PRÉFACE DE LA VINGT ET UNIÈME ÉDITION. IH
ni Tavenir n'appartiennent aux gens de ta sorte. Dans ce dialogue qui t'indigne si fort, j'ai cru faire une œuvre noble, poétique, élevée, morale. Notre cher pays d'Athènes professe, à l'égard de l'amour, des opinions vraiment étranges et qui mettraient la sagesse divine, si elle avait à se défendre, dans une position singulière. Je vous demande quelle apologie on pourrait faire de l'Éternel, s'il avait attaché le phénomène capital de l'univers, la reproduction de la vie, à un acte ridicule, sujet d'éternelles plaisanteries pour les uns, à un acte ordurier, sujet de réprobation pour les autres ! Et que dire de ce bizarre dessein d'avoir créé la beauté, pour interdire ensuite qu'on l'aime? 11 faudrait, afin d'être conséquent, soutenir que la beauté est l'œuvre d'un démon méchant, et autant que possible la détruire. Les blasphèmes contre l'amour viennent, comme toutes les grandes erreurs, d'une basse conception de la Divinité.
» Pour moi, je crois que la Divinité a bien fait ce qu'elle a fait. L'amour est le véritable Orphée, qui a tiré l'homme de l'animal. Grâce à l'amour, tout être a son heure de bonté, la plus lourde créature voi: s'entr'ouvrir un moment son ciel de plomb. Le principe qui dans la nature fait la fleur, qui dans le monde vivant fait la beauté, qui dans le monde