‹ L'abbesse de JouarreChapitre 68 sur 75 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

joie pour elle que ces jours d'été passés à rombre des arbres et parmi les fleurs !

Julie pousse un profond soupir.

Chère sœur, il faut en finir. A force de vouloir ce qui est grand, vous allez commettre ce qui est mal. Vous êtes sur le bord d'un abîme, où votre vertu vous pousse. Les temps que nous avons traversés, et dont notre devoir à présent est de réparer les ruines, ont été comme un interrègne dans les lois de la nature. Tout a été suspendu ; les conventions sociales ont été abrogées ; l'homme n'a eu momentanément d'autre loi que la noblesse de son cœur. Cette loi, qui ne chôme jamais, vous l'avez observée. Mol, qui suis votre frère, presque votre père, comme chef de la famille, je vous absous. D'Arcy a été votre époux dans la mort. Ce fut un sacrement, et le plus auguste de tous, que le mystère de cette nuit où vous acceptâtes son amour, une heure avant de mourir. Le lien de convention qui vous attachait à l'Église était rompu parla force. L'Eglise renaîtra; mais Jouarre, Re-

miremont, Fontevrault, ces fondations plus aristocratiques que chrétiennes, ne revivront pas. On ne verra plus de ces abbesses qui avaient les droits régaliens, battaient monnaie, tenaient tête à Bossuet, qui leur a répondu en trois volumes. Ce n'est pas à l'Église chrétienne que vous étiez liée; vous aviez été engagée par votre naissance dans des institutions qui furent utiles à une époque fort ancienne, qui étaient devenues, de notre temps, des corporations mêlées de bien et d'abus, et dont votre haute raison a cherché à tirer le meilleur parti possible. Quand le tribunal révolutionnaire vous désigna pour la mort, Jouarre n'existait plus; vos vœux étaient sans objet. Restait l'éternel vœu, le sacrement aussi vieux que la nature, qui survit à toutes les lois, à tous les cultes. Vous connaissez mes sentiments : je ne dédaigne pas les rites; ils sont nécessaires. L'homme extraordinaire qui, dans ce moment, représente le génie de la France, m'initie à ses hautes pensées, et bientôt peut-être vous verrez éclater l'acte le

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