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e vénérable aumônier des Franciscaines, descendu il y a quelques mois dans la tombe, et dont l'Eglise de Québec pleurera longtemps la perte, n'était pas seulement un prêtre très distingué par son savoir, son esprit, ses manières courtoises, et par son zèle généreux pour les oeuvres de foi et de grâce auxquelles il avait voué son âme. Il brillait au premier rang parmi ceux qui ont reçu du ciel le don précieux de la parole.
Ce don, chez l'abbé Paquet, était vraiment remarquable ; et il a fait pendant longtemps, de cet ecclésiastique instruit et disert, le premier de nos orateurs sacrés. Il lui a permis de s'illustrer dans tous les genres d'éloquence religieuse, soit dans l'homélie, soit dans le sermon, soit dans la conférence, soit dans l'éloge funèbre ou le discours de circonstance. L'abbé Paquet ' écrivait relativement peu.
Sa grande facilité de parole le dispensait, dans la plupart des cas, de ce qui, pour plusieurs, est une nécessité et une servitude. Aussi ne reste-t-il de toute son œuvre oratoire, avec beaucoup de plans et de canevas et de substantiels tableaux d'idées, que de rares discours rédigés intégralement. Et ces quelques textes eux-mêmes, l'auteur dans sa modestie les jugeait pour la plupart indignes de la publicité et eût voulu, avant de mourir, leur infliger le sort des objets de rebut.
Des mains pieuses ont sauvé de la destruction ces restes de sa pensée et ces échos de sa parole. Et Ton demande avec instance que, faisant aux volontés du cher défunt une douce violence, nous dressions en quelque sorte l'inventaire de cet héritage, afin d'en conserver dans des pages durables ce qui peut être tout à la fois un mémorial pour l'histoire et un sujet d'édification pour les âmes religion-
Nous n'avons pas cru devoir nous dérober à cette sollicitation inspirée par de si purs motifs. Et voilà pourquoi nous offrons ici au lecteur indulgent, en même temps qu'un bref aperçu sur l'œuvre oratoire accomplie par l'abbé L.-H. Paquet, ceux de ses discours et de ses
nions que nous avons pu retrouver et qui nous ont paru pouvoir figurer dans un recueil intime et modeste.
La carrière d'orateur sacré de l'abbé Paquet s'ouvre, après son retour de Rome où il était allé étudier les sciences ecclésiastiques, par un sermon sur V amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ qu'il prononça en 1867, et où le futur fondateur de l'œuvre des Sœurs adoratrices du Très Saint Sacrement à Québec prêchait déjà d'une façon très nette, en s'appuyant sur le Concile de Trente, la doctrine de la communion fréquente et même quotidienne si hautement remise en force par Pie X.
Contraint par l'état de sa santé d'aller passer les hivers de 1868 et 1869 dans le sud des Etats-Unis, l'abbé Paquet n'y fut pas inactif. Son grand talent lui permit bientôt de parler la langue anglaise non seulement avec une parfaite aisance, mais avec une correction étonnante et une remarquable justesse d'accent. On l'invita plusieurs fois à prêcher dans les villes où il séjourna, et nous avons retrouvé le texte à peu près complet de trois sermons qu'il fit en anglais, l'un à Augusta, les autres à Savannah. Il a laissé de plus, sous forme de notes et d'ébauches, une série d'instructions catéchistiques anglaises données aux enfants de l'école dominicale d'Augusta. Et lorsque notre catéchiste canadien dut quitter ce théâtre si
intéressant de son zèle, les pères de famille reconnaissants s'assemblèrent pour lui marquer leur gratitude et lui témoigner par un magnifique cadeau combien ils avaient apprécié l'effet bienfaisant de sa parole.
Rentré à Québec où devait s'écouler toute sa vie sacerdotale, et fort de l'expérience qu'il avait acquise dans le maniement de la langue anglaise, l'abbé Paquet prononça un grand nombre de sermons anglais, tantôt à Saint- Patrice, tantôt à la chapelle militaire, tantôt à Saint-Romuald, tantôt à Sillery, tantôt au Couvent de Bellevue, tantôt à l'Asile des Aliénés. Il se chargea même en 1876, le soir de la Saint-Patrice, à Sillery. de l'allocution de circonstance ; et quelques débris de ce discours qui nous sont tombés sous les yeux prouvent avec quel tact, quel sens de l'opportunité, et quelle chaude et vibrante4 éloquence l'orateur sut toucher la corde du patriotisme irlandais.
Mais ces sermons et ces allocutions pronon par l'abbé Paquet dans une langue qui n'était pas la sienne, ne sont que des incident- dans la carrière de l'illustre orateur. C'est en français que sa parole lit si souvent le tour des chaires de la ville de Québec et de mainl chaires du di< cèse et produisit partout l'impr< ssion la plus profonde.
Dans l'été de 1868, il accepte de faire, devant les fidèles de sa paroisse natale, Saint- Xicolas, une brève et persuasive homélie pour le dixième dimanche après la Pentecôte. Plusieurs fois, dans la suite, ses coparoissiens auront l'occasion de l'entendre, et toujours avec la même fierté joyeuse, et la même respectueuse avidité.
Dans l'automne de 1869, des notes incomplètes nous le montrent donnant aux dames Ursulines et à leurs élèves deux instructions, l'une sur le dix-neuvième dimanche après la Pentecôte, l'autre sur la Présentation de la Très Sainte Vierge.
En 1870, sa renommée semble déjà faite, et l'écho bienfaisant et conquérant de sa parole lui attire de partout des invitations pressantes. Il parle à la Cathédrale (le jour de l'Epiphanie), au Séminaire (le jour de la Saint- François de Sales), aux Ursulines, à Saint- Joseph de Lauzon, à l'Hôtel-Dieu, à l'ouverture du Mois de Marie (Cathédrale et Saint- Roch), et pendant l'Avent (en ces deux mêmes églises). Il prêche une retraite aux élèves du Pensionnat de Saint-Roch ; et il prononce deux grands discours de circonstance, le premier, le 24 juin, dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, à l'occasion de notre fête nationale, le second, le 18 octobre, dans la chaire de la Cathédrale, à
l'occasion du service de Mgr Baillargeon, archevêque de Québec. Voici comment Y Evénement (25 juin 1870) appréciait l'allocution patriotique de notre éloquent compatriote : " Le sermon de circonstance a été prononcé par l'abbé Louis Paquet, dont on connaît la diction élégante et mesurée, l'éloquence sobre, la parole pleine de charme et de sincérité. L'orateur a été admirablement inspiré. Son discours sortait du cadre ordinaire des sermons de Saint-Jean-Baptiste ; on n'y retrouvait pas ces lieux communs dont, involontairement, commencent à s'impatienter même les auditeurs les plus bénévoles, mais des observations justes, des aperçus nouveaux, des rapprochements ingénieux et des considérations vraiment élevées. " L'éloge funèbre de Mgr Baillargeon fut également très goûté. On y admira ce jeune orateur (l'abbé Paquet n'avait encore que trente-deux ans) à l'apparence frêle et maladive, mais dont la parole puissante e1 maîtresse savait déjà s'élever à la hauteur des plus graves sujets et subjuguer, par la vigueur de la pensée et le charme singulier de L'élocution, les esprits et les auditoires les plus cultivés. C'est en 1870, pendant Le carême, qu'eurent lieu à la chapelle du Séminaire, Les conférences
faites par le brillant professeur de Laval, et son frère l'abbé Benjamin, sur la Foi et la liaison.
conférences qui attirèrent un auditoire considérable et furent suivies avec le plus vif intérêt. Nous en publions plus loin deux, de l'abbé Louis- Honoré. Le Courrier du Canada (8 avril 1870) appréciait comme suit ces conférences : " Bon nombre de nos plus respectables citoyens ont été fidèles à les venir écouter. Nous avons pu recueillir de la bouche des éminents orateurs, MM. les abbés Paquet, de nobles et grandes idées sur la puissance de la raison soumise à la foi. La conférence d'hier surtout a été, nous le croyons, la plus magnifique. Les idées si bien exprimées sur la nécessité de l'intolérance religieuse doivent avoir dessillé bien des yeux prévenus. ' Suivons l'abbé Paquet pendant l'année 1871, plus féconde peut-être encore que la précédente. Tous les loisirs que lui laissent l'enseignement dogmatique dont il est chargé, et ses fonctions d'aumônier du couvent de Bellevue qu'il remplit depuis deux ans, notre abbé les consacre à l'œuvre d'une prédication de plus en plus active et de plus en plus fructueuse. Il apparaît à deux reprises dans la chaire de la Cathédrale ; il prêche à une bénédiction de cloches dans l'église de Sillery, et à l' Immaculée-Conception dans l'église de Saint-Roch ; puis les couvents de Saint-Roch, de Jésus-Marie, de Bellevue, des Ursulines, se disputent tour à tour le plaisir de l'entendre soit en des sermons isolés, soit en des
instructions suivies. La prédication de la retraite annuelle des écoliers, au Petit Séminaire de Québec, lui est confiée. Le 20 juin, l'Université Laval, voulant célébrer avec éclat le 25 e anniversaire de l'élévation de Pie IX au souverain Pontificat, conviait le public à une solennelle manifestation littéraire et musicale. L'abbé Paquet y parla, et comme toujours, avec grand succès. Voici ce que le lendemain l'un des journaux de la ville en disait : " M. l'abbé L.-H. Paquet a fait ensuite un discours de circonstance. L'orateur a été très applaudi. Il a de l'énergie et de la grâce dans le geste, de l'élégance et de la pureté dans la diction. Il a eu des traits hardis et brillants qui ont enlevé l'auditoire.1" Cette même année, l'abbé Paquet était appelé à faire, dans l'église de Saint- Jean- Baptiste, le sermon traditionnel de la Sainte- Cécile. L'auditoire ne fut pas déçu dans son attente. Citons encore le journal québecquois, alors dirigé par un fin lettré, M. Fabre : " L'éloquent prédicateur a traité son sujet avec un grand bonheur d'expression. Il a eu des mouvements oratoires remarquables, des élans, des inspirations sublimes.1 "
L'année 1872 nous fait assister à un nouveau déploiement du zèle apostolique et de l'admi-
1 V Événement, 21 juin 1871
2 !./.•' m nu nt, '27 novembre 1871.
rable talent de parole de Pabbé Paquet. Sans abandonner la haute prédication, l'orateur, soit par un instinct de son âme d'apôtre, soit par la force des invitations qui le pressent, s'attache de préférence aux instructions de retraite et aux entretiens familiers. Il ne déserte pas la chaire de la Cathédrale où pendant longtemps sa parole, aux grandes solennités liturgiques surtout, continuera de grouper un auditoire attentif et enthousiaste. Et cette année, par exemple, c'est lui qui, le vendredi-saint, dans cette église prononcera l'habituel sermon sur le grand drame de la passion, ainsi que le sermon d'inauguration de l'adoration perpétuelle établie dans le diocèse. Mais son talent si souple sait s'adapter à tous les auditoires et se plier à tous les besoins. Aujourd'hui, devant des intelligences adultes, il parle gravement du Chef de l'Eglise ; demain, devant des enfants qui vont s'approcher pour la première fois de la table sainte, il prendra le ton suave que suggère une cérémonie de première communion. Il prêche quatre retraites, l'une à l'Ecole Normale, la seconde au couvent de Bellevue, la troisième au couvent de Saint-Roch, la quatrième à la Cathédrale pour les Dames de la Sainte- Famille. Et au milieu d'autres instructions pieuses données ça et là, il fait, pendant l'Avent, aux écoliers du Séminaire, une série de con-
férences très intéressantes et très appréciées.
Peu de notes subsistent de l'année 1873. Nous y voyons pourtant les éléments d'une neuvaine prêchée vers le carême à la Cathédrale, le plan d'une retraite donnée aux Dames religieuses de l'Hôpital-Général, et celui d'une autre retraite pour les Enfants de Marie de la paroisse Saint-Roch. Le jour de Noël, c'est l'abbé Paquet qui prononce, à la Cathédrale, le sermon toujours impatiemment attendu sur ce mystère si caractéristique et si touchant.
Nous touchons au seuil de 1874. L'année s'ouvre par un sermon à Sillerv sur la fête de l'Epiphanie. Puis viennent un sermon de Pâques prononcé le même jour à Sillery et à Saint-Romuald, une conférence donnée à l'Hôpital-Général, une retraite prêchée aux élèves de l'Ecole Normale, un sermon fait à Notre- Dame de Lévis à l'occasion d'une bénédiction de cloches, un autre sermon prononcé à la Cathédrale le 4e dimanche de l'Avent. Le 10 mars de cette année, l'Eglise de Québec ou mieux l'Université Laval voulut célébrer, conformément aux désirs du Saint-Siège, le 600e anniversaire de la mort du prince des théologiens, saint Thomas d'Aquin. Une messe solennelle fut chantée à la Cathédrale, et un fils éloquent de saint Dominique, le R. P. Bourgeois, y fit le panégyrique du Saint. Le soir,
dans les salles de l'Université se pressait toute l'élite de la société québecquoise venue là pour assister à une séance académique spécialement organisée en l'honneur du grand docteur qui sera à jamais l'une des plus pures gloires et l'une des plus hautes lumières des universités catholiques. L'abbé Paquet prit la parole. Il était alors dans toute la force de son talent oratoire et dans tout l'éclat de sa renommée. Il remporta un très vif succès, le plus beau peutêtre de toute sa carrière. Et aujourd'hui encore, quoique dépouillé du charme si prenant que lui donnaient le geste, le regard, l'attitude, l'admirable timbre de voix et l'impeccable diction de l'orateur, ce discours apporte au lecteur les plus nobles jouissances. On nous permettra de rapporter ici deux témoignages contemporains : " M. l'abbé Paquet avait choisi pour sujet : le rationalisme écrasé par saint Thomas. Nous n'entreprendrons pas d'analyser ce discours ni le sermon du R. P. Bourgeois. Ce sont deux chefs-d'œuvre. Ils seront publiés en brochure, et nous les reproduirons in extenso comme des plus belles pages dont puisse s'enorgueillir l'éloquence canadienne.1 ' Autre appréciation : " Nous nous contenterons de dire que le fait le plus saillant de cette séance, et celui