CHAPITRE XXXVIII. 4SI
et je ne suis \^s do beaucoup de mois plus vieux que lorsque je quittai le château, mais j'ai acquis assez de bon sens pour ne pas tourmenter un homme qui a de l'expérience dans sa profession.
— Alors je ne voudrais pas troquer ma place contre celle de fauconnier du roi, dit Adam Woodcock , ni contre celle de fauconnier de la reine. Mais on dit qu'elle sera cloîtrée et n'en aura jamais besoin... Je vois que cela vous chagrine d'y penser;, et je me chagrinerais de compagnie : mais que faire ! la Fortune prend son vol sans jamais pouvoir être arrêtée, et un homme s'enrouerait à la rappeler sans en pouvoir venir à bout. »
L'abbé et Roland se mirent en route pour Avenel, où le premier fut reçu afTectueusemeut par son frère, tandis que la dame du château pleurait de joie de voir que l'orphelin qu'elle avait protégé avec tant de soin était le dernier rejeton de sa propre famille. Sir Halbert Glendinning et toute sa maison furent un peu surpris du changement qu'une si courte connaissance du monde avait produit sur leur ancien hôte. Ils se réjouirent de voir que le page gâté, impertinent et présomptueux, était devenu un jeune homme modeste et raisonnable, qui connaissait trop ses propres espérances pour demander avec chaleur et pétulance ce qui lui était prom ptement et volontairement accordé. Le vieux majordome Wingate fut le premier à chanter ses louanges, et mistress Lilias lui servit enfin d'écho, espérant que Dieu ferait un jour connaître à l'ex-page son véritable Evangile.
En effet le cœur de Roland avait toujours été porté secrètement vers ce véritable évangile, c'est-à-dire vers la réformation ; et le bon abbé étant parti pour la France dans le but d'accomplir la résolution qu'il avait prise d'entrer dans quelque maison de son ordre en ce royaume, ce départ leva toutes les diflicultés qu'il aurait pu apporter. Ce qu'il devait à Madeleine Graeme aurait encore pu ajouter quelque obstacle au changement de croyance de son jeune ami. Mais il apprit, avant d'avoir été long-temps au château d' Avenel, que sa grand'mère était morte à Cologne , en remplissant une pénitence trop rigoureuse pour son âge , qu'elle s'était imposée par amour pour l'Eglise et la reine d'Ecosse , aussitôt après qu'elle eut appris la perte de la bataille de Langside.Le zèle de l'abbé Ambroise fut plus sage; il se retira dans un couvent écossais à. . . et il y vécut de telle sorte, que la confrérie fut portée à demander pour lui les honneurs de la canonisation. 3Iais ildevina ce projet, et pria les moines , sur son lit de mort, de ne rendre
-Soa L'ABBÉ.
aucun honneur à un corps qui avait autant péché que chacun d'eux, mais d'envoyer ses dépouilles mortelles et son cœur à Avenel, pour y être enterrés dans la chapelle sépulcrale du monastère de Sainte-Marie, afin que le dernier abbé de cette maison si célèbre pût dormir en paix parmi les ruines.
Long-temps avant cette époque, Roland d'Avenel épousa Catherine Sey ton, qui, après deux ans de résidence avec son infortunée maîtresse, avait été renvoyée lorsque cette princesse fut réduite à une plus étroite prison. Catherine retourna dans la maison de son père; et comme Roland était reconnu pour le successeur et le légitime héritier de la maison d'Avenel, et que ses biens étaient fort augmentés par l'habile administration de sir Halbert Glendinning, il n'y eut rien qui s'opposât au mariage de cette jeune fille. Sa mère venait de mourir lorsqu'elle entra pour la première fois au couvent, et son père dans les temps de troubles qui suivirent la fuite de la reine Marie en Angleterre , ne fut pas contraire à l'alliance d'un jeune homme qui^ lui-même fidèle à la reine Marie, avait encore , par le moyen de sir Halbert Glendinning, quelque crédit auprès du parti qui s'était emparé du pouvoir.
C'est pourquoi Roland et Catherine furent unis en dépit de la différence de croyance. Et Ton vit la Dame Blanche, dont les apparitions avaient été fort rares lorsque la maison d'Avenel semblait pencher sur son déclin, se réjouir sur les bords de sa fontaine, ayant la taille entourée d'une ceinture d'or aussi large que le baudrier d'un comte.
IMPRIMERIE DE MOiJUET ET C'*' , RUE DE LA HARPE , 00.