THÉRÈSE, L'ABBÉ
THÉRÈSE
Savez-vous, parrain, que depuis dix minutes, je vous admire.
l'abbé.
Parce que j'ai patiemment essuyé les rebuffades de cette l)rave Scholastique?... Que veux-tu? — C'est une digne et excellente femme, qui n'a qu'un tort, celui de mal comprendre le rôle du prêtre et de ne voir en tout et par dessus tout que mon intérêt... Parce que, quelquefois, je me prive un peu...
THÉRÈSE, souriant.
C'est-à-dire : beaucoup et souvent.
L ABHK, continuant.
Elle s'imagine que je vais tomber malade et mourir.
Or, tu vois que pour uu moribond, je me porte assez bien. — Aussi, je la laisse dire et...
THÉRÈSE, l'inturroiiipant.
Vous continuez à porter votre vin aux malades et votre argent aux pauvres?
l'abbé.
Et, aux uns et aux autres, la parole qui console et réconforte! C'est une si douce joie, vois-tu, lorsqu'on pénètre dans ces hideux taudis où se réfugie, honteuse, la misère, de pouvoir dire aux malheureux qui sont là, mourant de faim et grelottant de froid : « Mangez et réchautïez-vous I » Ils se moquent cle moi, dit Scliolastique... Oue m'importe, si, en les quittant, je puis médire: tout à l'heure ils avaient faim et froid, et maintenant, ils ont chaud et sont rassassiés; tout à l'heure, ils désespéraient, et maintenant, ils espèrent ! Mais, hélas! le nombre de ces misères est incalculable et pour les secourir toutes, il faudrait... il faudrait... Ah! si j'étais riche, mon enfant, si j'étais riche, comme... (chang^aDt de ton.) Ah ! comme je serais pauvre, si j'étais riche !
TIIKHÈSE.
Mon bon parrain.
l'abbé.
Allons ! C'est assez discourir... C'est demain fête, et, si tu le veux bien, mon enfant, tu vas t'asseoir devant cet harmonium et me faire répéter la messe que je n'ai pas chantée à l'orgue depuis un temps infini.
TRÉRÈSE, s'asseyant devant l'harmonium.
L'instituteur ne vient donc plus...
l'abbé.
On le lui a défendu.
Pourquoi ?
THERESE