SARA II
Pourquoi êtes-vous ici ?
LA DAME
Une dernièro grdcc à demander.
SARAH
Vous avez juré de ne jamais me demander, quoi qu’il arrive, une seule parole de plus quo le nom et le prénom de votre enfant !
LA DAME
C’est vrai.
SARAH
Que pouvez-vous alors attendre de moi?
LA DAME
Pas une parole de plus, Sarah, pas un seul mot qui te compromette. Un geste, un regard, un mouvement de tète, et tu me rends la plus heureuse des mères. Sarah, no peux-tu pas,
sans manquer à ta promesse, 'sans que je manque, moi, à mon serment, me désigner... sans prononcer une parole, entendstu bien... celui de ces enfants nommé Richard May. Oh ! ne me refuse pas, je tomberais morte à tes pieds 1 je suis à moitié folle déjàl...
SARAH
Allons, voilà que je me sens courir encore à mal. Mais, Dieu do bonté, qu’y a-t-il donc en vous, pour me remuer ainsi?
LA DAME
Ce n’est pas en moi seulement, Sarah, qu’il faut chercher ce moteur irrésistible; c’est en toi, chère fille, en toi, entendstu bien; c’est ton cœur, ton bon cœur que je bénis, c’est lui qui te pousse, c’est lui qui va me rendre gion fils.
SARAH
Taisez- vous, on nous regarde, vous me perdez I
LA DAME
Mon Dieu 1...
SARAII, essayant et rangeant des couverts sur le petit bnfîel près de la porte de sortie, le dos tourné à la dame qui regarde, elle, vers la table. Écoutez-moi bien ; ne me regardez pas surtout 1
LA DAME
J’écoute !
SARAH
Je vais faire le tour de la table. Je m’arrêterai pour parler à l’un des enfants, pas à votre fils, mais à celui qui est à son côté. Celui que je vous désignerai, celui que je toucherai de Ja main, celui-là se nomme Richard May.
LA DAME
Oh! merci! je ne dis plus un mot, j’attends. Ohl faites vite, si vous avez pitié do moi, je n’en puis plus, j’étouffe !...
Sarah Tait lentement le tour de la table, et, arrivée h la place où sont assis les deux derniers orphelins, elle parle au premier et touche le second de la main, en laissant même sa main sur son épaule. Les deux enfants tournent le dos au public. Sarah, après avoir levé la main qui est sur l’épaule de l'enfant, jette à la dame un dernier regard et lui fait un dernier geste pour lui désigner l’enfant. La dame, au fond du théâtre, appuyée au mur, suit des yeux ce jeu de scène avec une vive émotion. Dès que Sarah a disparu, elle'g'approctie de l’enfant avec lequel cause la deuxième épouse.
DEUXIÈME ÉPOUSE
Il est charmant, ce petit !
LA DAME, avec élan.
N’est-ce pas ?...
\ Elle s’arrête confuse.
DEUXIÈME ÉPOUSE
Oh! vous pouvez lui parler, c’est le droit de tous.
LA DAME, h part.
L “droit de tous ! Et j’attends cette heure depuis douze années.