SCÈNE V
RICHARD, SAÎIAH, puis LE DOCTEUR PÀYNE.
s A R .VII, eutrant.
Le docteur!...
ni en A R», impatienté.
Toujours lui ! quel conlro-tcinps !
LE DOCTEUR
Comment 1 debout, malgré mes recommandations. Ah! morbleu, c’est trop fort!
me ii a u u.
Pardonnez-moi, docteur, des all'aircs urgentes...
LE DOCTEUR
Eli ! monsieur, qu’y a-t-il donc do plus urgent que la santé 1
IUCIIA R I), sonnant tristement.
Ah ! docteur, pouvez-vous bien encore me parler do santé ?
Rien n’est encore perdu, monsieur, si vous voulez bien suivre mes prescriptions. Et pour commencer, rentrez au plus vite. Tout à l’heure nous aviserons à ce qu’il y aura à faire.
SARAIl, offrant son bras à Richard.
Allons, monsieur...
LE DO CTEUR.
Vous reviendrez, Sarah ! nous avons à causer.
SARAH
Oui, docteur, (a Richard.) Appuyez-vous sur moi, prenez mon bras, Richard, monsieur Richard, veux-jo dire.
L’ABIME
RICHARD, prenant le bras de Sarah.
Ah! tu avais bien dit, chère fille. Cela me rappelle un temps 1 Oh! que ce temps-là est loin. Je vois dans mon souvenir, comme si je l’avais là, devant mes yeux, le jardin de l’hôpital. Quand j’étais enfant, tu m’y promenais un jour que j’étais malade comme je le suis aujourd’hui. C’était une matinée de printemps, par un beau soleil de mai ; les oiseaux gazouillaient sur nos têtes; il y avait dans l’air, je ne sais quelles senteurs parfumées qui montaient à mon cerveau malade, et je me sentais comme enivré, et je fermais les yeux en m’appuyant à ton bras : t’en souviens-tu? Sarah... Comme dit Rischenbach. . .
LE DOCTEUR, à part, avec colère. <
Toujours le nom de ce drôle!...
RICHARD
Le monde est si petit, si petit que les mêmes gens se croisent et se heurtent sans cesse sans pouvoir s’éviter. Oh ! que c’est vrai! Après de longues années, nous voici une fois encore réunis, et il me semble, en nous voyant là, tous deux, en m’appuyant à ton bras comme autrefois, il me semble que tout ce qui s’est passé n’est qu’un rêve, que j’ai fait un tour en dehors du monde de l’hospice, et qu’à ton bras, bonne Sarah, je vais rentrer à l’asile des orphelins pour y mourir !
Il appuie sa tête sur l’épaule de Sarah et rentre lentement avec elle dans le
fond.