‹ L'abbesse de JouarreChapitre 33 sur 75 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

JULIE, à demi hors d'elle-même.

Horreur! Épouvantable réalité ! Condamnée à vivre !... Ne pouvoir mourir... Vivre en me méprisant moi-même. 0 cruel et cher ami, tu vas mourir sans moi !

Elle reprend un calme apparent.

(A jacquemet.) Alors, citoyon, je suis portée sur la liste de demain ?

JACQUEMET.

Nous n'en savons rien, madame. On ne nous envoie pas les listes d'avance. Ce qui arrive pour vous n'était jamais arrivé pour personne. N'est-ce pas, Guillaumin ? Qu'est-ce que tu en penses, toi?

GUILLAUMIN

Ma foi, citoyenne, je ne voudrais pas vous donner trop tôt des illusions qui pourraient être

i6 L'ABBESSE DE JOUARRE.

déçues. Ce serait bien vilain; car, voyez- vous, quand on a fait son paquet pour l'autre monde, ce n'est pas la peine de le déficeler avant qu'on soit sûr de ne pas partir. Cependant je crois pouvoir vous dire qu'il ne faut pas vous désoler. Tenez, j'ai une idée, moi, c'est que vous êtes graciée. Je crois cela surtout depuis que je vous ai entendue dire votre nom. As-tu remarqué, Jacquemet, que le nom de la citoyenne était biifé sur la liste qui nous a été adressée ce matin du greffe ? Ce n'est pas qu'il n'y eut de la place dans le clmr à bancs. Il y avait aujourd'hui plus de vides que d'ordinaire. Ah ! je soupçonne quelque chose là-dessous.

JAGQUEMET.

11 a raison. Eh bien, vous l'aurez échappé belle, citoyenne. Vous aurez été la seule à sortir vivante de cette triste maison.

JULIE, avec un rugissement.

Dieu!

Ello s'éloigne comme affolée et s'assoit sur une chaise au fond du hangar.

Page 1