monture. Mais l'impétueux jeune homme, résolu à ne pas retourner en arrière, s'enfonça bientôt dans cette plaine envahie parle déluge.

— Rassurez* vous, cria-t-il à son compagnon de route ; il y a un Dieu sans doute pour les gens qui vont à l'abbaye ; laissez^moi.

Le cavalier, qui suivait Chaville du regard et qui ne semblait pas moins décidé que lui, imita son exemple, et donna l'essor au cheval qui le portait. Mais de nouveaux obstacles as-

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saillirent en ce moment nos hardis aventuriers, et ils trouvèrent le passage coupé par un pont de bois qui venait de s'écrouler.

— Vous le voyez, monsieur, reprit le compagnon de Chaville, nous voilà cette fois bien prévenus que le ciel s'oppose à ce que nous avancions. €e serait le tenter imprudemment, et nous exposer à la noyade. Croyez-moi, un bon gentilhomme comme vous ne doit pas jouer sa vie pour si peu, regagnons la grande route. Voici mon valet, c'est un garçon sûr, il portera votre message à l'abbaye !

En même temps l'inconnu indiquait du doigt à Chaville l'homme qui les suivait, et qui sur un signe de son maître les rejoignit aussitôt.

— Eh bien, monsieur, demanda l'inconnu à Chaville, vous vous rendez, n'est-ce pas, à mes raisons?

— Impossible, monsieur, je demeure esclave de ma parole, répondit le jeune homme avec fermeté ; j'ai promis de remettre cette missive, et nul péril ne m'arrêtera !

— Ainsi, vous me refusez ?

— C'est mon devoir. Il m'en coûte, croyezle, de ne pas céder à vos instances ? Je vous remercie de votre escorte, adieu I

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Ces mots à peine dits, Chavilte rassembla les rênes de son chevaL

— Arrêtez ( monsieur, arrêtez ! lui cria son compagnon. La feinte est inutile, ajouta-t-il en se cramponnant à la bride de la monture du jeune homme, cette lettre, il me la faut !

En parlant ainsi, l'homme se plaça devant Chaville, le pistolet au poing; son valet le rejoignit.

Par un mouvement plus rapide que la pensée, Chaville fit décrire une volte foudroyante à son cheval, et, piquant des deux, il se trouva bientôt à distance de ses agresseurs.

Deux coups de feu retentirent en même temps dans la plaine.

Chaville se sentit blessé, son cheval perdait du sang. Il n'hésita pas, et sautant à bas de sa monture, il lâcha dans l'ombre deux coups de pistolet sur ces bandits. Le cheval blessé au poitrail alla rouler au fond d'un ravin, Chaville épuisé gagna l'arche du pont de bois qui menait à l'abbaye.

Il était blessé au bras gauche, le sang coulait par sa manche en abondance...

Les deuxcavaliers avançaient toujours ; déjà ils n'étaient plus qu'à quelque distance de l'arche à demi couverte par l'onde.

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