ACTE DEUXIÈME
sées, ont une réponse : « Ayez des égards pour ma faiblesse. » Ce serait une hypocrisie de ma part, de vous dire cela. Je ne suis pas faible. J'ai toujours pris dans la vie le parti le plus héroïque et le plus dur. Je pouvais, ces jours derniers, échapper au tribunal révolutionnaire. Il suffisait d'un léger mensonge, d'une dissimulation, à peine coupable, de ma dignité. Je n'ai pas cru que Tabbesse de Jouarre pût s'abaisser à un tel compromis. J'ai accepté la mort, j'ai été au-devant d'elle. Non ; je ne faiblirai pas; c'est impossible. Laissez-moi, D'Arcy. Sûrement, nous n'avons en ce moment à tenir compte de personne ; mais, jusqu'à la chute du couperet, nous aurons à tenir compte de nousmêmes. J'ai mon orgueil; voulez-vous donc que je me présente devant la mort amoindrie à me»propres yeux ?
d'arcy.
Ah! l'orgueil! chère JuHe, et Torgueil à cette heure, avec moi, votre ami, votre frère ! De l'or-
gueil avec celui à qui vous avez donné votre cœur! Que les anciens maîtres avaient raison de croire que la vertu d'une femme a toujours besoin a'être humiliée ! L'humiliation est nécessaire à la femme. La nature l'a voulu. Abélard ne fut maître d'Héloïse que quand il l'eut domptée. Vous croyez entrer plus grande dans l'éternité avec votre attitude inflexible. Erreur, croyez-moi. Moindre vous y serez. Si j'étais Dante, je ferais, dans mon Enfer, le cercle des orgueilleuses, qui ont vu dans le mépris des hommes une grandeur. La vertu altière est chez la femme un vice. Quelque chose vous manquera éternellement ; éternellement, vous pleurerez votre virginité ; croyez-moi. Respectable est la pauvre fille que la fatalité a condamnée à une vie incomplète. Mais vous, le don suprême s'est présenté à vous dans des circonstances uniques, et vous l'avez repoussé. L'ami parfait que le ciel vous avait accordé, vous l'avez renvoyé à ses pleurs. Vous pouviez enchanter ses dernières heures, et faire de son supplice l'équivalent d'une