‹ L'abbé OlivierChapitre 18 sur 32 · LE FLOT SUIT SON COURS · texte numérisé non relu

LE FLOT SUIT SON COURS

une tête sacrée. La jeune fille demeura pâle> immobile, mourante.

Monsieur de Bellefond prit sa main qui pendait le long du drap, et la trouva moite et glacée.

— Tu es donc bien souffrante, mon enfant, lui dit-il. Il faut que le docteur revienne te voir ce soir, ma fille chérie.

— Oh non ! non , balbutia-t-elle ; je suis bien, très-bien ; seulement accablée de fatigue et de sommeil. Je n'ai besoin que de repos, mon père.

Il fit un mouvement; je pensai qu'il allait se baisser sur le chevet pour embrasser sa fille et qu'il pourrait m apercevoir. Je frémissais , je me haïssais d'être là ; je songeai, s'il me découvrait, à me taer à ses yeux pour le rassurer sur l'avenir de sa fille ; je voulais rendre ce moment tragique et teint de sang , afin qu'il ne pût être humiliant pour Marie-Rose.

En, effet, monsieur de BellefonJ, se pencha sur la tête de sa fille ; mais son corps, intercep-

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tant les rayons de la veilleuse, plongeait Talcùve dans la plus coniplèle obscurité ; il ne nie vit pas.

Il embrassa sa fille sur son front de marbre :

— Tiens, mon enfant, dit-il, reçois ainsi la bénédiction de ton père. Elle est si tendre qu'elle ne peut s épancher que dans un baiser.

Enfin, il se retira, et je sortis de ma prison cruelle et délicieuse.

Alors nous étions seuls , et si tranquilles dans cette chambre livrée pour douze heures à la paix et au silence! dans une nuit à peine interrompue par les pales rayons de la lampe, qui servait seulement à montrer sa mélancolique volupté. Alors je ne voulus plus sortir : je mourrai d'envie de passer la nuit à genoux devant Marie-Rose à la contempler, à baiser le drap de lin qui la couvrait, à le presser contre ma poitrine. J'aurais donné pour cela ma vie et mon âme.

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Je m'appuyai sur ce lit : tout mon corp;^ frémissait : je pressai mon visage sur sa couverture, et répandait d'abondantes larmes , comme les faibles enfans, qui n'osent dire ce qu'ils veulent et qui pleurent. Elle me dedemanda avec anxiété ce que j'avais, ce qui me faisait ainsi souffrir.... doux prétexte pour avoir à me consoler, car au fond elle comprenait bien mes angoisses et mon bonheur. Pour toute réponse, je la pressai sur mon sein, dans ses tièdes et moites mousseline. Éperdue ellemême, elle leva sa tête de l'oreiller, et attirant ma tête sur sa poitrine , ajjprocha ses lèvres de ma bouche. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait, je m'évanouis.

0 mort passagère, heureuse mort, où j'étais dans le sein de l'amour sans effroi et sans remords , où rapproche délicieuse se faisait sentir, où la pensée désolante était anéantie, pourquoi n'a- tu pu demeurer toujours? Je ne sais ce que je devins dans cet instant , ni dans ceux qui le suivirent... Je rouvris les yeux,

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