‹ L'abbesse de JouarreChapitre 42 sur 75 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

JULIE, seule.

A moi seule, sous ce règne de la mort, la mori est refusée. Oh! je veux... je veux... Ce n'est pas un suicide; je ne fais qu'achever l'œuvre d'un bourreau maladroit, réajuster la hache qu'un hasard a dérangée.

Bile arrache son bandeau et le considère un moment, comme fail Monime dans Mithridate.

C'est toi qui me rendras ce funèbre service, bandeau que d'anciens rites collèrent sur mon front, et qu'en somme je n'ai jamais profané. Je te prends à témoin; je n'ai manqué à mon vœu que quand je

pouvais me croire déjà en la possession de la mort. Mais je serais lâche, parjure, avilie, si je profitais de ce sursis misérable. J*ai donné des arrhes à la mort; je payerai.

Adieu, vie que j'ai aimée, monde où ma destinée fut étrange, privilégiée, puisque je goûtai la plus haute somme de noble jouissance, misérable, puisqu'à la dernière heure un coup d'œil tranquille sur le passé m'est refusé. J'espérais avoir droit sous le couteau à ce long regard embrassant toute une vie en une seconde, qui, s'il est accompagné du témoignage de la conscience satisfaite, est le commencement des justes récompenses. Six heures de trop m'ont perdue. Je meurs troublée. J'ai eu tort; j'ai dédaigné les formes extérieures par excès d'idéalisme. J'ai trop négligé les voies communes et les précautions vulgaires. L'esprit est prompt ; la chair est faible. Pardon I... pardon !...

En prononçant ces derniers mots, sa voix s'affaiblit et se ralentit. Elle reste un moment immobile; puis elle fait précipitamment le tour de la pièce, examinant les murs. Un panneau, déguisant une fausse porte, I cède sous sa main.

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