‹ L'abime drame en cinq actes, en onze tableauxChapitre 27 sur 106 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GEORGES, lisant la carte de visite. '

Karl Rischenbach!

LE DOCTEUR, lisent par-dessus son épaule.

De Neufchâtel, en Suisse.

RICHARD

En Suisse? Je veux le voir.

LE DOCTEUR

Vous n’y êtes pas! vous voulez le voir! sacrebleu! comme vous changez d’idée.

RICHARD

La trace 1 la trace! En Suisse! cet étranger peut nous aider.

GEORGES, après, avoir In la lettre.

M. Rischenbach n’est pas un étranger pour moi, du moins, c’est un compagnon de voyage. Nous avons fait route ensemble dans la montagne, quand je parcourais inutilement la Suisse pour recueillir des détails sur la mort de mon malheureux pere," disparu depuis trois ans. La lettre que nous apporte M. Rischenbach est de nos correspondants Defremier et C»e, marchands de vins à Neufchâtel... Ils nous recommandent M. Rischenbach, comme leur agent à Londres, et nqus prient de le recevoir en ami et de traiter directement avec lui pour les affaires qui nous sont communes...

RICHARD

Comment se fait-il que tu ne m’en aies jamais parlé?

LE DOCTEUR

Diable, vous rougissez, Georges, mauvais symptôme! Est-ce que le sang va aussi vous monter à la tête, à vous?

GEORGBS.

Pur enfantillage. Quand nous nous rencontrâmes, M. Rischenbach et moi, il avait déjà un compagnon de roule : une jeune fille.

Oh! oh! les symptômes se compliquent.

RICHARD

Sa fille?

GEORGES

Non pas. Rischenbach est à peu près de ton âge.

De mon âge?

RICHARD

GEORGES

Pas plus vieux que nous.

LE DOCTEUR

Et la jeune fille?

GEORGES

Sa pupille. Et pendant le voyage

16 / L’ABIME

LE DOCTEUR

Vous en devîntes amoureux... Permettez-moi de vous tâter le pouls. Vieille habitude de médecin.

GEORGES

A votre service, docteur, et je vous aiderai môme à diagnostiquer ma maladie. Je l’aimais alors, je l’aime encore, et je l’aimerai toute ma vie... Est-ce assez clair et connaissezvous le remède?

LE DOCTEUR

Je le connais bien, mais il est pire que le mal.

RICHARD

Ceci ne me dit pas pourquoi tu ne m’en as jamais parlé.

GEORGES

' Puisque nous sommes dans les confidences, voici la vérité tout entière... J’étais fort jeune alors, vantard comme tout commis voyageur, et désireux d’avancer promptement dans , les bonnes grâces de la dame. Je me suis stupidement affublé d’une haute position sociale, d’un grand nom de famille, et j’ai souvent depuis rougi de cette sotte incartade... L’arrivée deM. Rischenbach m’a rendu honteux de moi-môme, et ...Voilà ■ tout.

RICHARD

Alors, tu ne veux pas le voir?

GEORGES

Au contraire, il y a d’abord une question d’affaires; et plus tôt je réparerai ma folie, plus tôt je serai excusé à mes propres yeux...

RICHARD, h Sam.

Alors, faites entrer M. Rischenbach...

Sam va ouvrir la petite porte d’entrée.

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