‹ L'abbéChapitre 167 sur 250 · LA FÊTE · texte numérisé non relu

LA FÊTE

Voyez la foule qui s'amasse sur cette a erte prairie elle augmente à cliaque instant. Les nymphes joveuses s'avancent, conduites par des paysans gaillards. Toute disLincliou cesse j elle se perd dans la gaieté commune 5 et Tesclave hardi s'appuie sans scrupule sur le maître opulent.

SoMMERViLLE, Les jeux champclres.

L'arrivée du chambellan dans la rue du village excita la joie de l'assemblée, parce que la représentation dramatique qu'on avait retardée, attendu son absence, allait assurément commencer. Tout ce qui ressemble à ce genre d'amusement intéressant était nouveau en Ecosse, et excitait d'autant plus l'attention publique.on quitta aussitôt tous les autres jeux. La danse autour du mai fut interrompue : et chaque danseur , conduisant sa danseuse par la main, se rendit au théâtre champêtre. Il s'ensuivit une trêve entre un énorme ours noir et plusieurs chiens , qui tiraillaient sa peau velue; le gardien de l'ours, plusieurs bouchers , et quelques

1 Madame n'importe quel nom. a. m.

2 Tout le monde joue la comédie, a, m.

gardes parvinrent, à force de les frapper et de les tirer, à séparer les malheureux animaux dont la furie faisait leur amusement depuis une heure. Le ménestrel ambulant se vit abandonné par les auditeurs qu'il avait attirés , au milieu du passage le plus intéressant de sa romance, et à l'instant où son garçon partait, le bonnet à la main, pour recueillir les offrandes. Il s'arrêta, tout indigné , au milieu de Rosetcal et Lilian ; et , remettant son violon à trois cordes ou rebec dans son étui de cuir , il suivit malgré lui la foule, pour assister à un spectacle qui avait causé l'interruption du sien. Le jongleur cessa de vomir des flammes et de la fumée , et préféra respirer comme les autres mortels, plutôt que de jouer gratis le rôle d'un dragon enflammé. Eniin , tous les autres jeux cessèrent, tant était grand l'empressement à se rendre au lieu de la représentation !

On se tromperait grandement si l'on voulait se faire une idée de cette exposition dramatique d'après nos scènes modernes; car les farces grossières de Thespis différaient moins des tragédies d'Euripide, représentées sur le théâtre d'Athènes avec toute la magnificence des décors et toute la pompe des costumes. Il n'y avait pas ici de scène, de théâtre, de changement de décorations, de parterre, de loges, de galeries, de pourtour ; et ce qui pouvait consoler la pauvre Ecosse de ces privations, c'est qu'on n'exigeait à la porte aucune rétribution. Ainsi que dans les proverbes du magnanime Bottom ^ , les acteurs avaient pour théâtre un^apis de verdure, et un buisson d'aubépine servait à former une salle de repos et de répétition; les spectateursétaient assis sur les gradins qu'on avait élevés autour de trois côtés du terrain choisi; le quatrième était libre pour l'entrée et la sortie des acteurs. Le chambellan, comme le personnage le plus important de l'endroit, se trouvait placé au milieu de ce public bienveillant. Tous respiraient la joie et l'admiration, et par conséquent tous étaient sourds à la critique.

Les personnages qui paraissaient et disparaissaient successivement devant ces auditeurs charmés étaient les mômes qu'on offre sur la scène dans le premier âge de toutes les nations : des vieillards trompés par leurs femmes et par leurs filles , pillés par leurs fils , et dupés par leurs domestiques ; un capitaine fanfaron , un vendeur de pardons, servile et curieux, un grossier campagnard,

i Songe (lune nuit cFete, Shakspeare.

Page 1