CHAPITRE PRE3IIER
l'enfant sauvé.
Domum mansit, lanam fecit.
Ancienne épàaphe romaine.
Elle a garde la maison, et s'est occupée à Vourner le rouet. Gawais Docgl.vs '.
Le temps, qui s'écoule d'une manière si imperceptible, apporte dans nos habitudes, nos mœurs et notre caractère, le même changement graduel qu'il fait éprouver à nos personnes. A la fin de chaque lustre, nous nous trouvons tout autre, quoique nous soyons les mêmes ; la perspective est différente , et nous ne la voyons plus sous le même jour; nos motifs sont changés, aussi bien que nos actions. Près du double de ce temps avait passé sur latête d'HalbertGlendinning et sur celle de ladyAvenel depuis la conclusion de l'histoire où ils jouent un rôle si important , jusqu'à l'époque où commence celle-ci.
Deux circonstances seulement jetaient quelque amertume parmi les douceurs de cette union embellie par une affection mutuelle : la première, fléau communà toute l'Ecosse, était l'état malheureux de ce pays, déchiré par les dissensions intestines, et où répée de chaque homme menaçait à chaque instant le cœur de son voisin. Glendinning s'était montré ce que Murray avait attendu de lui, un ami solide , brave dans le combat, sage dans le conseil, s'attachant à lui par reconnaissance dans des occasions où, sans ce motif, il eût été plus porté à rester neutre, sinon môme
\ Cet ancien poète a traduit V Enéide en vers e'cossais , aujourd'hui presque inintelligibles pour les Ecossais mêmes. Il vivait dans le XV« siècle, a. m.
e L'ABBÉ.
à se ranger de l'autre côté. Aussi, dans ces temps où de nouveaux dangers menaçaient chaque jour , sir Halbert Glendinning ( car il adroit désormais au titre de chevalier) était continuellement appelé près de son patron pour l'accompagner dans quelques expéditions éloignées, dans quelques entreprises périlleuses, ou pour l'aider de ses conseils dans les intrigues difficiles d'une cour à demi barbare. Il faisait donc de fréquentes et longues absences , loin de son château et de sa dame. A cette première cause de chagrin, nous devons ajouter que le ciel ne leur avait point accordé d'enfants , seule distraction qui eût pu charmer les loisirs de lady Avenel , sans cesse privée de la société de son époux.
Elle vivait donc, dans les murs du manoir paternel , pour ainsi dire séparée du reste du monde. Les voisins se visitaient peu à cette époque , si ce n'est dans les occasions solennelles et entre proches parents. Lady Avenel n'en avait plus; et les dames des barons du voisinage affectaient delà regarder moins comme l'héritière d'une illustre maison, que comme la femme d'un paysan , du fils d'un vassal de l'Église, élevé d'hier à quelque rang par la faveur capricieuse deMurray.
L'orgueil de la naissance , qui remplissait le cœur des plus anciens nobles, se montrait plus à découvert dans la conduite de leurs épouses : il était envenimé d'ailleurs par les discussions politiques de l'époque; car la plupart des chefs du midi de l'Ecosse étaient partisans de la reine et très-jaloux du pouvoir deMurray. Toutes ces circonstances faisaient du château d'Avenel la résidence la plus triste et la plus solitaire qui se puisse imaginer. Toutefois il avait pour lui l'avantage essentiel alors d'être un lieu' parfaitement sûr. Le lecteur se rappelle qu'il était bâti sur un petit îlot, au milieu d'un lac, qu'il n'était accessible que par une chaussée , coupée par deux fossés, que l'on franchissait à l'aide de ponts-levis -, de sorte qu'à moins qu'il ne fût attaqué avec de l'artillerie on pouvait le considérer comme imprenable. Il ne s'agissait donc que de le garantir contre une surprise, et six hommes, qui y étaient renfermés, suffisaient pour cela. En cas de dangers plus sérieux, on trouvait une ample garnison dans les habitants mâles d'un petit hameau qui, sous la protection d'Halbert Glendinning, s'était élevé sur une petite esplanade située entre le lac et la colline, près de l'endroit où la chaussée joignait la terre lerme. 11 n'avait pas été difficile au lord d'Avenel dépeupler le nouveau village; car, outre qu'il passait pour un bon et généreux