SARAH, RICHARD
Monsieur Richard, j’ai fait tout ce que vous avez voulu,
L’ABIME
j’ai respecté vos moindres volontés, j’ai môme obéi à tous vos caprices. En revanche, me refuserez- vous une chose, vous?
RICHARD
Laquelle, Sarah?
SARAH
Rentrez dans votre chambre, essayez de reposer un peu; vous me ferez sérieusement gronder par le docteur.
RICHARD
Le docteur 1 je le lui conseille ! c'est lui qui aggrave ma maladie, lui qui hâte ma fin...
SARAH
Ah! monsieur Richard, pouvez-vous dire! lui, si bon, si attentif.
RICHARD
Je te dis que c’est lui qui ajourne les recherches, qui entrave la route , qui repousse tous les renseignements sur le véritable héritier ; sans lui, je l’eusse déjà trouvé! Mais, ton docteur 1 il se méfie des gens, il soupçonne lo premier que je désigne, il accuse sans raison. Aussi, ai-je voulu consacrer par un acte authentique, mes dernières volontés. Moi parti, il faudra bien qu’on les respecte, qu’on m’obéisse enlin ! Tu vois bien que le docteur est cause de tout cela; il ne m’a pas compris. Il a cru que le temps me ferait oublier mon devoir, et je meurs, au contraire, do n’avoir pu l’accomplir. Chaque jour ajoute à l’injustice commise ; chaque jour me rend plus coupable envers l’homme dont je détiens sans droits le nom et la fortune. (Presquo à lui-iuême) Et lo sentir là, près de soi, savoir qu'un renseignement adroitement obtenu, une seule parole franchement dite... Et personne qui vous aide !... (a Sarah.) C'est bien en Suisse, n’est-ce pas? que l’enfant fut conduit?
SARA1I
On l’affirme, monsieur Richard.
RICHARD
Et la femme qui l’adopta s'appelait Miller ?
SARAH
Madame veuve Miller.
RICHARD
Bien! (Désignant la porte d’entrée.) Vois qui nous arrive. Est-ce Georges? Est- ce M. Rischenbach?
SARAH
Je vais voir, monsieur.
Elle sort un instant.