ACTE QUATRIÈME
MADAME DENYS
Moi, je me trouve comme en un jour de printemps, madame Auguste. On dirait que tout refleurit. Ce pauvre jardin était aussi triste que l'avenue d'une prison ; on l'a rendu à la joie. Et voilà que les ci-devant nobles commencent à rentrer. Je les reconnais h leur tournure. On va de nouveau danser, s'amuser. J'étais écœurée, je vous l'avoue, madame Auguste. Je croyais que c'était la fm du monde. Je ne suis pas cruelle, voyez-vous. Je n'aime pas les aristocrates; mais je ne veux pas qu'on leur coupe le cou; c'est trop.
Julie circule, un tablier devant elle, un enfant de quelques mois sur un bras. De l'autre bras, elle porte un panier plein de petites provisions, qu'elle distribue aux étalagistes.
MADAME AUGUSTE
Vous arrivez à propos, madame Jouan. Donnezmoi donc quelques pâtisseries fraîclies, quelques gâteaux.
MADAME DENYS
Et à moi les petits pains frais que mon mari a du vous remettre. Gomment va votre petite, ce matin, madame Jouan ?
JULIE
Assez bien, madame Denys. Merci de vos bontés pour elle.
£IIe passe.
MADAME DENYS
Tenez, regardez-moi cette femme-là, qui fait nos commissions, madame Auguste; c'est quelqu'un, ça, j'en suis sûre. Elle a beau avoir un torchon devant elle et un bonnet de ménagère sur la tête, on sent que c'est une princesse. Elle est très serviable ; mais impossible de la faire sourire. Quand je lui donne ses quatre sous pour sa peine, elle me remercie avec l'air d'une grande dame qui se