‹ L'abbesse de JouarreChapitre 71 sur 75 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

mondaine toute profane, vous trouveriez, dans la société qui se prépare, des places également indiquées. Trop grande pour chercher l'oubli dans un cloître, trop grave pour le chercher dans les étourdissements d'une frivole mondanité, vous refusez l'unique solution qui s'offre à vous. Croyez-moi, chère amie. Le Dieu auquel nous croyons tous les deux vous parle par ma bouche. La raison de l'univers doit être entendue par le cœur. Votre morale ne saurait être celle de tous. Vous l'admettiez autrefois, chère abbesse incrédule, quand vous laissiez à un personnel inférieur le soin de croire pour vous et de pratiquer les devoirs humbles de la vie religieuse. Cette hauteur d'interprétation de la loi du devoir vous commande aujourd'hui de sortir, par un mariage avec La Fresnais, d'une situation impossible à continuer.

JULIE

J'ai le respect des formes établies. Elles sont le soutien intérieur de ce grand corset d'osier

qui maintient le colosse de la pauvre humanité. L'Église ne peut marier Tabbesse de Jouarre. Or un mariage où l'Église n'interviendrait pas serait de ma part un acte de haute inconvenance.

LE MARQUIS

Rassurez- VOUS, chère sœur, les choses humaines mettent presque toujours le remède à côté du mal. Les situations irrégulières ont d'ordinaire pour issue des lois d'exception. La transformation que la Révolution a opérée dans la société française est bien plus profonde qu'on ne le croit. Tout doit être neuf; tous les liens sont rompus; les épaves de la vieille Église doivent servir ; il faut les démarquer. Fouché veut être duc ; Merlin oublie qu'il fut moine ; Talleyrand ne peut rester évêque. Je vous ai dit les hautes pensées de l'effrayant génie qui s'efforce en ce moment de faire accepter les nécessités du passé à un avenir qu'il sait bien ne pas devoir être éternel. J'y suis mêlé par mes fonctions diploma-

Page 1